Vendée Globe : la der des monstres des mers ?

Par Schreiner, Laurence
Lundi 5 novembre 2012 à 10h09

Six prototypes ont été conçus pour cette 7e édition. Mais après? Le débat vers une monotypie sera tranché en 2013.

- ©La Chaîne Météo
Six prototypes ont été conçus pour cette 7e édition. Mais après? Le débat vers une monotypie sera tranché en 2013.

LE 10 NOVEMBRE,vingt marins partiront braver les océans à l'assaut du prestigieux Vendée Globe. Dès ce samedi, 13 h 02, on oubliera que leurs montures sont uniques, des prototypes ayant évolué depuis vingt ans. Six ont été spécialement construits pour cette 7e édition. Mais après? Le destin de ces monocoques 60 pieds (18,28 m) est étroitement lié à cette course qui dépasse l'entendement mais dont l'avenir reste suspendu au débat qui agite la classe Imoca. Unanimement, dans le contexte de crise économique qui a vu bien des marins trouver tardivement un sponsor, elle croit en la nécessité de calmer son inclinaison inflationniste. Depuis 1989, le coût d'un bateau neuf pour le Vendée Globe est passé de 450 000 euros à 3,5 millions d'euros. Reste à savoir comment. En décidant d'une monotypie comme l'a fait la Volvo Ocean Race, clament certains. En trouvant une alternative intermédiaire entre l'Open et la monotypie, insistent d'autres.

Depuis l'hiver dernier, c'est le blocus. «La façon dont cela a été géré a manqué de transparence», souligne Marc Guillemot, dont le partenaire, Safran, a un projet de nouveau bateau. «Or, faire un monotype coûte plus cher s'il n'y en a que trois ou quatre au départ. Les chiffres annoncés sont fantaisistes. Un Volvo monotype de 65 pieds coûterait 4,8 millions d'euros mais seulement 2,2 millions pour un monotype Imoca de 62 pieds? C'est hors sujet.»

Dans ce camp, la crainte est de voir la monotypie décalquée sur le profil des skippers. Le Vendée Globe a toujours attiré des professionnels mais aussi des découvreurs. Qui parvenaient à dénicher un 60-pieds d'une autre génération et le sponsor séduit par l'exceptionnel. La monotypie, elle, nivellerait les budgets à une hauteur inaccessible pour beaucoup. «On perdrait toute la particularité de cette course, et son coeur, les PME qui ont participé à l'histoire du Vendée Globe», se désole Guillemot.

«Nous sommes les derniers dinosaures», réplique Jean Le Cam, du parti opposé. «Nos équipes sont trop petites au regard de la complexité de tels projets Open, car on n'a plus la capacité de lever des fonds suffisants. Là où on fonctionne avec 1,5 million d'euros par an, il en faudrait 3. Certes, on va y laisser une partie de notre âme mais le système doit se rationaliser», prolonge le vainqueur 2005, Vincent Riou. Les deux marins font le constat «qu'il n'y a plus de jeunes qui mettent les mains dans la résine». Et sont persuadés que la majorité de la classe se rangera derrière leur point de vue à l'issue du Vendée Globe, pariant sur son lot de casses (en 2008, 36 % de la flotte, soit seulement 11 concurrents sur 30, avait bouclé la boucle, un triste record...).

Un patrimoine unique

Longtemps premier supporteur de la monotypie, Luc Talbourdet, président de l'Imoca, semble s'être rangé derrière les partisans d'une solution intermédiaire. Certains éléments dits sensibles - le mât, la quille et les safrans - pourraient être standardisés tout en laissant une liberté de conception au skipper. «Dans les six mois qui suivent ce Vendée Globe, la classe tranchera», pose-t-il.

L'Imoca vient de signer un partenariat avec OSM, société créée par sir Keith Mills, vice-président des JO de Londres et par ailleurs associé dans la structure d'Alex Thomson, l'un des Britanniques entichés du Vendée Globe. «L'idée est de trouver un partenaire titre qui fasse vivre le circuit au-delà de ses courses majeures, le Vendée Globe et la Barcelona World Race», souligne Luc Talbourdet. Mais OSM peut-elle commencer à vendre une classe sans connaître sa future jauge? «Nos plans ont été caricaturés, mais, à aucun moment, nous avons pensé rayer la flotte existante, qui constitue l'actif de la classe», s'agace son président. Un revirement qui assurerait une plus juste mesure pour la préservation d'un patrimoine unique.

L'équipe
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
Guillaume Fourrier
Guillaume Fourrier
Guillaume Fourrier est un vrai passionné de la mer. Il pratique la pêche en mer depuis l'âge de 13 ans et a aujourd'hui à son actif près de 20 records de France, d'Europe et du Monde pour la prise de gros spécimens. Originaire de Boulogne-sur-Mer, il a sillonné les eaux de la façade Atlantique mais également celles de la Méditerranée. Il a également trempé ses lignes sur des contrées exotiques comme la Nouvelle-Calédonie, où il séjourna plusieurs mois à la recherche de gros poissons du lagon. Il pêche aujourd'hui en Normandie, son nouveau port d'attache.