Martinique : plongée sur les épaves de Saint-Pierre

Lundi 4 avril 2016 à 11h06

C'est le paradoxe des épaves sous-marines : la vie foisonnante qu'elles offrent en spectacle aux plongeurs naît d'événements souvent dramatiques. L'éruption de la montagne Pelée en Martinique, le 8 mai 1902, le fut particulièrement ; elle sera la plus meurtrière du XXe siècle. Aujourd'hui, une nature verdoyante a repris ses droits et les habitants de Saint-Pierre leurs habitudes. Et sous l'eau, les épaves des navires coulés dans la baie ce jour funeste enchantent les plongeurs.

C'est le paradoxe des épaves sous-marines : la vie foisonnante qu'elles offrent en spectacle aux plongeurs naît d'événements souvent dramatiques. L'éruption de la montagne Pelée en Martinique, le 8 mai 1902, le fut particulièrement ; elle sera la plus meurtrière du XXe siècle. Aujourd'hui, une nature verdoyante a repris ses droits et les habitants de Saint-Pierre leurs habitudes. Et sous l'eau, les épaves des navires coulés dans la baie ce jour funeste enchantent les plongeurs.

On la surnommait le « Petit Paris » ou le « Paris des Isles ». Au début du XXe siècle, la ville de Saint-Pierre de la Martinique rayonnait dans toutes les Antilles ; on admirait ses demeures en pierres, son Jardin des Plantes, on profitait de son théâtre et de ses rhumeries, la ville possédait un tramway (hippomobile) et son port était l'un des plus prospères des îles de l'arc antillais. Saint-Pierre était une escale de choix dans la traversée de l'Atlantique. Jusqu'au matin du 8 mai 1902.

Un drame prévisible

La catastrophe était annoncée. Depuis plusieurs semaines déjà, le volcan signalait son réveil (fumerolles permanentes, détonations régulières, pluies et nuages de cendres au-dessus de la ville, mini-séismes et rupture des câbles télégraphiques sous-marins). Le 5 mai, l'usine Guérin est ensevelie par une coulée de bouée volcanique (un lahar) : 23 victimes sont à déplorer. Pourtant les autorités continuent de se montrer rassurantes (davantage préoccupées par les élections législatives, dont le premier tour s'est déroulé le 27 avril ; le second doit avoir lieu le 11 mai). Décision est même prise de ne pas faire évacuer la ville et d'interdire l'appareillage des navires au mouillage. Mais au matin du 8 mai, peu avant 8 heures, alors que les cloches de la cathédrale de Saint-Pierre appellent les fidèles à célébrer l'Ascension, une violente explosion se produit dans le cratère sommital de la Pelée ; un énorme panache noir s'élève à plus de 4 km au-dessus du volcan… La nuée ardente qui déferlera sur la ville à plusieurs centaines de kilomètres / heure rasera tout sur son passage et finira sa course au large, à plus de 1 500 m du rivage, incendiant les navires ancrés dans la rade. En quelques minutes, la plus grande ville de la Martinique n'existe plus et ses quelque 30 000 habitants (et réfugiés des communes alentour) sont morts (3 survivants seulement). Dans la baie, une quinzaine de navires a coulé, emportant avec eux leurs passagers.

Les stars de la baie

Les épaves du Roraïma et du Tayama sont désormais les plus célèbres de la baie, la première pour son histoire et aujourd'hui son gigantisme sous les flots, la seconde pour sa profondeur et l'engagement qu'elle demande à ses visiteurs ; posée par -85 m, elle ne se dévoile qu'aux plongeurs équipés de mélanges gazeux spécifiques, autres que l'air.

Le Roraïma arriva dans la baie de Saint-Pierre le jour de la catastrophe, deux heures seulement avant que la montagne Pelée ne crache sa nuée ardente. Le cargo à vapeur de la Quebec Steamship Company assurait la liaison depuis New York. Son capitaine eut bien des doutes en découvrant le ciel obscurci et les nuages de cendres au-dessus du volcan, mais devant les propos rassurants des autorités portuaires, il fit amarrer le navire comme à son habitude, à son coffre de mouillage situé à 700 m seulement de la côte ; il fallait de toute façon débarquer passagers et cargaison avant de reprendre la mer pour le Brésil. Ils n'eurent pas le temps.
Le navire brûla pendant 3 jours avant de s'enfoncer sous la mer. Il coula par l'arrière et se brisa en heurtant le fond, par - 55 m. Il fut découvert en 1974 par Michel Métery. Le cargo de 120 m de long et 25 m de large est en trois morceaux. Au vu de ses dimensions et de sa profondeur, plusieurs plongées sont nécessaires pour l'explorer entièrement. L'étrave du navire est posée bien droite sur le fond de sable ; la proue est à 36 m de profondeur, le bas de l'étrave à 48 m. Plus loin, la cheminée n'est plus, soufflée par l'explosion ; les superstructures n'y ont pas résisté non plus. En un peu plus d'un siècle, les éponges (encroûtantes, tubulaires, barriques géantes), les gorgones, les coraux cornes d'élan, les fouets de mer ont partout recouvert l'épave. À l’intérieur, la salle des machines, avec les chaudières à vapeur toujours en place, la cuisine et la salle de bains, les cales avant et arrière restent accessibles avec précaution. Nombre de crustacés y trouvent refuge. Les poissons aussi sont abondants, en bancs ou solitaires, stationnés dans les recoins ou naviguant parmi les tôles ; dans le bleu, ce sont les pélagiques (notamment de gros barracudas) qui croisent.

Parmi d'autres trésors

D'autres épaves historiques reposent à moindre profondeur. Entre 30 m et 40 m, le Biscaye, un trois-mâts goélette destiné au commerce de la morue depuis Saint-Pierre et Miquelon, et le Teresa Lo Vigo, un trois-mâts barque assurant les échanges de bois et de briques entre la Martinique et la métropole. Entre 20 m et 30 m de profondeur, c'est une petite vedette à vapeur que l'on découvre, largement délabrée, baptisée Diamant ; elle était dévolue au transport de passagers entre Saint-Pierre et Fort-de-France. On ne compta qu'un rescapé sur la quarantaine de personnes embarquées le jour du drame. Un voilier de commerce - le Yacht italien - repose également à ces profondeurs (20-35 m).
Enfin, l’épave de l’Amélie, un trois-mâts acier de 48 m battant pavillon français, ravira les plongeurs débutants et les snorkeleurs : le voilier, coulé suite à une voie d'eau devant l'anse Turin, se situe entre 4 et 10 m de profondeur ! Certes très dégradée, l'épave s'est transformée en un superbe récif artificiel baigné de lumière, entièrement colonisé d'éponges et autre invertébrés aux couleurs éclatantes, et investi par une myriade de poissons.

Beaucoup d'épaves localisées dans la baie de Saint-Pierre ne sont pas dûment identifiées. D'autres navires, dont on sait qu'ils étaient sur zone le jour de l'éruption, restent au contraire introuvables. Peut-être entendrez-vous parler du Grappler ? C'était l'un des deux câbliers sous-marins chargés de réparer la ligne télégraphique avec la Guadeloupe. Il était le plus proche de la côte, aurait été renversé avant de couler mais son épave n'a jamais été retrouvée. On sait qu'il était rempli de câbles en cuivre, mais aussi, paraît-il, chargé de tout l'or de la ville et des riches planteurs prêts à fuir. Le trésor du Grappler continue d'alimenter l'imaginaire.

Pour en savoir plus, deux livres références :
- Saint-Pierre, L'escale infernale
BD (avec film) de Dominique Serafini, Jacques-Yves Imbert et Patrick Sardi. Ed. S. Quéméré Imbert (2015)
- Tamaya, Les épaves de Saint-Pierre
Michel Météry et Albert Falco (préface). Ed. du Rocher (2011)


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Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Passionné depuis son enfance par toutes les formes de glisse et par la mer, Thomas a longtemps vécu dans le nord de la Floride aux Etats-Unis. Une expérience qui lui a permis de découvrir l'univers du bateau à moteur et du catamaran à travers plusieurs essais et croisières notamment dans les Caraïbes. Il contribue régulièrement à la rédaction de Figaro Nautisme.