Marc Guillemot : « Le Vendée Globe, c'est tout ce que l'on n'attend pas »

Mercredi 7 novembre 2012 à 15h30

En 2008, il partit conquérant et revint 3e et en saint-bernard des mers du Sud. À 53 ans, le Trinitain espère vivre un tour du monde plein.

- ©La Chaîne Météo

En 2008, il partit conquérant et revint 3e et en saint-bernard des mers du Sud. À 53 ans, le Trinitain espère vivre un tour du monde plein.

EN 2008, pour son premier Vendée Globe, Marc Guillemot a secouru Yann Eliès, fémur brisé dans l'océan Indien. C'est l'image forte restant du Trinitain qui finit sa circumnavigation à la troisième place malgré la perte de sa quille à 900 milles de son retour aux Sables. Samedi, il repart pour un deuxième Vendée Globe, avec un bateau optimisé par les ingénieurs de Safran, pour une nouvelle épopée.

 

FIGARO NAUTISME. - En 2008, vous pensiez que le Vendée Globe était devenu une «régate planétaire». Là, vous repartez en sachant que ce peut être une folle aventure...

Marc GUILLEMOT. - Oui, j'avais trouvé tout ce que je n'étais pas venu chercher... Ce fut riche en aventures. Mais il y avait la frustration d'avoir été handicapé par des soucis techniques (rails du mât, quille). Cette fois, mon souhait est de disputer la course avec un bateau en état. Mais on ne sait pas de quoi la course sera faite. S'il y avait un classement que je revendique, sans chercher à le renouveler, c'est celui de la richesse au niveau des inattendus...

 

Il y a quatre ans, seulement 36 % des bateaux avaient bouclé le tour du monde. Aujourd'hui, tous les skippers remettent la notion d'aventure en avant. Revient-on à l'essence du Vendée Globe?

La dernière édition a fait réfléchir beaucoup de monde. Celui qui a gagné (Michel Desjoyeaux) n'était pas celui qu'on attendait le lendemain du départ. Ceux qui sont montés sur le podium (Le Cléac'h 2e, Riou et Guillemot3es) n'étaient pas forcément ceux qu'on attendait, avec les aléas de course qu'ils ont eus. Ceux qu'on attendait à mi-parcours ne sont pas arrivés (Peyron, Josse, notamment). En 2008, je suis parti la bouche en coeur. L'aventure, ce n'est pas mon truc, sauf qu'au bout du compte, ça a été la consistance de ma course. Cette fois-ci, celui d'entre nous qui arrivera aux Sables avec le moins de soucis sera sans doute celui qui l'emportera.

 

Votre bateau bénéficie de la recherche des ingénieurs en aérospatial de Safran. Avez-vous l'impression d'avoir une machine d'une technologie inaccessible aux autres?

Par rapport à d'autres bateaux, qu'on ne me dise pas qu'il y a un décalage de budget! Notre avantage est d'avoir une force de réflexion vraiment importante, dont j'aurais tort de ne pas profiter. Cet apport est plus facile à obtenir que d'un banquier ou d'un fromager. Les améliorations réalisées ont été motivées par la fiabilité. Avec une quille en titane, on n'a rien gagné en termes de performances. Mais on a pu optimiser le poids du bulbe, car on a gagné de la masse sur le mât.

 

La flotte vous semble-t-elle plus homogène?

Oui, il y a onze-douze bateaux qui peuvent gagner sur le papier et un ou deux peuvent créer la surprise. On n'est pas loin des 60 %, c'est fort. Et tout le monde est conscient que ce ne sera peut-être aucun de ceux-là. C'est pourquoi il existe une certaine superstition. 2008 a marqué un tournant. L'émulation des nouveaux bateaux a fait que tout le monde était en mode régate. Sauf que le Vendée Globe, c'est beaucoup plus qu'une course, c'est tout ce que l'on n'attend pas.

 

Cela va-t-il jouer sur le rythme imposé à la course? Qui l'imposera?

Je connais mes limites, c'est-à-dire celles au-delà desquelles la manoeuvre devient périlleuse. Après, si des bateaux attaquent, doit-on les laisser partir ou les accompagner? C'est tout le problème. Il va y avoir un début de course d'observation. Certains, nombreux, veulent d'abord finir. Je fais partie de ceux qui aimeraient finir avec un bateau en état. Gagner n'est pas en haut de la pile. Il faut avoir une certaine sérénité pour réussir à dépasser l'enjeu sportif. Il faut bien se connaître et bien connaître son bateau.

L'équipe
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Norbert Conchin
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Sophie Savant Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.