L’innovation reste l’ADN des bateaux du Vendée Globe

Lundi 29 avril 2013 à 18h02

La question était sur toutes les lèvres depuis deux ans : les futurs bateaux du Vendée Globe seront-ils tous identiques ? La classe IMOCA a finalement choisi un compromis pour conserver le développement technologique et gagner en simplicité.

La question était sur toutes les lèvres depuis deux ans : les futurs bateaux du Vendée Globe seront-ils tous identiques ? La classe IMOCA a finalement choisi un compromis pour conserver le développement technologique et gagner en simplicité.

Fait extrêmement rare dans le milieu du sport, ce sont les skippers (leur voix compte double) et les membres de leur équipe qui décident de l’avenir de leur support, les monocoques 60 pieds IMOCA. En 2010, après une série de démâtage sur le Vendée Globe, ils avaient ainsi décidé de faire évoluer la jauge de leurs voiliers en limitant notamment la hauteur de leurs mâts. Lors de la dernière édition, c’est la quille qui était au centre de toutes les critiques puisque cinq des vingt bateaux engagés y ont connu de sérieuses avaries, Jean-Pierre Dick parcourant même 2650 milles sans quille avant de franchir la ligne d’arrivée. « Ce n’est pas acceptable que ça arrive, ce n’est plus possible », avait alors vivement réagi Jean Le Cam. Dans le même temps, les skippers ont dû faire face à une situation économique défavorable. Pour les bateaux engagés, « il était devenu de plus en plus difficile d’assurer les quilles et les mâts », a témoigné le skipper Tanguy de Lamotte. Mais l’hypothèse de la monotypie, arrivée sur la table en 2011, a levé le vent de la discorde parmi les marins aux profils très différents. Comment concilier les intérêts de skippers sponsorisés par des grands groupes qui tiennent à proposer une vitrine technologique, comme Safran ou Macif, et les intérêts des PME/PMI familiales, comme celles qui ont soutenu Alessandro di Benedetto ? Comment conserver la performance sportive et le goût de l’aventure en ouvrant la flotte aux budgets modestes ? Dominique Wavre s’est montré soulagé par la décision consensuelle retenue : « C’était trop tôt pour la monotypie mais en même temps on partait clairement dans le mur au niveau financier avec l’Open, a-t-il analysé. Cela risquait de diviser l’IMOCA en deux classes distinctes. » Roland Jourdain estime que la classe aurait pu aller plus loin « mais c’est déjà pas mal. Et je crois que les skippers qui râlent aujourd’hui seront contents de naviguer sur des bateaux plus simples. » Enfin, de nombreux skippers, comme Tanguy de Lamotte et Dominique Wavre, voient dans cette décision un bon signe envoyé aux sponsors.

 

Pas de virage à 90°

 

Place maintenant aux détails techniques. La première standardisation, celle de la quille, fait consensus car elle répond à des impératifs de sécurité. Elle sera désormais construite en une seule pièce, en acier inox forgé. « Les projets ne pourront pas jouer sur les quilles pour être performants », a noté le président de la classe, Luc Talbourdet. En 2014, les bateaux qui ne modifieront pas cet appendice se verront imposer un poids compensateur. Pour les mâts – mât classique ou mât aile comme Macif ou l’ex-Banque Populaire - les avis sont plus divergents. Marc Guillemot remarque ainsi qu’une standardisation des mâts impose une structure de bateau similaire. « Nos voiliers deviendront donc des monotypes qui ne portent pas leur nom », a-t-il assuré. Le skipper de Safran craint également que ces changements retardent les constructions de nouveaux bateaux : « Pour démarrer en premier dans un nouveau concept, il ne faut pas avoir la frilosité de se planter. Déjà qu’il n’y avait pas 50 000 projets en cours pour la construction d’un bateau neuf… » Safran n’est plus certain de vouloir se lancer dans une construction, la décision sera prise dans le mois qui vient. Enfin, la classe IMOCA doit fixer les règles de la standardisation dans les trois à six mois : les mâts et les quilles seront-ils confiés à un ou plusieurs fournisseurs agréés ? Luc Talbourdet est favorable aux choix d’un seul fournisseur, notamment pour les mâts. « Pour une économie d’échelle, il ne faut pas construire trois moules pour trois fabricants, a-t-il précisé. Ainsi, ceux qui n’ont pas choisi la standardisation du mât auront au moins une économie de coût. »


Retrouvez ci-dessous, en vidéo, l’intégralité de l’interview avec Luc Talbourdet. Le président de la classe IMOCA a évoqué pour nous les nouveautés de la jauge mais aussi l'arrivée de l'acteur OSM (Open Sport Management) pour internationaliser le circuit.

 

L'équipe
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Sophie Savant Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Sophie est la dernière recrue de l'équipe de rédaction. Passionnée de loisirs nautiques et de voyages au bout du monde, Sophie est curieuse et dynamique, à l'affut des derniers évènements, bons plans, infos, bonnes adresses, mais ce n'est pas tout ! Douée pour le montage vidéo, elle est derrière la plupart de nos sujets multimédia et elle assure également l'animation des réseaux sociaux de Figaro Nautisme.
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Passionné depuis son enfance par toutes les formes de glisse et par la mer, Thomas a longtemps vécu dans le nord de la Floride aux Etats-Unis. Une expérience qui lui a permis de découvrir l'univers du bateau à moteur et du catamaran à travers plusieurs essais et croisières notamment dans les Caraïbes. Il contribue régulièrement à la rédaction de Figaro Nautisme.