Il y a 40 ans, mutinerie sur un paquebot

Vendredi 12 septembre 2014 à 11h21

Il y a 40 ans, en septembre 1974, le paquebot "France", le plus prestigieux de l'époque, accomplit en rentrant au Havre son dernier voyage sous pavillon tricolore, qui se termine par une incroyable "mutinerie" de l'équipage pendant près d'un mois.

Il y a 40 ans, en septembre 1974, le paquebot "France", le plus prestigieux de l'époque, accomplit en rentrant au Havre son dernier voyage sous pavillon tricolore, qui se termine par une incroyable "mutinerie" de l'équipage pendant près d'un mois.

Inauguré en 1962, Le "France" est certes le plus long du monde (316 m), le plus rapide (31 noeuds), le plus élégant... mais l'emblématique paquebot de ligne aux cheminées rouges et noires, fierté nationale, est devenu un gouffre financier.

Concurrence de l'avion, crise du pétrole: sans états d'âme, le gouvernement de Valéry Giscard d'Estaing coupe les vivres.

Du coup, perdant sa subvention, la Compagnie Générale Transatlantique (la Transat), société publique, annonce au cours de l'été 1974 qu'elle arrêtera l'exploitation du navire le 25 octobre.

Mais le feu social couve.

Ce 11 septembre, à l'appel de la CGT, une cinquantaine de militants menés par le secrétaire du comité d'entreprise Marcel Raulin, envahissent la passerelle et ordonnent au commandant d'équipage Christian Pettré de se mettre en travers du chenal pour bloquer le port. Ce qu'il évite de faire.

Ancien du commando Kieffer, Raulin "tient dans sa poche une poivrière ouverte, prêt à aveugler le commandant en cas de résistance armée", raconte dans un ouvrage le patron de la Transat de l'époque, Charles Offrey.

Les 1.266 passagers sont évacués le lendemain sur un ferry, éberlués par la tournure prise par les événements mais ils chantent néanmoins: "Ce n'est qu'un au revoir."

Une autre vie s'organise à bord. Les officiers refusant de participer au mouvement, ce sont les "blouses blanches", le personnel de service, qui prennent le pouvoir.

Un "conseil des ministres" présidé par Marcel Raulin, est mis en place. Un journal de bord "Le (la) France en rade" est publié tous les jours, racontant la vie quotidienne à bord.

Un bras de fer est engagé entre la CGT, soutenue par la municipalité communiste havraise, et le gouvernement qui tente d'organiser un blocus du navire.

La CGT déclenche une grève nationale de deux jours dans la marine marchande.

Le maire, André Duroméa (1917-2011), crée un comité de défense et lance une pétition nationale.

Des parlementaires communistes, dont Robert Ballanger (1912-1981), veulent monter à bord du paquebot pour apporter leur soutien aux grévistes, mais ne peuvent que s'en approcher.

"Nous sommes montés à bord d'une vedette et nous leur avons parlé avec un mégaphone", se souvient Daniel Colliard, 84 ans, premier adjoint à l'époque.

Pendant les premiers jours de l'occupation du paquebot les grévistes bénéficient d'un fort soutien. Même l'évêché fait un geste en envoyant un prêtre pour dire la messe, mais il est refoulé par les forces de l'ordre.

Puis le mouvement va s'essouffler, d'autant plus que le paquebot, après 13 jours dans le chenal, est contraint de quitter le port pour aller s'abriter des vents dominants au nord-est du Cotentin.

Le 9 octobre, c'est la fin.

Avec 540 hommes restant à bord - ils étaient près du double au début - le navire revient au Havre.

Deux mois plus tard, il est amarré dans le canal de la zone industrielle. On évoque "le quai de l'oubli".

Les membres de l'équipage sont presque tous licenciés, certains, traumatisés. "Heureusement on se replaçait facilement à l'époque, il n'y avait presque pas de chômage", raconte un ancien employé, Louis Fort, 80 ans.

En 1975, le chanteur Michel Sardou relance la question de l'avenir du paquebot. Avec sa célèbre chanson, et son refrain: "Ne m'appelez plus jamais France...", il se taille un franc succès, y compris dans les rangs de la CGT.

Mais la France ne sait pas quoi faire de son paquebot.

Il est racheté en 1977 par un homme d'affaires saoudien qui le cède à un armateur norvégien, la Norwegian Cruise Line (NCL), lequel va le transformer, avec succès, en navire de croisière et casino flottant sous le nom de "Norway".

Il quitte Le Havre le 18 août 1979 et y revient épisodiquement, en visiteur étranger.

Le "Norway" a finalement été désarmé après l'explosion d'une chaudière à Miami qui a tué 8 membres d'équipage en mai 2003.

Il a finalement été démantelé en 2009 en Inde malgré la lutte acharnée des amoureux du navire, dont l'association "Pour le paquebot France", qui ont tenté de le sauver.
 

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Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.