Le marché des yachts a le vent en poupe en Chine

Jeudi 7 août 2014 à 9h46

Le port de Dalian, dans le nord-est de la Chine, a accueilli pour la première fois le mois dernier un salon nautique centré sur le luxe, où étaient également proposés jets privés et placements à Monaco. Les constructeurs rencontrés lors de cet événement sont unanimes : même si les Chinois répugnent à s'exposer au soleil et que la culture du yachting reste embryonnaire en Chine, le marché potentiel est énorme.

 

"Prenez l'industrie automobile, il y a 10 ou 15 ans : personne n'imaginait que la Chine allait devenir le premier marché mondial", s'enflamme Traugott Kaminski, patron en Chine des yachts italiens Sanlorenzo. L'homme fait figure de pionnier. "En 2003 j'ai amené en Chine deux yachts de luxe, de 60 et 70 pieds (18 et 21 mètres). A l'époque, il n'y avait pas de législation, pas de ports, pas de culture nautique". Les choses ont bien changé. L'explosion immobilière a favorisé un vaste développement des marinas, les promoteurs trouvant que cela faisait "chic". Parti de zéro, la demande a décollé, notamment grâce à une clientèle "corporate" combinant loisirs et affaires.

 

La campagne anticorruption menée tambour battant par le président Xi Jinping a perturbé cet essor. "Nos ventes ont un peu plongé" l'an dernier, admet Marco Valle, des yachts Azimut, l'un des principaux acteurs mondiaux. "Mais cette année nous constatons une reprise, la confiance est de retour". Il évoque en souriant son premier yacht vendu en Chine. Son client shanghaïen avait demandé un bateau sans moteur : il comptait le laisser à quai pour épater ses relations d'affaires...

 

Pour vendre des yachts en Chine, il faut s'adapter aux spécificités locales. "En Europe, vous partez en croisière deux à trois semaines. En Chine, vous faites une sortie à la journée, donc pas besoin de beaucoup de cabines. En revanche il faut des espaces privés, un salon, un grand spa, de la place pour s'amuser", détaille M. Kaminski.

En Occident, capitaine et équipage font souvent partie de la famille. Pas en Chine. Poste de pilotage et cuisine doivent donc être isolés. Autres différences, les Chinois apprécient une table ronde pour les repas, un karaoké, un plateau de mah-jong et davantage d'abris contre le soleil. Des particularités soignées dans les propres chantiers navals des Chinois, qui ont racheté ces dernières années deux grands constructeurs européens, le britannique Sunseeker et l'italien Ferretti.

Les professionnels tablent désormais sur le développement du marché vers les petits bateaux de plaisance ou au contraire les "superyachts".

 

"En Chine, on commence par du gros bateau et le marché se développera progressivement vers les petites tailles", souligne Paul Blanc, directeur pour l'Asie-Pacifique de Jeanneau. Cette société française parie sur la "classe moyenne supérieure", à qui elle veut proposer des bateaux de 5 à 25 mètres. Un public qu'il va falloir initier à la voile, la pêche, le ski nautique, les régates.

La Chine compte seulement 3.000 bateaux de plaisance, quand les Etats-Unis en ont environ un pour 15 habitants, une "marge de progression énorme", se félicite M. Blanc. Malgré la taxe de 43% appliquée aux bateaux importés.

Un faux obstacle pour les futurs clients de superyachts, assure Jona Kan, directeur des ventes de Silver Yachts, un fabricant de navires en aluminium dépassant les 70 mètres de long.

L'entreprise n'en a vendu que trois, à un prix confidentiel, au Moyen-Orient et aux Etats-Unis. "Nos yachts vont être achetés par des Chinois modernes qui sont déjà descendus dans les plus grands hôtels du monde", explique M. Kan. Ayant déjà investi dans les paradis fiscaux, ils n'auront pas besoin d'importer leur bateau en Chine, dit-il ouvertement. "Ils peuvent l'acheter offshore. Le bateau est construit en Australie, mais sous pavillon des îles Caïman".

 

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Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Norbert Conchin
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.