Jérémie Beyou, pour enfin savourer

Jeudi 1 novembre 2012 à 7h50

PORTRAIT : Il remet le couvert après quatre années de reconstruction personnelle. Avec l’envie qu’il dégage et une maturité enfin installée, Jérémie Beyou (Maître CoQ) sera l’un des hommes à surveiller.

PORTRAIT : Il remet le couvert après quatre années de reconstruction personnelle. Avec l’envie qu’il dégage et une maturité enfin installée, Jérémie Beyou (Maître CoQ) sera l’un des hommes à surveiller.

La baie de Morlaix a été son préau d’école du vent. Nicolas Troussel ou Armel Le Cléac’h, ses jumeaux d’amures. Comme ces forts du Taureau, Jérémie Beyou y a creusé ses futurs sillages. Comme eux, il a écrit son nom par deux fois sur les tablettes de la Solitaire du Figaro. Mais la route est souvent longue, ingrate quand on glisse sur la toile cirée bleutée. Il y eu en effet autant de moments de pur bonheur que d’amères expériences pour ce Breton de 36 ans. Sur sa première aventure en 60 pieds, deux problèmes de gréement sont venus hélas plomber ses dents longues et l’histoire qu’il partageait avec son sponsor fidèle, Delta Dore. Barcelona World Race et Vendée Globe tournant en eau de boudin, le retour de barre il y a quatre ans était dur à avaler. Plonger le regard au fond des bottes ou élargir les épaules du ciré, Jérémie Beyou a fort heureusement tranché : « Dans l’échec, tu peux évoquer la malchance, des fournisseurs défaillants. Après analyse, tu sais que c’est toi qui as fait les choix. C’est à toi d’assumer sans partage avec l’équipe et ton entourage. J’ai appris aussi qu’il fallait plus de réflexion, de temps et d’exigence ».


Saisons salvatrices


Rebondir devient donc un impératif catégorique, quel que soit le support, ne serait-ce que pour ses proches : « Je n’ai jamais baissé les bras définitivement. J’ai toujours eu la force de me rebotter le cul. Il y a quatre ans, j’ai pensé que revenir en Figaro ou équipier sur d’autres bateaux ne faisait pas de moi un moins bon marin. Il y a eu la saison avec Michel Desjoyeaux, le passage sur le maxi Banque Populaire, la Solitaire que je gagne pour la deuxième fois l’an dernier ou la victoire avec Jean-Pierre Dick sur la Jacques Vabre 2011. Tout cela a été salvateur », explique-t-il non sans une certaine fierté.
Le voici donc à nouveau sur la ligne de départ dans les eaux sablaises. Avec en doublure de ciré le costume d’un entrepreneur : « J’ai décidé de prendre plus de risques à ma charge. Avec ma petite entreprise, nous avons acheté le bateau. C’est quelque chose d’ambitieux mais j’en assume les risques. Avec Maître CoQ, nous sommes sur un contrat s’achevant à la fin du Vendée, en souhaitant que cela va continuer derrière. Le montage est hyper blindé. Cela ne va pas conditionner ma façon de faire sur l’eau. A un moment, il faut un comportement raisonnable ne serait-ce que pour aller au bout. Les mésaventures d’il y a quatre ans (11 sur 30 classés.ndlr) devrait faire réfléchir ».


Aventure raisonnable


A la barre du 60 pieds vainqueur de la dernière édition avec comme timonier Michel Desjoyeaux, Jérémie Beyou se sent bien et partira avec le secret espoir de faire une belle course : « Il n’est pas moins rapide qu’en 2008. Même si parfois on est toujours dans le domaine de l’approximation, le niveau de préparation a largement augmenté par rapport à la dernière édition. Avec du recul, nous sommes allés droit à l’essentiel. Le mât est neuf. Il est vrai que les bateaux sont plus durs, contraignants, rustiques et casse-gueule, mais c’est l’évolution de la course. Et face aux nouveaux bateaux, elle reste pour moi ouverte ».
Il suffira inconsciemment d’évaluer le niveau des curseurs. « Je pense que personne ne sait quel rythme il va imprimer pendant trois mois. Tout le monde a des doutes face aux circonstances, même celui qui est devant. Les limites dépendent de tellement de choses. J’estime être quelqu’un de raisonnable dans des situations que j’ai déjà vécues. Après, sur un Vendée Globe, tu peux les imaginer, les anticiper, mais les variables sont tellement nombreuses. Tu ne sais pas jusqu’à quel point tu vas les supporter. C’est ça notre aventure humaine », conclut Jérémie Beyou.
L’envie est là. Et comme Neptune favorise toujours les audacieux, il n’est pas improbable que le Léonard vole dans les plumes de certains furieux.
 

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Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Sophie Savant Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.