Bernard Stamm, la voile sacerdotale

Par Messager, Serge
Mardi 6 novembre 2012 à 7h50

PORTRAIT : Pour son troisième départ depuis les Sables-d’Olonne, Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) n’y va pas sans ambages, il est là pour gagner.

PORTRAIT : Pour son troisième départ depuis les Sables-d’Olonne, Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) n’y va pas sans ambages, il est là pour gagner.

Il y a des forêts vaudoises où l’on ne se taille pas qu’une réputation, sinon en dents de scie. Avec en clin d’œil un passage en case prison après avoir toisé la police à motocyclette. Il y eut aussi des périples de trimardeur autour de la planète cargo, des convoyages tous également bien alambiqués, des constructions de ses propres bateaux parfois à l’emporte-pièce et dans la précarité. De ces billots de vie, Bernard Stamm garde les ridules du plaisir. Le Genevois de naissance mâtiné Breton est pour la troisième fois au départ de l’incontournable tour du glaçon.


Atypique, le terme est inconsistant, anémique. Pour qualifier l’Helvète devant fêter ses 49 ans en ce mois de novembre 2012, le terrien a beau se gratter les neurones, le verbe manque. Vainqueur par deux fois d’Around Alone, le tour de la planète en solitaire avec escales sur son fier Superbigou, engin construit non pas en usine mais sur une chaîne de solidarité à Lesconil, le marin Suisse respire Vendée Globe depuis maintenant 15 ans. Malheureusement, les ondes de choc ne l’ont guère épargné sur ce parcours aux intentions mal pavées : « Dans mes échecs, j’ai toujours eu la chance de rebondir. Tout cela grâce à des rencontres. Mes amis côtoyés autour du lac Léman dans ma jeunesse comme Marc-Édouard Landolt aujourd’hui disparu, et son frère Pierre, Bertrand Cardis, le dirigeant du chantier qui a construit mon plan Kouyoumdjian sur lequel je vais courir cette édition 2012. Mais aussi la société Poujoulat qui a toujours été solidaire face aux imprévus depuis 2004 ».


Passion dévorante


Le ciré demeure ainsi la camisole sacerdotale de Bernard Stamm. Et il n’a pas pour l’instant l’intention de le déposer dans un écomusée. « Un projet Vendée Globe est très lourd dans tous les sens du terme. Cela demande un budget, le travail d’une équipe complète, de répondre aux attentes du sponsor. Tout cela repose sur les épaules d’une seule personne. Il faut tirer les bonnes énergies de tout cet environnement. C’est certain, c’est une passion dévorante mais j’aime bien et je mesure la chance que j’ai. C’est vrai que c’est contraignant pour Catherine et nos deux filles mais nous avons une vie très riche. Si je voyais que c’était destructeur pour elles, je me poserais la question différemment. Mais tel n’est pas le cas ».


Tenir le choc


Le Suisse a su conserver l’âme de bûcheron de sa jeunesse. Rien de péjoratif. Il mettra toute son énergie dans cette nouvelle aventure : « Je ne suis pas sûr d’avoir fait des choses raisonnables à chaque fois. Je me suis toujours lancé des défis et comme j’aime ça, me voilà reparti. Cette fois-ci, comme j’ai envie de terminer, je vais essayer de gagner la course. Pour la première fois, je ne suis pas propriétaire de mon bateau. La pression est donc différente. Ce projet est des plus cohérents. J’ai donc les armes mais c’est à moi de m’en servir comme il faut ». Il faudra malgré tout dompter le coursier et accepter les éléments avec la même humilité. « Même si je manque de compétition avec mon 60 pieds, je pense bien cerner ses limites. Pour ma part, l’instinct de survie de l’humain sera la mienne. Dans notre fonctionnement, cela nous met nos propres barrières. Cheminées Poujoulat est un bateau dur, mais je pense que tous les autres le sont aussi. Et puis la compétition est devenue plus serrée. Cela complique l’exercice plus sérieusement. Il faut tenir le choc physiquement. Les changements de voiles demandent puissance et endurance. J’ai l’âge de mes os mais je suis prêt physiquement, ne vous inquiétez pas ».
Les vagues grégaires de ces prochaines semaines vont-elles lui concéder cette fois-ci le droit de vaine pâture ? Bernard Stamm le mérite mais répète donc à l’envi que la tâche sera dure pour gagner. Une chose est certaine, il en a la volonté.


 

L'équipe
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Sophie Savant Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Guillaume Fourrier est un vrai passionné de la mer. Il pratique la pêche en mer depuis l'âge de 13 ans et a aujourd'hui à son actif près de 20 records de France, d'Europe et du Monde pour la prise de gros spécimens. Originaire de Boulogne-sur-Mer, il a sillonné les eaux de la façade Atlantique mais également celles de la Méditerranée. Il a également trempé ses lignes sur des contrées exotiques comme la Nouvelle-Calédonie, où il séjourna plusieurs mois à la recherche de gros poissons du lagon. Il pêche aujourd'hui en Normandie, son nouveau port d'attache.