Le mascaret de la Seine : disparu mais pas oublié

Mardi 17 mars 2015 à 11h34

C'est sur la Seine, entre Le Havre et Rouen, que le mascaret était le plus spectaculaire en France, jusqu'aux travaux d'aménagement du fleuve au début des années 60. A Caudebec-en Caux, là où la vague était le plus visible, son souvenir est soigneusement entretenu.

C'est sur la Seine, entre Le Havre et Rouen, que le mascaret était le plus spectaculaire en France, jusqu'aux travaux d'aménagement du fleuve au début des années 60. A Caudebec-en Caux, là où la vague était le plus visible, son souvenir est soigneusement entretenu.

"Autrefois, quand on faisait la promotion touristique de Caudebec, on évoquait son bac, son mascaret, son église", rappelle Alain Huon, photographe professionnel et conférencier, passionné par l'histoire de cette commune touristique de quelque 2.300 habitants. "Quatre fois par an, aux marées d'équinoxe de mars et septembre, on l'entendait, de loin, venir de Villequier, à quelques kilomètres en aval. C'était un grondement impressionnant. Puis on l'apercevait arrivant à la vitesse d'un cheval au galop et il s'éclatait sur un mur de la rive droite", raconte-t-il. Trop jeune pour avoir vu personnellement le phénomène, il possède néanmoins la plus belle collection d'images, dont les photos et films pris par son père.

 

Fille de batelier, Claire Montel a quelques souvenirs d'enfance. "La vague était très forte, elle pouvait casser les amarres des bateaux". "Le bac où travaillait mon père se mettait en travers de la Seine, au milieu du fleuve, quand le mascaret arrivait", se remémore-t-elle. En effet, la vague venant de l'estuaire courait sur toute la largeur du fleuve mais gagnait de la force en léchant les rives. Surtout, quand elle rencontrait des obstacles comme le muret du centre-ville de Caudebec qui rétrécissait un peu, à ce niveau, le lit de la Seine, et qui a aujourd'hui disparu.

 

Au XIXe siècle et au début du XXe, cet endroit était un lieu d'attroupement aux dates des marées, annoncées dans la presse locale. Le mascaret, ou "la barre", comme on disait dans la région, était une véritable attraction, rassemblant jusqu'à 20.000 personnes, et notamment beaucoup de Parisiens. Pour répondre à cet engouement les chemins de fer mettaient en place des trains spéciaux pour l'événement, depuis la gare Saint-Lazare.


La vague du retour sur grand écran

Des coupures de presse relatent qu'en 1958 une "marée du siècle" avait été annoncée, promesse d'un mascaret géant. Des milliers d'automobilistes s'étaient dirigés vers Caudebec mais beaucoup, bloqués dans des embouteillages monstres, avaient raté le spectacle. En fait, cette année-là, la vague avait été plutôt modeste...

Pour les Caudebecquais, le mascaret était un but de sortie. "On allait voir le mascaret en famille. Quand j'étais gamin je venais avec mes parents et mon frère", confie Christian Capron, 65 ans, adjoint au maire de la ville. En s'écrasant sur le mur, la vague, parfois noirâtre, pouvait monter jusqu'à cinq mètres de hauteur, voire plus, mouillant les badauds qui s'étaient trop approchés de la rive. "Un mascaret sans linge à sécher, c'est un mascaret manqué", disait-on à l'époque.

Quelques accidents mortels se sont produits. La dernière victime fut une Havraise, Jacqueline Lebreton, 23 ans, emportée par la vague, en février 1961. Une plaque au sol dans un petit square, le long du fleuve, rappelle l'événement.

Mais quelques années après, le mascaret a disparu, en raison d'importants travaux de dragage dans l'estuaire et sur le fleuve, visant à rendre la Seine plus navigable pour des péniches toujours plus grosses et des bateaux de tourisme, de plus en plus prisés. Réduit à une vaguelette, surnommée "le flot", appréciée des surfeurs, le mascaret reste néanmoins emblématique de Caudebec.

Des commerces portent son nom, et dans un beau musée consacré au fleuve, appelé Museo Seine qui ouvrira en 2016 , un film en noir et blanc sera présenté au public. "La vague reviendra sur grand écran" résume Samuel Craquelin, vice-président de la communauté de communes Caux-vallée de Seine qui finance le projet.

 

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Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
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Sophie Savant Ros
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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