Un Français innove grâce aux algues

Dimanche 27 juillet 2014 à 15h05

Une PME française, installée à Libourne, a pris une longueur d'avance pour l'exploitation des microalgues. Avec des applications dans la chimie verte, les biocarburants, la santé et l'alimentation.

Une PME française, installée à Libourne, a pris une longueur d'avance pour l'exploitation des microalgues. Avec des applications dans la chimie verte, les biocarburants, la santé et l'alimentation.

De l'extérieur, les locaux semblent modestes, nichés au fond d'une impasse dans le centre de Libourne. A l'intérieur, plusieurs laboratoires où s'affairent des techniciens en blouse blanche, derrière des microscopes ou des fermenteurs. L'objet de toute leur attention: des centaines de microalgues, invisibles à l'oeil nu (1 à 10 microns), mais qui suscitent un intérêt économique croissant.

Car ces micro-organismes à l'origine de la vie végétale et animale, présents en mer et dans l'environnement terrestre, produisent, à hauts rendements, non seulement des huiles transformables en carburants, mais aussi une grande variété de molécules riches en substances biochimiques.

Lorsqu'il lance son entreprise en 2009, Pierre Calleja, biologiste de 52 ans, a déjà roulé sa bosse dans l'aquaculture marine, en pleine expansion dans les années 1980. Avec une question lancinante: comment produire ces fameuses microalgues à la base de la chaîne alimentaire des poissons?

Vingt-cinq ans plus tard et la "passion" toujours intacte, l'entrepreneur se réjouit d'avoir commencé à trouver des réponses. Lancée en 2009 avec cinq employés, Fermentalg a mis au point, en moins de cinq ans, plusieurs procédés permettant d'isoler les souches des algues pour les faire croître, et surtout en récupérer les "molécules d'intérêt" telles que des omégas 3, des colorants, des antioxydants, des hydrocarbures...

Le secret de Fermentalg: "la mixotrophie", une technologie de croissance sous lumière intermittente qui permet d'activer tant la partie animale que la partie végétale de ces "êtres hybrides" que sont les microalgues. Une technique qui a pour effet "d'augmenter la productivité" et permet d'extraire le maximum de molécules.


- "Mixotrophie" -


"Nous sommes leader mondial sur cette technologie de la mixotrophie", se réjouit Pierre Calleja, dont la PME, forte de plusieurs brevets, vient d'être introduite en bourse sur le marché des entreprises innovantes. "J'ai ouvert un nouvel horizon et nous voilà assis sur des territoires immenses. Les microalgues sont de nouveaux espaces où chacun plante son drapeau", s'enthousiasme l'entrepreneur.

Car sur ce marché potentiellement gigantesque, la concurrence s'aiguise. Les microalgues sont considérées comme une alternative crédible à de nombreuses ressources aujourd'hui en tension, en particulier les protéines issues de la pêche ou le pétrole, et même l'occupation des sols. Les Etats-Unis, historiquement les plus optimistes au sujet du potentiel de cette nouvelle source d'énergie, multiplient les investissements.

"Les microalgues ont un avenir hallucinant", confirme Jean-Paul Cadoret, directeur d'un laboratoire de recherche sur les microalgues à l'Ifremer, qui conseille Fermentalg, mais aussi d'autres acteurs de la filière en France, estimée à une douzaine d'entreprises. "Chaque acteur cherche des axes pour se différencier", explique le scientifique, soulignant, parallèlement à la démarche "prometteuse" de Fermentalg, les avancées du groupe de chimie verte Roquette (7.800 employés dans le monde), basé dans le nord de la France et qui produit de la farine de microalgues.

Avec 1.500 souches répertoriées, la PME girondine, qui devrait atteindre 100 salariés d'ici quelques mois, prévoit de produire 5.000 tonnes de biomasse de microalgues par an à partir de 2015. Prochain défi: nouer des partenariats industriels pour l'exploitation des molécules (protéines et lipides pour la nutrition humaine et animale, biopolymères et biolubrifiants pour la chimie verte, molécules actives pour la cosmétique et la pharmacie, etc.), avant une commercialisation par l'entreprise elle-même.

Longtemps regardé avec incrédulité par les banquiers, Pierre Calleja, qui a réussi en 2012 à faire rouler un véhicule de série avec un carburant partiellement obtenu à partir de microalgues, a levé 40 millions d'euros lors de l'entrée en bourse de sa société en avril. Cet admirateur du fondateur d'Apple, Steve Jobs, peut aussi compter sur le soutien de l'Etat, actionnaire à 25% de Fermentalg, via l'Ademe et la Banque publique d'investissement (BPI). Et souhaite que les microalgues soient mieux connues du grand public. Pour qu'on arrête de le prendre pour "un fou".
 

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Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Norbert Conchin
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Sophie Savant Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.