Histoires autour du monde par Desjoyeaux

Jeudi 8 novembre 2012 à 14h45

EPOPÉE: Grands ou petits, les récits qui touchent au Vendée Globe ont créé sa légende. Michel Desjoyeaux, unique marin à avoir triomphé par deux fois de cette aventure hors entendement, raconte ses propres souvenirs

©La Chaîne Météo

EPOPÉE: Grands ou petits, les récits qui touchent au Vendée Globe ont créé sa légende. Michel Desjoyeaux, unique marin à avoir triomphé par deux fois de cette aventure hors entendement, raconte ses propres souvenirs

1989-1990

«Dès la première édition, il y a des compétiteurs, mais aussi des hédonistes, des contemplateurs. Le médecin Jean-François Coste a juste mis deux fois plus de temps à faire le tour du monde (163 jours), sur Pen Duick III qui date des années 60-70, que moi lors de ma première participation en 2000-2001. Je me souviens d'être allé au départ avec Jean-Yves Bernot, alors routeur de Philippe Jeantot, qui avait la double casquette d'organisateur et de concurrent. Il y avait déjà beaucoup de monde sur les quais mais il n'y avait pas le système de passe et on nous bloque au ponton. Et j'entends encore Bernot dire: "Là, vous devez nous laisser passer, sinon Jeantot, demain, il ne part pas." C'était assez surnaturel!Quand Fleury Michon de Philippe Poupon a chaviré, j'étais sur la Whitbread. J'étais de quart de veille, et on se demandait: "Il va se redresser le machin?" Je m'en souviens comme si c'était hier. On est resté suspendu des heures à la BLU jusqu'à ce que Philou ait la bonne idée de couper son mât d'artimon.»  

 

1992-1993

«La disparition de Mike Plant avant le départ, alors qu'il convoyait son bateau des États-Unis vers les Sables, a calmé tout le monde. Et puis, au quatrième jour de course, il y a eu la découverte sans vie de Nigel Burgess, à quelques milles de son bateau. C'était celui que Pierre Follenfant skippait en 1989. Burgess était très à cheval sur la protection de la personne. Follenfant était persuadé qu'il avait fait de l'excès de sécurité. Quand le bateau s'est rempli d'eau, il pense que le Britannique n'a pas eu la présence d'esprit de rester dedans. Ce fut un moment difficile pour Pierre. Quand c'est ton ancien bateau, que le gars part et ne revient pas, c'est très dur.»

 

1996-1997

«Les marins du Vendée Globe faisaient un truc hors de l'entendement. Là, on était à une évolution. Sur les quatre premiers en 1993, trois sont des vainqueurs de la Solitaire du Figaro. Sur la huitaine de marins qui finit le tour du monde en 1997 (dont deux hors course), cinq ont fait le Figaro et un l'a gagné, Christophe Auguin. On est passé du marin au large, "la barbe longue et le cheveu mal lavé", à une course de compétiteurs. Les mentalités évoluent, les bateaux aussi, et c'est un gros coup de bambou. Quatre bateaux ne rentrent pas et Gerry Roufs disparaît en mer. Cela ne favorise pas le discernement. Pourtant cela ne fait qu'expliciter clairement que le Vendée Globe est la course la plus dure, la plus complexe, la plus complète qui existe. J'ai failli remplacer un skipper à la demande de son sponsor, et heureusement que je ne l'ai pas fait, car je n'avais pas le cuir assez épais à l'époque.»

 

2000-2001

«C'est par les drames précédents que nous progressons aussi tous de façon collective. Les règles de l'Imoca ont évolué par le fruit de l'expérience. Quand je suis arrivé dans la classe en 1999, j'ai demandé que soit mis en place le test de retournement à 180 degrés. C'était devenu courant que nos monocoques se retournent et restent à l'envers. Il fallait être capable de le redresser. Il y a eu des moments très durs. Je me revois au fond du bateau, à ne plus pouvoir bouger et n'avoir plus la force d'aller manger. C'était, au milieu du Pacifique, le contrecoup d'un problème de moteur que j'avais fini par régler. Quand tu vas aussi loin dans l'épuisement de tes ressources, ce n'est pas facile de remonter la pente derrière. Mais j'étais devant, c'est un ressort qui est d'une puissance phénoménale.»

 

2004-2005

«Je suivais alors Vincent Riou et Sébastien Josse. Un soir, alors que Vincent était au large de l'Argentine, je l'appelle et je le sens fébrile. "Je viens de me prendre une rafale à 70 noeuds, c'est tout en vrac dans le bateau." Au bout du fil, tu te sens impuissant. Quand un mec comme Vincent est ébranlé, c'est qu'il n'est pas arrivé un truc d'enfant de choeur. Et tu te remémores des vagues énormes, des situations peu envieuses... Avant, il y a eu "Jojo" qui a percuté un morceau d'iceberg. Alors qu'il s'est déjà dérouté vers la Nouvelle-Zélande, on a essayé de le refaire partir en course, en le ramenant à une autre raison que la sienne. Et il a pris la cinquième place au lieu de figurer parmi les abandons.»

 

2008-2009

«J'étais dans un tel état de grâce... Sur la durée, c'est énorme. Il y a eu des couacs pourtant. Comme le problème de safran que j'ai caché. En deux minutes, tu peux passer de Jean qui rit à Jean qui pleure. Quand tu en arrives là, le calculateur est à 100 %, à 99,9 %, ça ne suffira pas. Et quand tu arrives à sauver la situation, c'est un moment de bonheur! Tu es ruiné, mais tu as sauvé quatre ans de boulot. Ça fait partie du jeu de garder des choses pour soi, c'est la petite excitation supplémentaire. Aux vacations, tu es parfois comédien, mais c'est au bénéfice de la pièce que tu veux jouer.»

L'équipe
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.