Merveilleuses épaves de Méditerranée

Mardi 5 août 2014 à 15h09

Des milliers d'épaves reposent au fond de la mer Méditerranée. On les explore pour l'abondance de leur faune, pour leur histoire, leur gigantisme. Petite plongée sur quelques vestiges emblématiques de notre Méditerranée continentale, à découvrir même par petits fonds.

Des milliers d'épaves reposent au fond de la mer Méditerranée. On les explore pour l'abondance de leur faune, pour leur histoire, leur gigantisme. Petite plongée sur quelques vestiges emblématiques de notre Méditerranée continentale, à découvrir même par petits fonds.

Pour les plus expérimentés (zone des 40-60 m)

 

L'Alice Robert est une épave qui se mérite et demande de la persévérance. Sa position, à quelque 5 milles au large d'Argelès-sur-mer (66), offre peu de fenêtres météo favorables à l'exploration, la visibilité dans l'eau est très aléatoire, la profondeur est importante - l'épave gît par 47 mètres sur un fond de sable. Pourtant, l'Alice Robert reste l'une des épaves les plus visitées de la côte Vermeille. Il faut dire que le spectacle est magnifique quand les conditions de plongée sont réunies et que l'eau est claire. On aperçoit dès 25 mètres de profondeur le mât de l'épave, enveloppé dans un linceul de filets, qui pointe encore fièrement vers la surface après soixante-dix années passées sous les flots impétueux. Pour les amateurs d'histoire de guerre, l'exploration de l'Alice Robert est un pur moment de bonheur. A l'origine transporteur de fruits (on l'appelle aussi le Bananier), le cargo de 89 m de long pour 15 m de large, réquisitionné en 1942 par la Kriegsmarine et affecté au transport des troupes, fut torpillé par l'arrière en juin 1944 par un sous-marin anglais. Le gros canon de 107 mm est toujours installé au centre du gaillard d'avant et les mitrailleuses doubles sont en position, des ustensiles de cuisine et des objets personnels ou du quotidien gisent encore ça et là, les deux énormes ancres sont à poste. Et des nuées d'anthias s'ébrouent en rose.

 

Le Donator et Le Togo sont également deux épaves profondes : 50 mètres pour la première (le pont est à 40 m, le mât remonte à 35 m) et 60 mètres pour la seconde (profondeur mini 45 m). Ces deux énormes cargos (78 m et 76 m de long) ont connu le même sort, ils ont heurté une mine à la fin des guerres mondiales et coulé immédiatement, le Togo dans la baie de Cavalaire (83) en mai 1918, le Donator en novembre 1945 au sud-est de l'île de Porquerolles (83). Aujourd'hui, les deux vestiges sont des havres de paix pour la faune méditerranéenne : congres et murènes tapis dans la pénombre des cales, sars et dorades royales, discrets chapons et rascasses, anthias et castagnoles qui partout virevoltent. Avec un peu de chance, vous rencontrerez un ou deux mérous débonnaires, mais à coup sûr des mostelles et d'énormes rougets sur le sable tout autour de l'épave du Donator, et, sur le Togo, peut-être quelques dentis rôdeurs ou un poisson lune dans le bleu. Mais la beauté de ces deux reines provençales - et l'ambiance particulière de leur plongée - tient incontestablement à la profusion de gorgones ; des spécimens de plus d'un mètre d'envergure parfois, des colonies très denses, couvrant leurs coursives et superstructures de robes magnifiques, à dominante pourpre pour le Togo, bicolore rouge et jaune pour le Donateur. Sublime.

 

 

Dans la zone des 40 mètres en douceur

 

Le P38 Lightning : le chasseur de l'US Air Force, descendu en janvier 1944 par les Allemands dans la baie des Lecques (Var), à environ un mille de la côte, repose par 40 mètres de fond. À l'envers sur le sable, l'avion de 11,50 m de long pour un peu plus de 15 m d'envergure conserve son moteur droit et son hélice ; le moteur gauche, par contre, a été arraché et se trouve à quelques mètres. Ils sont tous deux couverts d'éponges et de beaux spirographes. Le cockpit reste en bon état, avec le siège du pilote et le tableau de bord toujours en place. Les canons sont également conservés, bien que le nez de l'épave s'enfonce légèrement dans le sable. La plongée sur le P38 n'est pas difficile. Il n'est pas rare d'apercevoir un poisson-lune au-dessus de l'épave lors de la descente dans le bleu, qui s'éloignera doucement à votre approche. Mostelles, chapons, congres, et homards sont les habitués des lieux.

 

Le Rubis : ce sous-marin mouilleur de mines est l'un des rares accessibles aux plongeurs à l'air ; il repose à 40 mètres de profondeur, le haut de la structure est à 34 m. Lancé en 1931 par les chantiers de Toulon, le Rubis rejoindra les Forces françaises libres dès 1940. Il sortira du conflit sans encombre mais sera sabordé en 1958 au large du Cap Camarat (83). La plongée sur le Rubis ne présente pas de difficultés particulières. Attention toutefois aux courants de surface ou de fond qui peuvent sévir. L'épave est en bon état général, bien que la poupe soit abîmée. L'arrêt au niveau du kiosque offre une belle vision. Le Rubis est une épave longue de 66 m, large de 7 m, très poissonneuse : congres et murènes de belle taille, et nuées d'anthias et de castagnoles seront les compagnons de votre plongée.

 

Du néophyte au débutant

 

Le Chaouen, le Spahis, et le Cimentier sont trois épaves faciles, accessibles aux débutants. Le Chaouen était un mastodonte, un cargo transporteur d'agrumes de 90 m de long et 13 m de large ; il transportait plus de 600 tonnes dans ses cales lorsqu'il heurta, un soir de 1970, la face ouest de l'île du Planier près de Marseille (13). Longtemps émergé, le navire trop exposé à la mer glisse lentement et se tasse depuis quelques années. Il reste tout de même bien conservé. L'étrave est aujourd'hui à 9 m de profondeur, la poupe à 36 m ; de quoi organiser quelques jolies balades (sauf par mistral et vent d'est), d'autant que l'épave offre de nombreuses trappes et ouvertures pour un accès facile aux cales, aux cabines ou à la salle des machines (un peu encombrée tout de même, attention !).
Le Cimentier est en béton mais a son charme. Surtout, il est situé au pied de la tourelle de la Jaune Garde entre Porquerolles et l'île du petit langoustier (83), dès 3 m de profondeur. Une situation idéale pour s'offrir un baptême de plongée sur épave ! D'autant que la visibilité est presque toujours bonne, et la plongée sans aucun courant. Pour les plongeurs déjà formés, l'épave s'enfonce jusqu'à 15 m de profondeur. Elle abrite un beau mérou. Et au printemps, vers avril-mai, les calmars s'installent sur site ! En plus de toute la petite faune habituelle : girelles, castagnoles, crénilabres, sars... Des représentants de la grande Bleue que vous retrouverez sur le Spahis, un vapeur en fer de plus de 50 m de long lancé en 1864. Il fit naufrage 23 ans plus tard, en heurtant par nuit noire l'île de la Fourmigue, un rocher situé à 3 km de la côte du Lavandou (83). Il ne reste pas grand chose du bateau : la chaudière, à une douzaine de mètres, et la proue, dans la zone des 20-25 m ; c'est la seule partie relativement conservée, avec ses chaumards et son cabestan central. Pour autant, le Spahis est une belle découverte pour qui souhaite s'initier à la plongée sur épave.
 

L'équipe
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Sophie est la dernière recrue de l'équipe de rédaction. Passionnée de loisirs nautiques et de voyages au bout du monde, Sophie est curieuse et dynamique, à l'affut des derniers évènements, bons plans, infos, bonnes adresses, mais ce n'est pas tout ! Douée pour le montage vidéo, elle est derrière la plupart de nos sujets multimédia et elle assure également l'animation des réseaux sociaux de Figaro Nautisme.
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Passionné depuis son enfance par toutes les formes de glisse et par la mer, Thomas a longtemps vécu dans le nord de la Floride aux Etats-Unis. Une expérience qui lui a permis de découvrir l'univers du bateau à moteur et du catamaran à travers plusieurs essais et croisières notamment dans les Caraïbes. Il contribue régulièrement à la rédaction de Figaro Nautisme.