Riou-Le Cam: Destins croisés

Par Schreiner, Laurence
Mercredi 7 novembre 2012 à 16h17

TÉMOINS : Vainqueur et dauphin en 2005, sauveteur et naufragé en 2009, Vincent Riou et Jean Le Cam ont vécu les deux versants de l'Everest des mers, la régate sportive et l'aventure proche du drame. Amis à terre, ils repartent concurrents sur cette 7e édition. Propos recuillis par Laurence Schreiner.

©La Chaîne Météo

TÉMOINS : Vainqueur et dauphin en 2005, sauveteur et naufragé en 2009, Vincent Riou et Jean Le Cam ont vécu les deux versants de l'Everest des mers, la régate sportive et l'aventure proche du drame. Amis à terre, ils repartent concurrents sur cette 7e édition. Propos recuillis par Laurence Schreiner.

La voile et les bateaux, le bon vin et le bien-vivre sont autant de domaines que ­Vincent Riou, 40 ans, et Jean Le Cam, 53 ans, aiment à partager. Cette amitié s'est nouée autour du Vendée Globe lors de moments dont ils n'évoquent que les faits de mer, avec cette pudeur propre aux marins. En 2005, l'ancien avait renommé son meilleur adversaire «Vincent le terrible». Le Cam, déjà intronisé «Roi Jean», était alors le «Taulier» pour le jeune Riou. En 2009, aucun des deux n'atteignit le royaume vendéen. Chaviré au large du cap Horn, Jean a été récupéré par ­Vincent, sauvetage dans lequel il perdit son mât. Difficile de croire en des destins aussi mêlés autour du monde.



Figaro Nautisme - Vos expériences ne résument-elles pas cette course?

Vincent RIOU. - Le Vendée Globe, on peut le courir plusieurs fois, on ne vit jamais la même chose.

Jean LE CAM. - Et il va s'en passer encore des choses...

V. R. - Le système veut ça, cette alchimie complexe qui fait qu'une bande de bonhommes tous aussi azimutés les uns que les autres décide de faire le tour du monde sans s'arrêter, en essayant de finir devant! Aujourd'hui, les gens banalisent un peu mais c'est un truc de dingue... Là, il y aura encore des histoires, autres que celles déjà balayées par l'histoire.

 

Sur cette édition, l'humilité semble être de mise par rapport à 2008.

J. L. C.- Personne ne peut faire le malin. Si quelqu'un dit qu'il va gagner le Vendée Globe... Il y a une chose qu'on sait quand on part, c'est qu'on ne sait rien. Ça ne sert à rien de prévoir trop, parce que cela ne se passe jamais comme tu prévois.

 

Comment prépare-t-on alors au mieux «l'inconnu»?

J. L. C. -Il faut avoir le minimum de soucis techniques. On essaie d'optimiser, de fiabiliser, de connaître le mieux possible son bateau.

V. R. -Autonomie reste le maître mot. Des pépins, tu en auras et de toutes sortes. Si tu n'as pas besoin des autres pour commencer à réfléchir et gérer les problèmes, tu es forcément plus fort.

 

2004 : «PACTE DE NON-AGRESSION»

 

L'édition 2004 a été celle de la «régate planétaire». Racontez-nous votre lutte?

J.  L.  C. -On était en tête et dans l'Atlantique Sud, une dorsale a fait le ménage. Là, on s'est barré grave! Après, il ne faut pas être stupide, et faire un pacte de non-agression. Dans le Sud, le risque est de casser. À deux, cela peut se faire. À trois, il y en a déjà un de trop. En Nouvelle-Zélande, on était ensemble. Tellement même, qu'on a dû appeler la direction de course...

V. R. -On était bord à bord, dans une brume à couper au couteau. Et en panne de radar! Mais elle a refusé de nous donner plus d'info.

J. L. C. - On s'est appelés. C'aurait été ballot d'entrer en collision.

V. R. -Puis, on a rencontré un champ d'icebergs, juste quand il fallait plonger sud pour passer sous une dorsale. Jean y est allé, moi j'ai refusé l'obstacle! Je l'ai laissé filer.

J. L. C. -J'étais déjà bien engagé... Bon, la première nuit, je n'ai pas dormi. Je voyais des ombres à droite, à gauche.

V. R. - J'ai vu aussi des growlers de près. Tu sors dans la nuit et le ciel s'assombrit, il fait 5 °C de moins, c'est le vent du bloc de glace. Et tu ne vois rien...

J. L. C. -J'avais 150 milles d'avance sur Vincent au cap Horn. Où je me suis retrouvé à 2 noeuds, quand lui arrivait à 17 noeuds. Et le Golding qui remontait comme un malade...

V. R. - Une nuit, je l'ai vu passer, Mike. J'étais désespéré. Six heures après, il était derrière au classement, sa drisse de grand-voile avait cassé...

 

Se réjouit-on parfois des mésaventures des concurrents?

V. R. -Si Mike n'avait pas cassé, l'affaire aurait été chaude! Et il a perdu sa quille à 24 h de l'arrivée. Il y a eu un suspense terrible, on aurait pu être à trois en sept heures. On a fini à deux, ça nous a facilité un peu la vie.


2008 «ON A FAIT DES SCÉNARIOS  DE DINGUE AVEC LES CHILIENS»

 
Lors de l'édition 2008-2009, le chavirage aurait pu tourner au drame...

J. L. C. -C'est sûr, le truc pour sortir de la coque, il fallait que rien n'accroche. J'avais bien préparé mon coup. C'est une question de maîtrise de soi. Si le mec commence à paniquer dans le quart d'heure qui suit le chavirage, poupoupou...

V. R. -Le risque est que le mec, avec l'arrière du bateau s'enfonçant, cherche à sortir. Tout seul, dehors, il n'a aucune chance. En général, dans ton bateau, tu n'es pas si mal que ça !

 

Comment avez-vous appris le chavirage de Jean?

J. L. C. - Nous étions au téléphone quand j'ai chaviré.

V. R. - Et après le téléphone ne marchait plus... Heureusement, il avait eu le temps d'appeler la terre. On a fait des scénarios de dingue avec les Chiliens.

J. L. C. -Ah oui?

V. R. - Ils disaient qu'ils seraient là dans 24 heures. Mais ça caillait ici bas, l'eau était à 4 °C. Dans 24 heures, je ne savais pas s'il y aurait quelque chose à récupérer. Alors, ils voulaient faire décoller un hélicoptère qui avait juste assez de carburant depuis l'île Horn pour faire l'aller jusqu'au pétrolier qui nous avait balisé l'épave. Mais pas le retour. Des plongeurs auraient été hélitreuillés et avec Armel (Le Cléac'h, également détourné), on s'était engagés à les récupérer. On restait en stand-by jusqu'à ce que le porte-hélicoptères arrive sur zone... Quand j'ai annoncé que j'avais récupéré Jean, ça a désamorcé une opération complètement dingo!

 

Vous souvenez-vous des premiers mots échangés?

J. L. C. -J'étais comme un maquereau, en fait! (rires)

V. R. -On était contents. C'est tout.

J. L. C.-C'est une belle aventure, un moment pas anodin.

V. R. -Déjà un Vendée Globe, c'est une tranche de vie. Mais là...



2012 QUEL SCÉNARIO POUR L'ACTE 3 ?


Quelle peut être la suite?

V. R. -L'histoire s'écrira toute seule! On aime ce qui est simple et authentique.

J. L. C.-C'est sûr que ça ­rapproche.

 

Vincent, vous êtes le seul à pouvoir rejoindre Michel Desjoyeaux comme double vainqueur...

V. R. - Je ne vais pas faire mon «M. Plus». Je veux juste bien vivre ce Vendée Globe qui peut être un bon moment de mer ou une vraie galère. Vivre une belle course voudra dire que je m'amuse, que je régate. Gagner, c'est encore autre chose. Ma victoire en 2005 reste une exception dans le système. Si tu y vas le couteau entre les dents, t'as des chances d'être déçu.

J. L. C.-(Rires) Ça, c'est l'expérience!

V. R. - Tu apprends à mettre les objectifs ailleurs. Quand mon bateau va bien, que je vais bien, je suis devant. Je prends donc le problème dans l'autre sens.

J. L. C.-Ce qu'il dit est très bien. Il faut essayer de ne pas oublier l'essentiel.

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Eric Mas
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Guillaume Fourrier est un vrai passionné de la mer. Il pratique la pêche en mer depuis l'âge de 13 ans et a aujourd'hui à son actif près de 20 records de France, d'Europe et du Monde pour la prise de gros spécimens. Originaire de Boulogne-sur-Mer, il a sillonné les eaux de la façade Atlantique mais également celles de la Méditerranée. Il a également trempé ses lignes sur des contrées exotiques comme la Nouvelle-Calédonie, où il séjourna plusieurs mois à la recherche de gros poissons du lagon. Il pêche aujourd'hui en Normandie, son nouveau port d'attache.