Le Vendée Globe, un monde de fascination

Vendredi 9 novembre 2012 à 18h46

Les concurrents vont sortir un à un samedi du port des Sables d'Olonne devant des dizaines de milliers de personnes et rejoindre la ligne de départ qu'ils franchiront à 13h02.

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Les concurrents vont sortir un à un samedi du port des Sables d'Olonne devant des dizaines de milliers de personnes et rejoindre la ligne de départ qu'ils franchiront à 13h02.

Depuis plus de vingt ans, la procession suit le même rituel. Un par un, dès 9 h 30 ce samedi, les vingt bateaux de cette 7e édition vont s'ébrouer pour s'avancer vers une ligne de départ (13 h 02) rêvée depuis, parfois, des lunes. La grand-messe du Vendée Globe va débuter dans l'adoration de dizaines de milliers de spectateurs le long de la lente remontée du chenal des Sables-d'Olonne. «C'est comme un trait de charrue en plein milieu d'un champ dont tous les brins d'herbe seraient des gens. C'est un moment unique, on ne le vit que sur le Vendée Globe», chante Jean Le Cam (SynerCiel).

La terre, une nouvelle fois, aura du mal à laisser partir la femme, Samantha Davies, et les dix-neuf hommes, capitaines dont les âges éclatés sur deux générations évoquent la poursuite d'un challenge hors normes: faire le tour du monde en solitaire sans escale, sans assistance.

En 1989, treize doux dingues s'étaient élancés sans pouvoir prédire où l'expédition les mènerait. Ils furent sept alors à savoir, au bout de la boucle. Depuis, cette connaissance ultime a été touchée par seulement cinquante-deux navigateurs, certains récidivistes. Cent fois moins que les alpinistes qui ont dompté l'Everest, bien moins aussi que les hommes partis à la conquête de l'espace.

Le mystère de la course

«Il y a un peu de peur, beaucoup d'inconnues. Je pars un peu trois mois sur la Lune.» Louis Burton (Bureau Vallée), benjamin à 27 ans et l'un des cinq bizuths de la flotte, raconte cette quête humaine jamais épuisée. Et cette fascination pour le Grand Sud, là «où il n'y a pas de terres pour arrêter les vagues, pas de trace de vie humaine, pas de pollution, lieu de sauvagerie pure», comme le raconte le doyen suisse (57 ans), Dominique Wavre (Mirabaud). Elles collent, comme le sparadrap au doigt du capitaine Haddock, aux «aventuriers romantiques» tels Alessandro Di Benedetto (Team Plastique), toujours au rendez-vous, et à la meute des conquérants de la victoire absolue.

La dernière édition avait été exceptionnelle, dans l'engagement de qualité et dans la surenchère technologique. L'émulation avait emballé la flotte qui avait voulu occulter la dimension obscure des forces en présence. Les abandons se sont comptés en trop grand nombre. Quatre ans après, le ton a changé, revenu à plus d'humilité, à l'esprit d'origine, au mystère de la course, disent les anciens. Qui aiment aussi à rappeler qu'un Vendée Globe, c'est une tranche de vie. Un accélérateur.

Et le temps de vérifier que la Terre est toujours ronde s'est sacrément réduit. Des 109 jours mis par Titouan Lamazou en 1990, Christophe Auguin, Vincent Riou et Michel Desjoyeaux par deux fois ont raccourci le monde. À tel point qu'en 2009, le roi du Solitaire, en 84 jours, l'a rapproché d'un seuil mythique, 80 jours. Seuls les multicoques l'ont jusqu'à maintenant franchi, depuis les 79 jours de Bruno Peyron et son équipage sur Commodore Explorer, pionniers du trophée Jules Verne en 1994.

«On vit avec la peur de casser»

La direction de course a communiqué sur cette barrière. Les marins prétendant à la victoire s'en sont agacés. Avant, à demi-mot, comme évoquant un fantasme dangereux, de reconnaître la possibilité. Marc Guillemot (Safran): «L'essentiel est d'arriver, et mieux le premier. En moins de 80 jours, ce serait un petit plus, et une révolution au regard de l'histoire.» Vincent Riou (PRB): «Les bateaux vont plus vite, et les marins sont plus à même de les faire avancer. Les couples n'ont jamais été aussi prêts. On peut donc l'imaginer. Surtout qu'en 2008, la météo avait été mauvaise et le parcours clairement allongé.»

Faut-il croire aux discours mesurés renvoyés depuis la terre? De certains, sans doute. «On vit avec la peur de casser. C'est traumatisant quand vous vivez cela plusieurs fois...» Kito de Pavant (Bel), Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat), Alex Thomson (Hugo Boss) ou Bertrand de Broc (Votre nom autour du monde) veulent connaître aussi le chaleureux retour dans le chenal.

Pour les autres, les Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec), François Gabart (Macif), Armel Le Cléac'h (Banque populaire), Jérémie Beyou (Maître Coq) et autres Riou et Guillemot, chacun dit vouloir «trouver son rythme, faire sa course». Mais autant espérer brider «le non raisonnable de l'être humain» (Jean Le Cam). Qui a un jour enfanté le Vendée Globe.

L'équipe
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.