Qui sème le vent

Vendredi 9 novembre 2012 à 10h04

Ca y est, ça va être l’heure, l’heure de laisser le vent pousser ou tirer les bateaux du Vendée Globe à travers les océans. Et à cette heure où l’on ne parle plus que du vent (un peu des vagues aussi), il me semble utile de rappeler d’où il vient. D’où vient et où va ce vent, objet de toutes les attentions des compétiteurs.

Ca y est, ça va être l’heure, l’heure de laisser le vent pousser ou tirer les bateaux du Vendée Globe à travers les océans. Et à cette heure où l’on ne parle plus que du vent (un peu des vagues aussi), il me semble utile de rappeler d’où il vient. D’où vient et où va ce vent, objet de toutes les attentions des compétiteurs.

Déjà, sur les pontons, on ne parle que de lui. Ca spécule. La rumeur enfle en même temps que les interrogations des skippers. Certains croient savoir. D’autres laissent croire qu’ils ne savent pas. On voudrait déjà jouer de l’intox. On est mystérieux.

 

QUI souffle le vent récolte la tempête.

Cette biblique métaphore n’est pas toujours facile à déchiffrer. Mais ici nous voulons identifier le QUI atmosphérique. QUI est à l’origine du vent ?

 

Au large, c’est facile. Le vent a nécessairement deux parents… faut-il préciser deux parents hétéros. L’anticyclone et la dépression. Et c’est selon les caractères plus ou moins bien trempés de ces deux là, que le vent trouvera sa force, son style, son humeur. C’est selon leurs positions respectives que le vent trouvera sa voie.

 

Sa force : elle lui vient tout droit du contraste entre le père et la mère qui doivent se tenir à proximité l’un de l’autre. Le vent sera entre les deux. Si les deux sont tièdes, le vent sera faible. Si l’anticyclone est costaud et la dépression creuse, le vent sera fort. Pour évaluer cette force, on compte le nombre de lignes isobariques qu’il y a entre les deux. Comme pour une pente en montagne on parle de gradient. Ce faisceau de lignes parle directement au skipper qui sait, au moins par expérience, traduire sa densité en force de vent.

 

Son style : est-ce que sa façon de tourner, de virer à droite ou de backer à gauche, se fera doucement ou brutalement ? La douceur viendra d’une belle courbure des isobares qui entourent chacun des géniteurs mais aussi d’un lent déplacement de ceux-ci. La brutalité viendra d’isobares présentant des angles cassants au passage des perturbations par exemple, mais aussi d’un déplacement précipité d’un centre dépressionnaire ou anticyclonique. Pour suivre et s’imprégner du rythme de la danse interminable que font les dépressions et les anticyclones autour du bateau, les skippers doivent analyser en permanence les cartes qui se suivent à pas réguliers. En les animant en accéléré, le petit film ainsi formé, est toujours très instructif.



Son humeur : arrivant sur tel ou tel endroit, le vent est il stable ou instable ? Quand on le connaît, quand on sait d’où il vient, c’est finalement assez facile à prévoir. S’il vient des pays froids et qu’il survole des basses couches plus chaudes que lui, il va y avoir de la turbulence… le plus chaud du bas voulant monter à sa place, ça va brasser d’autant plus fort que le contraste de température entre le bas et le haut est important. S’il vient des pays plus chauds, au contraire, le fait de se refroidir par la base en arrivant sur une mer plus froide, va dans le sens de la stabilité. Le skipper doit analyser les cartes d’altitude pour savoir s’il fait, relativement, plus chaud en haut ou en bas, et savoir à quelle humeur s’attendre ? C’est important, les rafales compliquent sérieusement navigations et manœuvres.

 

Sa voie : c’est parce que la terre tourne sur elle-même que toute l’atmosphère est parsemée de tourbillons. C’est aussi un effet mécanique de cette rotation qui explique que le vent tourne autour des dépressions dans le sens inverse des aiguilles d‘une montre dans l’hémisphère nord, dans le même sens dans l’hémisphère sud. Pourvu qu’il reste encore longtemps des montres avec aiguilles !!!

 

Chacun l’aura compris, les skippers ont tout intérêt à s’intéresser autant aux parents qu’à l’enfant. Le déplacement et le comportement respectifs de l’anticyclone et de la dépression leur apprendra plus sur la nature du vent qu’ils fréquenteront que la représentation de flèches et de barbules sur une carte.

Et comme la vie n’est jamais simple, il faudra comprendre les histoires de familles et leurs secrets comme les anticyclones qui se regroupent pour être plus forts, les dépressions secondaires qui prennent souvent plus d’importance que leurs aînées, les perturbations qui hésiteront à avancer ou se diviseront pour mieux attaquer.

 


Bien voir qui sème le vent pour éviter de récolter la tempête.

 

L'équipe
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Sophie Savant Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
Guillaume Fourrier
Guillaume Fourrier
Guillaume Fourrier est un vrai passionné de la mer. Il pratique la pêche en mer depuis l'âge de 13 ans et a aujourd'hui à son actif près de 20 records de France, d'Europe et du Monde pour la prise de gros spécimens. Originaire de Boulogne-sur-Mer, il a sillonné les eaux de la façade Atlantique mais également celles de la Méditerranée. Il a également trempé ses lignes sur des contrées exotiques comme la Nouvelle-Calédonie, où il séjourna plusieurs mois à la recherche de gros poissons du lagon. Il pêche aujourd'hui en Normandie, son nouveau port d'attache.