Marc Guillemot : « Une belle histoire humaine »

Lundi 5 novembre 2012 à 6h50

PORTRAIT : Marc Guillemot (Safran) repart pour son deuxième Vendée Globe. Avec l’envie de faire de belles choses.

PORTRAIT : Marc Guillemot (Safran) repart pour son deuxième Vendée Globe. Avec l’envie de faire de belles choses.

Le ciré bien arrosé par les ondées bretonnes ne risque pas pour l’instant de s’étioler à La Trinité-sur-Mer au fond d’un placard. Trop petit d’ailleurs pour ses 53 balais. Irriguant son cerveau quel que soit l’hémisphère, l’eau de mer demeure toujours son sérum de vérité. Marc Guillemot arbore d’une manière intangible les stigmates du bonheur qu’il a à bourlinguer : « J’ai toujours autant de plaisir à parcourir les océans sur de beaux bateaux de course. Ce n’est pas une fierté, c’est juste ma vie, mon énergie. Cela demande évidemment de l’engagement dans ta préparation, ta façon de vivre, ta façon de voir les choses. J’arrêterais demain si je n’ai plus d’objectif de performance ».


Les souvenirs d’embruns sont encore et toujours vivifiants. Twostar, Whitbread avec Éric Tabarly, Open UAP, Route du Rhum, Transat Jacques Vabre, Québec-St-Malo… Autant de champs de sirènes labourés depuis les milles initiatiques à Sainte-Marine, la bien nommée. La belle époque du circuit ORMA, elle, s’est terminée avec une fêlure mâtinée de désillusions: « Se prendre une tôle sur une course fait mal. Mais prendre une claque par les gens de Gitana, qui ne respectent pas l’humain, m’a demandé du temps pour me refaire psychologiquement. Il fallait donc que je construise un nouveau projet. Le Vendée Globe a ainsi été ma bouée. Au départ, je ne trouvais pas ça très excitant. Mais avec l’arrivée des plans Lombard, Farr ou Finot, je me suis aperçu qu’il y avait une convergence pour réaliser des bateaux stables, puissants, performants dans toutes les conditions. C’est là que j’ai commencé à travailler avec le cabinet VPLP et Guillaume Verdier ».


Harmonie


L’homme et son projet ont séduit le groupe Safran en 2005. Depuis, l’eau à peigné les moustaches de son 60 pieds : « Aujourd’hui, quand je regarde la carte postale de notre petit monde de navigateur, je fais partie de ceux qui ont le privilège d’avoir un bon sponsor et les moyens de faire de belles choses. Si l’histoire avec Safran continue, c’est que nous avons une synergie commune. Quels que soient les intervenants, nous avons su trouver une harmonie. Nous avançons en totale transparence et les points noirs sont de suite abordés, dans la confiance ».
Son coursier ne demande qu’à bondir. A lécher la croupe des vagues des trois océans à gravir. Mais la rigueur est de mise : « Je ne dis pas que mon bateau est le meilleur mais il me correspond. Il a été copié, et je ne crois pas par des abrutis. Grâce aux moyens technologiques et de réflexion mis par Safran, nous avons progressé et sommes aussi performants que les nouveaux venus. Ces machines extraordinaires n’acceptent aucun relâchement quand tu as l’envie d’être performant. Cela exige une préparation physique importante. La dernière fois, j’étais parti un peu à la ramasse au niveau du pilotage. Au fil des jours, je me suis senti plus solide. Au moment où je fais demi-tour pour aller à la rencontre de Yann Éliès, j’étais revenu dans le match. Malgré tous les problèmes rencontrés ensuite, rail de grand voile, perte de quille, l’envie d’aller au bout était plus forte. Je pense qu’à 25 ou 30 ans, j’aurais renoncé. La force mentale due à l’expérience est un vrai moteur. En ce sens, je ne crois ni à la chance ni à la malchance, mais à l’envie ».


Cette envie n’a jamais eu un parfum égoïste. La fidélité professionnelle étant un principe. Marc Guillemot aime les grognards qui l’entourent. Thierry, Loïc, Juju, Alex ou encore Patricia. « C’est un gage de confiance et de bonne entente pour moi. L’expérience compte mais il faut faire en sorte de ne pas nous endormir sur nos lauriers. C’est pour cela qu’un peu de sang neuf est venu nous remettre en question. Et ce n’est pas plus mal », conclu le marin amoureux de belles histoires humaines.

 

L'équipe
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.