La Réunion, île aux requins malgré elle

Vendredi 30 août 2013 à 10h51

Sur la plage de l'Ermitage, à La Saline, Georges, 48 ans, en vacances dans son île natale de La Réunion, s'étonne : "On a toujours parlé de requins à La Réunion. Quand j'étais marmay ("enfant", en créole), nos parents nous mettaient déjà en garde". Mais, "depuis quelque temps, on en parle beaucoup en métropole, parce que les attaques se sont multipliées".
Ce n'est donc pas un hasard si sa famille a choisi cette plage de la côte nord-ouest protégée par la barrière corallienne, pour profiter du soleil aoûtien de l'hiver austral. "Au moins, on est sûrs que les requins ne viendront pas dans le lagon", se rassure le vacancier.


Outre de graves difficultés sociales, c'est l'autre crise que subit, depuis plus de deux ans, l'île, département français de l'océan Indien où le requin continue de susciter des débats passionnés. Le phénomène touche beaucoup de monde : baigneurs du week end, touristes, sportifs de haut niveau, pêcheurs professionnels, acteurs économiques du tourisme, élus de la côte ouest, services de l'Etat, militants associatifs...
 

Il voit s'opposer défenseurs des squales et partisans d'une gestion de leur prolifération par des prélèvements réguliers. Les cinq attaques mortelles de squales qu'a connues La Réunion depuis 2011 (vingt au total depuis 1980) ont alimenté les craintes et une mauvaise réputation à travers le monde. "Une publicité dont on se serait bien passés", soupire, désabusé, le responsable d'une agence de communication spécialisée dans le tourisme.

Lorsque le débat s'ouvre sur l'accroissement récent et incontesté de la population des squales aux abords des côtes réunionnaises, les avis s'opposent sur ses causes : les uns pointent du doigt le rejet dans la mer des eaux usées de zones de plus en plus urbanisées. D'autres mettent en cause la "Réserve naturelle marine de La Réunion" créée en 2007, une bande littorale maritime de 40 km de long, dans laquelle la pêche est désormais, soit interdite, soit strictement réglementée. "Cette réserve est devenue le garde-manger des requins", déplore un surfeur. "Ils se sédentarisent là où ils savent pouvoir se nourrir".


Une autre cause fait l'unanimité: l'arrêt de la pêche professionnelle au requin. D'abord en 1999 quand sa commercialisation, dans l'île, a été interdite puisque l'animal était suspecté d'être contaminé par la ciguatoxine, à l'origine de graves intoxications alimentaires. Puis, en 2004, une seconde interdiction de pêche a visé ceux qui faisaient commerce des ailerons des squales.
 


Des solutions qui créaient la polémique


Le représentant de la Fondation Brigitte Bardot, Didier Derand, conteste en justice les prélèvements décidés par le préfet. "C'est l'ONG Sea Shepherd influente internationalement qui reprend le dossier, parce qu'il faut une sensibilisation mondiale contre le massacre organisé des requins ". Selon Sea Shepherd, la pérennité des populations est en danger et cela menace la stabilité des écosystèmes marins. De son côté, le conseil régional de La Réunion se dit prêt à financer des ballons aériens, équipés de caméras de surveillance et de moyens d'alertes, lorsqu'ils détectent des mouvements dans l'eau. La commune de Saint-Paul opte pour les drumlines, des pièges fixes immergés, équipés d'hameçons.


Actuellement en négociation avec le préfet, sur le montant de l'indemnisation allouée aux pêcheurs agréés pour capturer les 90 spécimens tigres et bouledogues, destinés aux études scientifiques concernant la ciguatera, le président du comité régional des pêches, Jean-René Enilorac est dubitatif. "Même si le risque ciguatera est levé, je ne suis pas sûr que les Réunionnais dégusteront de nouveau du requin. Qui acceptera de manger un poisson, en imaginant qu'il a peut-être dévoré un humain? "

 

L'équipe
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.