Javier Sanso : « Prouver que ce système marche »

Par Schreiner, Laurence
Jeudi 8 novembre 2012 à 13h40

Le skipper espagnol revient sur le Vendée Globe après douze ans d'absence. Sur un bateau neuf propulsé par les seules énergies renouvelables. Propos recueillis aux Sables d'Olonne par Laurence Schreiner

©La Chaîne Météo

Le skipper espagnol revient sur le Vendée Globe après douze ans d'absence. Sur un bateau neuf propulsé par les seules énergies renouvelables. Propos recueillis aux Sables d'Olonne par Laurence Schreiner

A 43 ans, le Majorquin revient sur le Vendée Globe pour une deuxième participation qu'il espère plus aboutie qu'en 2001. Au bout de quarante-deux jours, Javier Sanso, que tout le monde appelle «Bubi», avait abandonné après la casse d'un des safrans de son vieux bateau datant de 1992. Cette fois, sa machine est l'une des plus récentes et des plus atypiques. Acciona est le premier monocoque 60 pieds à avoir été conçu pour fonctionner avec les seules énergies renouvelables (solaire, éolienne et hydrodynamique). Pas une once de millilitre de combustible fossile à bord (contre quelque 400 litres pour un Imoca classique nécessaires à l'alimentation des systèmes de navigation sur le tour du monde). Un projet innovateur auquel croit ce passionné, grand navigateur de courses océaniques aussi bien que capitaine d'expédition dans les régions polaires, qui est également expert en hydraulique.

 

Figaro Nautisme.- Vous avez mis douze ans à revenir sur le Vendée Globe. Pourquoi une si longue attente?

Javier Sanso.- Quand j'ai cassé en 2000, j'ai toujours eu en tête de revenir sur le Vendée Globe. Ça m'a pris dix ans mais c'était une obsession toutes ces années. J'ai fait plusieurs courses Imoca (trois transats Jacques Vabre, une Barcelona World Race), et revenir ici était une question de temps. Quand Acciona s'est montré intéressé, ils ont voulu aller vers un projet d'un bateau à la fois performant et qui produise zéro émission. A l'époque, les règles de l'Imoca ne le permettaient pas. Nous avons travaillé avec la classe et la règle a changé. Acciona est totalement partie prenante dans ce projet, c'est réellement leur bateau. Je pense que dans le futur, vous verrez plus de bateaux comme celui là, produisant zéro émission.

 

Quel est votre objectif? De prouver que votre bateau peut le faire? De vous mêler à la lutte sportive?

Il est de faire une belle course. J'ai navigué suffisamment, 16.000 milles. Notre système de production énergétique est complexe mais très efficace. Nous l'avons éprouvé. Certaines pièces peuvent casser, mais le reste continue de fonctionner. Et durant ces 16000 milles, rien n'a cassé mais, je sais que cela peut arriver. La première fois que je suis monté sur le bateau, j'étais un peu perdu et je m'interrogeais aussi. Mais je suis devenu de plus en plus confiant. Ma sérénité vient aussi de la confiance que j'ai dans mon équipe, dans les gens qui ont travaillé sur ce projet. Ils avaient en tête la dureté de cette course unique, la nécessité de la fiabilité.

 

Vous sentez-vous comme un pionnier?

Oui, le bateau peut devenir une référence. Mais je n'en suis que le pilote. Les pionniers, ce sont les ingénieurs, les chercheurs qui ont pensé à ce système. C'était magique de voir tout ce processus en marche, à partir quasiment d'une feuille blanche.

 

Ressentez-vous d'autant plus de pression à quelques jours du départ?

Je suis heureux d'être là aujourd'hui. J'aime mon métier. Et avoir un tel sponsor aujourd'hui, c'est une vraie chance dans le contexte actuel. Il y a eu beaucoup de recherche et de développement. Alors la question n'est pas de gagner, même si j'aimerais comme tant d'autres ici. Mais l'important est de prouver que cela marche. Arriver en bonne position permettrait peut être d'orienter la voile vers ce genre de bateau. Alors oui, j'ai beaucoup de pression. Mais celle que je me mets moi-même est pire (rires)!

 

Avez-vous beaucoup navigué en solitaire? Est-ce quelque chose que vous appréhendez?

J'ai notamment traversé cinq fois l'Atlantique. J'aime avoir à ne plus parler à personne (rires)! Et je crois que vous pouvez être encore plus seul dans une grande ville que sur nos bateaux. Honnêtement, il n'y a pas grand-chose que j'appréhende sur cette course. S'adapter aux situations que nous allons affrontées est un processus mental. Quand je verrai mon premier albatros, je sais que j'approcherai du sud. Et, à ce moment là, je ne voudrais être nulle part ailleurs, je vous assure. J'ai travaillé dur pour en arriver là. Et ce ne sera pas le moment où j'irais me plaindre...

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Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
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Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Guillaume Fourrier est un vrai passionné de la mer. Il pratique la pêche en mer depuis l'âge de 13 ans et a aujourd'hui à son actif près de 20 records de France, d'Europe et du Monde pour la prise de gros spécimens. Originaire de Boulogne-sur-Mer, il a sillonné les eaux de la façade Atlantique mais également celles de la Méditerranée. Il a également trempé ses lignes sur des contrées exotiques comme la Nouvelle-Calédonie, où il séjourna plusieurs mois à la recherche de gros poissons du lagon. Il pêche aujourd'hui en Normandie, son nouveau port d'attache.