Six aventuriers aveugles se préparent à la nuit polaire

Samedi 12 juillet 2014 à 12h00

C'est une expédition sans précédent, une croisière blanche de l'extrême dans la nuit polaire du Groenland: six aveugles, en mars prochain, traverseront la baie englacée de Melville, au nord-ouest de l'île arctique, pour démontrer qu'en dépit de leur handicap, les non voyants doivent être placés sur un pied d'égalité avec les voyants.

C'est une expédition sans précédent, une croisière blanche de l'extrême dans la nuit polaire du Groenland: six aveugles, en mars prochain, traverseront la baie englacée de Melville, au nord-ouest de l'île arctique, pour démontrer qu'en dépit de leur handicap, les non voyants doivent être placés sur un pied d'égalité avec les voyants.

Cette expédition polaire en autonomie complète d'une quinzaine de jours et quelque 400 km, à ski et traîneaux à chiens dans l'une des régions les plus isolées de l'Arctique, est une première pour des non voyants qui seront accompagnés d'autant de voyants, placés dans les mêmes conditions d'obscurité permanente sur cette banquise au bord de la mer de Baffin.

"C'est l'enfer polaire, l'une des régions les plus froides de l'Arctique avec des températures oscillant entre -40 et -30°C", a expliqué à l'AFP Nicolas Dubreuil, aventurier et explorateur des pôles, qui y vit 6 mois de l'année et sera le chef d'expédition de cette aventure arctique baptisée Nanumut (sur les traces de l'ours en langue Inuit).

L'ours est le maître des lieux, dans la baie de Melville déclarée zone protégée où il est hors de question de circuler sur des engins à moteur. Nicolas l'a déjà parcourue, été comme hiver, à ski, traîneau ou kayak à la fonte de glaces. Il y vit dans le petit village de Kullorsuaq, l'un des derniers bourgs "à l'ancienne" de chasseurs d'ours et de baleines.

Un groupe de chasseurs Inuits de ce village esquimau avec traîneau et chiens sera de l'expédition pour en assurer à la fois la protection contre les plantigrades, mais aussi veiller à déjouer les pièges -à certains endroits difficilement repérables- de la banquise qui peut s'avérer peu épaisse et céder sous le poids des chemineaux à ski.

 

L'ambassadeur de la cécité

 

Si Nicolas Dubreuil est le cicérone de ce trek glacé, l'âme de l'expédition, l'infatigable pèlerin sur les routes du monde en faveur de l'insertion de ceux qui ont perdu la vue, est Gérard Muller. Cet ancien pharmacien strasbourgeois, atteint de rétinite pigmentaire, a perdu la vue au fil du temps depuis l'âge de 20 ans.

Gérard, 66 ans aujourd'hui, qui en 2011 a parcouru seul le chemin de Compostelle, équipé d'un prototype GPS vocal pour aveugles et en 2008 participé en tandem à la cyclo-caravane Paris-Pékin (12.000 km), organisée par la Fédération Française de Cyclotourisme, va lui aussi chausser les skis pour affronter l'enfer blanc:

"Cette nouvelle expédition comme les précédentes que j'ai entreprises, recouvre toujours le même but, mon obsession, mon sacerdoce: sortir les aveugles de la prison de leur handicap. Seul 5% des quelque 2 millions de mal voyants français osent sortir de chez eux, avoir des activités, a-t-il expliqué à l'AFP. Là est le drame, la réclusion, l'enfermement dans le handicap".

"Il y a une honte de soi-même, de l'image que l'on renvoie. Les mal voyants perdent l'amour d'eux-mêmes, plongés dans une éternelle obscurité sédentaire. Acceptez votre handicap, ne regardez pas en arrière, apprenez à vous aimer, ayez des rêves, vivez les", lâche Gérard Muller comme une profession de foi.

 

Nuit permanente

 

La nuit permanente de l'hiver polaire va ainsi placer les voyants et aveugles dans les mêmes conditions extrêmes, avec un avantage pour les seconds qui vivent en permanence dans le monde de l'obscurité.

"La démonstration que nous voulons faire est que dans ces conditions particulières, +l'aidé+ peut devenir +l'aidant+ et qu'il en va de même dans la vie de tous les jours, soutient Gérard Muller. L'immense majorité des mal voyants sont au chômage alors que leur handicap n'empêche en aucun cas l'acquisition d'une foultitude de qualifications leur permettant d'avoir un métier".

Pour construire ce pont entre lumière et obscurité, transformer le handicap de la cécité en simple différence, interpeller les entreprises pour qu'elles ne craignent pas d'embaucher les porteurs de cannes blanches, les six courageux aveugles de l'expédition Nanumut vont payer de leur personne, souffrir dans leur chair mais éclairer la nuit polaire de la baie de Melville d'un immense espoir.

L'équipe
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
Guillaume Fourrier
Guillaume Fourrier
Guillaume Fourrier est un vrai passionné de la mer. Il pratique la pêche en mer depuis l'âge de 13 ans et a aujourd'hui à son actif près de 20 records de France, d'Europe et du Monde pour la prise de gros spécimens. Originaire de Boulogne-sur-Mer, il a sillonné les eaux de la façade Atlantique mais également celles de la Méditerranée. Il a également trempé ses lignes sur des contrées exotiques comme la Nouvelle-Calédonie, où il séjourna plusieurs mois à la recherche de gros poissons du lagon. Il pêche aujourd'hui en Normandie, son nouveau port d'attache.