Recul sans précédent du littoral aquitain

Samedi 22 novembre 2014 à 7h50

Le littoral aquitain, surtout en Gironde, a été littéralement mangé par la répétition exceptionnelle de tempêtes entre décembre 2013 et mars 2014, au point que la limite entre la terre et la mer a, selon les endroits, reculé de 10 à 40 mètres.

 

Le littoral aquitain, surtout en Gironde, a été littéralement mangé par la répétition exceptionnelle de tempêtes entre décembre 2013 et mars 2014, au point que la limite entre la terre et la mer a, selon les endroits, reculé de 10 à 40 mètres.

 

"Il y a eu une succession de fortes tempêtes sur une courte période (...) Le cumul d'énergie généré par les vagues a été deux fois supérieur à la plupart des hivers des 50 dernières années", explique Cyril Mallet, du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), l'un des auteurs d'un nouveau rapport de l'Observatoire de la côte aquitaine sur ces phénomènes.

"Ces évènements ont provoqué d'importants dégâts et ont fortement traumatisé le littoral", rappelle dans son rapport l'Observatoire (BRGM, Office national des forêts et collectivités), qui a mesuré les conséquences des huit tempêtes ayant frappé les 240 km de côtes en Aquitaine. Principal enseignement  : le "trait de côte", la limite entre la terre et la mer, a enregistré un recul inédit lors des 50 dernières années.

"L'ensemble de la côte a reculé de plus de 10 mètres, parfois 20 à 30 mètres sur certains secteurs et même plus à certains endroits", détaille Cyril Mallet. A Soulac-sur-mer (Gironde), la mer a avancé de 40 mètres et une barre d'immeuble se retrouve désormais au bord d'une falaise.

Autre conséquence de cette érosion accélérée : l'épaisseur de sable des plages a diminué de deux mètres et même de 3 à 4 mètres parfois, ce qui fragilise des ouvrages de protection, qu'ils soient naturels comme les dunes ou artificiels (digues, etc..).

 

L'ampleur historique de cette érosion est-elle réversible ou va-t-elle encore s'accentuer dans les prochaines années, et à quelle vitesse ? Les scientifiques n'ont pas de réponse définitive.

"Seul le suivi de l'évolution du littoral permettra d'évaluer si les impacts observés sont durables ou si le littoral aquitain offre une capacité de reconstruction naturelle qui gommera tout ou partie des effets des tempêtes", écrivent-ils.

Chaque année, une partie du sable rendu à la mer par les tempêtes revient en effet l'été par le biais de courants sous-marins, ce qui permet à des plages de se reconstituer. "Cet été, le sable n'est pas revenu comme il aurait dû", tempère toutefois Cyril Mallet.

Autre interrogation: l'érosion du littoral, à l'oeuvre depuis des siècles, est-elle renforcée par le réchauffement climatique?

A ce stade, "nous ne sommes pas en mesure de dire s'il y a un changement de la fréquence et de l'intensité des tempêtes", rappelle Carlos Olivera, chargé des questions climatiques au BRGM. Par contre, "le niveau de la mer monte, de 15 à 20 cm depuis le début du 20e siècle", et selon le chercheur, cela va accentuer le phénomène d'avancée de la mer dans les terres.

Dans un tel contexte, la question de la stratégie à adopter se pose aux collectivités locales et aux gestionnaires des espaces côtiers.

Le sujet est d'autant plus aigu que les littoraux connaissent une croissance démographique plus forte que l'intérieur des terres. En France, la densité de population sur les côtes est 2,5 fois plus élevée que la moyenne nationale.

L'ONF, qui a en charge la gestion de 500 des 7.500 km de côtes françaises, dont 300 sur la façade atlantique, "a choisi une gestion souple", indique Francis Maugeard. Autrement dit, le temps n'est plus à la construction d'ouvrages en dur. Les techniques de l'ONF mêlent pose de branchages pour retenir le sable, plantation de végétaux et stratégies pour éviter le piétinement des dunes, en limitant l'accès du public.

A certains endroits, "on peut aussi décider de relocaliser des habitations", avance Cyril Mallet. Cinq sites pilotes, dont Lacanau (Gironde), étudient aujourd'hui cette solution.

 

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Eric Mas
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
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Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.