Vivre sur l'île d'Ouessant, un "privilège"

Vendredi 30 janvier 2015 à 11h22

Il faut compter plus de deux heures de traversée, dans une mer souvent agitée, pour rejoindre depuis Brest l'île d'Ouessant, ses moutons, ses phares et ses 800 habitants. Une contrainte qui ne dissuade pas certains de s'y installer.

Il faut compter plus de deux heures de traversée, dans une mer souvent agitée, pour rejoindre depuis Brest l'île d'Ouessant, ses moutons, ses phares et ses 800 habitants. Une contrainte qui ne dissuade pas certains de s'y installer.

"C'est un privilège que d'être ici, c'est un anti-stress qui était inespéré", assure Guylène Leroux, 47 ans, qui a repris en mai avec son mari la maison de la presse face à la seule église de cette île de 8 km de long qui abrite cinq phares. "Je suis bien là, je ne bouge plus", répond-elle lorsqu'on lui demande si l'éloignement lui pèse. "Ici, on a le temps de faire les choses, de s'occuper de soi, de vivre, c'est aussi simple que ça", assure la buraliste, dont le commerce jouxte l'église du XIXe siècle.

 

De là, il n'y a que quelques dizaines de mètres à parcourir pour arriver chez David Mironneau. L'homme de 47 ans a repris en avril le seul salon de coiffure de l'île, terre la plus occidentale de l'Hexagone, s'y installant avec femme et enfant. "Ici, on bénéficie d'une dépollution visuelle, auditive et olfactive", affirme-t-il, se disant ravi de sa nouvelle vie, qu'il a choisie après avoir vu un reportage sur les anciens propriétaires à la recherche depuis quatre ans d'un repreneur. Barbe poivre et sel, jean et pull noir, le coiffeur claque la bise à ses clientes. "On se bise une fois et on se dit 'tu'", explique-t-il, assurant avoir reçu un très bon accueil sur ce bout de terre aux hautes falaises ciselées par l'océan.


Henriette n'est plus repartie

"Il m'a très bien coiffée", se réjouit Henriette, 76 ans. Arrivée avec ses parents à l'âge de 16 ans, elle s'est mariée à un Ouessantin et n'est plus jamais repartie. "On se plaît ici, on a tout ce qu'il faut", ajoute-t-elle. L'île dispose de trois supérettes -les produits peuvent cependant être deux à trois fois plus chers que sur le continent- de deux agences bancaires, d'une boulangerie, d'une pharmacie, d'un commerce de bricolage, d'un médecin, d'infirmières, d'un vétérinaire..., ainsi que d'une école (jusqu'à la 3e). Seul regret pour Henriette: qu'il n'y ait "plus beaucoup de monde", les jeunes partant "parce qu'il n'y a pas de travail".

 

"De manière plutôt globale, la population des îles du Ponant est en diminution", explique Denis Palluel, maire d'Ouessant et président de l'Association des îles du Ponant, 15 territoires de la Manche et de l'Atlantique non reliés au continent. Malgré le départ de nombreux jeunes et le vieillissement de la population, il assure que certaines îles regagnent des habitants, comme Belle-Ile-en-Mer ou l'Ile d'Yeu, toutes deux habitées par quelque 5.000 personnes à l'année. Ce n'est pas le cas des îles plus petites comme Ouessant, Molène ou Sein, moins peuplées, plus éloignées et moins bien desservies. "Je suis plutôt optimiste", assure cependant l'édile, se félicitant des sept naissances enregistrées en 2014 dans la commune, qui a perdu plus de 2.000 habitants en cent ans.


Des enclaves à bobos ?

"Il y a des difficultés, mais il y a quand même une qualité de vie et un côté sécurisant qui sont appréciés", vante-t-il, assurant "mener un combat de tous les jours pour gagner un emploi ou tout simplement ne pas en perdre". Louis Brigand, géographe à l'Université de Bretagne occidentale (UBO), constate un "frémissement" sur les îles, qui attirent de nouveau en raison de leur mode de vie, plus proche de la nature et plus solidaire.

"Des habitants sur les îles, il y en aura toujours", assure-t-il, disant craindre cependant qu'elles ne deviennent des "enclaves à bobos", en raison des difficultés à y trouver un emploi, à se loger -la construction d'une maison y coûte de 30 à 40% plus cher que sur le continent- et à créer une entreprise en raison du manque d'espace.

 

 

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Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Sophie Savant Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Norbert Conchin
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Sophie est la dernière recrue de l'équipe de rédaction. Passionnée de loisirs nautiques et de voyages au bout du monde, Sophie est curieuse et dynamique, à l'affut des derniers évènements, bons plans, infos, bonnes adresses, mais ce n'est pas tout ! Douée pour le montage vidéo, elle est derrière la plupart de nos sujets multimédia et elle assure également l'animation des réseaux sociaux de Figaro Nautisme.
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Passionné depuis son enfance par toutes les formes de glisse et par la mer, Thomas a longtemps vécu dans le nord de la Floride aux Etats-Unis. Une expérience qui lui a permis de découvrir l'univers du bateau à moteur et du catamaran à travers plusieurs essais et croisières notamment dans les Caraïbes. Il contribue régulièrement à la rédaction de Figaro Nautisme.