A Durban les filets anti-requins font polémique

Dimanche 5 mai 2013 à 7h34

Les filets installés au large des plages du KwaZulu-Natal, sur la côte est de l'Afrique du Sud, ont largement mis fin aux attaques des requins depuis soixante ans, mais leur utilité est remise en cause, d'autant qu'ils tuent plusieurs centaines d'animaux marins tous les ans.


Dans la banlieue de Durban, métropole touristique de la région, les visiteurs sont invités à tâter du requin au KwaZulu-Natal Sharks Board, l'organisme public chargé des filets.


"Vous êtes les bienvenus pour l'enlacer, l'embrasser, faire tout ce que vous voulez!", lance à la plus grande joie des enfants la conférencière Trinity après qu'un malheureux squale pris quelques semaines plus tôt eut été disséqué sous leurs yeux.
 

"Un requin peut sentir le sang à 1 km de distance. (...) Ne nagez jamais seul!" Frisson dans l'assistance, qui a déjà vu dans le musée attenant tout un lot de planches de surf et de carapaces de tortues marines entamées par les dents de la mer.
 

Pourtant, il n'y a pas eu d'attaque sérieuse depuis des années.
 

"Moins il y a de requins autour de la zone de baignade, moins il y a de chances qu'il y ait une attaque. Et pour réduire le risque (...), nous mettons ces filets, qui en gros pêchent les requins", explique Geremy Cliff, le responsable de la recherche.
 

"En fait, une attaque de requin est quelque chose de très exceptionnel. C'est un événement très, très rare. Vu qu'il s'agit d'un événement très rare et que nous capturons ces animaux, nous réduisons la probabilité d'une attaque à quasiment zéro", ajoute-t-il.
 

Contrairement à ce que croient de nombreux baigneurs, les filets ne forment pas une ligne continue le long des 320 kms de côtes protégés. Il s'agit le plus souvent de filets parallèles -de 214 m sur 6 m chacun- fixés à 400 m de la plage face à 37 stations balnéaires de la région, là où l'eau est profonde de 10 à 14 m.
 

"Les requins peuvent contourner les filets", reconnaît M. Cliff. Il y en a donc qui se promènent près des plages. Et une partie d'entre eux sont pris au piège à l'intérieur, quand ils veulent regagner le large. Et c'est là que le bât blesse: les filets capturent plus de 500 requins tous les ans, et neuf sur dix ne survivent pas. En outre, des dizaines de dauphins, de tortues et de raies en sont les innocentes victimes collatérales.
 

"Nous ne voulons pas tuer les requins, mais c'est le dilemme auquel nous sommes confrontés: nous sommes mandatés pour protéger la population", note Betty Hargreaves, responsable des programmes éducatifs du Sharks Board.
 

L'agence a fait des efforts, en réduisant de moitié la longueur cumulée des filets, de 44 à 23 km, et a introduit un nouveau modèle de lignes faites d'un grand hameçon appâté accroché à un flotteur, qui ne piège que les requins.
 

"Il y a soixante ans, on pêchait à la dynamite. Durban était une importante station baleinière. On rejetait dans l'eau d'énormes quantités de viande, des milliers de requins venaient, et ce qui est fou, c'est que les gens nageaient juste à côté", raconte Mark Adisson, le chef de file des opposants aux filets.
 

"Le Sharks Board vend de la peur" pour justifier sa propre existence, explique M. Adisson, qui fait plonger des touristes à la rencontre des squales, reconnaissant volontiers qu'il y aura toujours quelques morsures ici ou là. Et de citer la Floride, grande destination touristique où les autorités ont préféré laisser les requins tranquilles.
 

En outre, accuse Mark Adisson, certains employés de l'agence publique arrondissent leurs fins de mois en vendant sous le manteau des mâchoires ou des dents, un commerce théoriquement interdit. Le tiers des requins victimes des filets seraient ainsi discrètement rejetés en mer avant d'être comptabilisés, selon lui.
 

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Geoffroy Langlade
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Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.