Pavant, des usines en plein champ aux vastes océans

Par Schreiner, Laurence
Mardi 6 novembre 2012 à 15h15

Le Vendée Globe est l'occasion de partager l'aventure avec les sponsors. L'envers d'un partenariat avec le groupe Bel.

©La Chaîne Météo

Le Vendée Globe est l'occasion de partager l'aventure avec les sponsors. L'envers d'un partenariat avec le groupe Bel.

«ENCHANTÉ de serrer la main d'un aventurier!» Salarié de l'usine Bel de Sablé-sur-Sarthe, Fabien s'est glissé vers Kito de Pavant. Le skipper, dont le monocoque 60 pieds porte le nom du groupe fromager, visite le plus important site national de production. Il fait partie d'une tournée à travers la France qui a duré deux semaines jusqu'à fin septembre. Avant que le compte à rebours ne s'accélère jusqu'au départ le 10 novembre du Vendée Globe des Sables-d'Olonne.

«Le projet avec Bel a démarré en 2005, en Figaro puis en 60 pieds. On s'était donné trois ans pour voir comment ce partenariat était perçu en interne», raconte le navigateur entre deux autographes, petits mots, questions-réponses avec les ouvriers qui passent au réfectoire. Au menu du jour, une «spéciale choucroute Kito de Pavant». «La première visite d'usine que j'ai faite a eu lieu ici, à Sablé, en mars 2006, dans ce même lieu. Je venais présenter la Transat AG2R que personne ne connaissait. C'est l'année où je la gagne. Le projet a pris de l'ampleur.»

Depuis six ans, le Méditerranéen troque ainsi les côtes maritimes pour les usines en plein champs. Sa transhumance l'a emmené à travers l'Europe, en Afrique, au Proche-Orient, aux États-Unis, dans les Caraïbes. «À chaque fois, l'accueil est extraordinaire. Ils n'ont pas de fascination pour la course, mais ils nous prennent, nous les marins seuls sur nos bateaux, pour des extraterrestres!», sourit Kito de Pavant. Il aurait rencontré près de 9 000 des 11 400 collaborateurs du groupe. Et sur son mât, 8 500 empreintes de pouce témoignent du lien créé avec le marin. «Les gens râlent parfois, mais il y a de la fierté aussi. Surtout, quand ils ont un contact avec la personne et le bateau», assure celui qui a embarqué quelque 900 salariés du monde entier.

 

Rencontrer et partager

Chaque site a ses «ambassadeurs», qui relaient les faits de course du skipper. Alain, désormais retraité, est l'un d'entre eux. Passionné de football, il s'est reconverti en fan de voile. Maryse s'est également portée volontaire quand, en 2007, elle a «flashé sur la maquette du bateau. Depuis, j'apprends plein de choses. J'ai eu la chance de naviguer sur le 60 pieds. On s'aperçoit que Kito fait un vrai métier, et qu'il n'est pas facile.» Vendée Globe 2008, le premier de Kito de Pavant. 28 heures après le départ, dans le golfe de Gascogne, il démâte. Des salariés de Sablé partent dans la nuit pour accueillir le skipper à son retour douloureux aux Sables-d'Olonne. «C'était un coup de massue... On est partis à trois heures du matin pour la Vendée. Ça faisait mal de le voir pleurer», se rappelle Maryse. «On a pris l'habitude de vivre la réussite et l'échec ensemble», glisse le skipper.

Cet envers d'un partenariat pourrait peser lourd en organisation, en temps sacrifié à la préparation sportive. «Cela n'a jamais été une question. Faire entrer un 60 pieds dans certains pays exige parfois une logistique importante et peut susciter quelques galères. Mais c'est tellement riche», assure le bourlingueur des mers. «Dans ma vie de marin, c'est toujours ça qui m'a attiré: les voyages dans des endroits où l'on n'a pas l'habitude d'aller, les rencontres avec les gens, le partage.»

La raison d'être de ce partenariat. Et même si Kito a eu son lot de casses depuis quatre ans, il s'est inscrit sur la durée, jusqu'à la fin de ce Vendée Globe. «Il devait s'arrêter en 2010, c'est déjà une chance d'être au départ», souligne le skipper. Alors pour parachever l'aventure commune, il s'est fixé un objectif clair: «Finir. Quitte à oublier la volonté d'attaquer. Le bateau est plus rapide et plus fiable qu'en 2008. Mais un choc avec une baleine peut dézinguer ce travail en quelques secondes. Cette course demande beaucoup d'humilité.»

Tony est l'un de ses guides dans les entrailles du site. Comme une cinquantaine de salariés de Sablé, il sera du voyage aux Sables-d'Olonne. Volontaire pour gratter la carène du monocoque Bel, avant le départ. Alors que débute la dernière semaine avant le coup d'envoi de cette course unique, ils se compteront par milliers comme lui, salariés d'entreprises, moyennes ou grosses, à venir encourager «leur» marin, toucher à une part de son rêve.

L'équipe
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
Guillaume Fourrier
Guillaume Fourrier
Guillaume Fourrier est un vrai passionné de la mer. Il pratique la pêche en mer depuis l'âge de 13 ans et a aujourd'hui à son actif près de 20 records de France, d'Europe et du Monde pour la prise de gros spécimens. Originaire de Boulogne-sur-Mer, il a sillonné les eaux de la façade Atlantique mais également celles de la Méditerranée. Il a également trempé ses lignes sur des contrées exotiques comme la Nouvelle-Calédonie, où il séjourna plusieurs mois à la recherche de gros poissons du lagon. Il pêche aujourd'hui en Normandie, son nouveau port d'attache.