Peut-on se fier à l’accastillage inox ?

Vendredi 27 mai 2016 à 12h40

Pour beaucoup l’inox est le matériau idéal sur un bateau. Il ne rouille pas, est résistant et vieillit bien dans le temps. Ces affirmations peuvent être vraies mais sous certaines conditions.

Pour beaucoup l’inox est le matériau idéal sur un bateau. Il ne rouille pas, est résistant et vieillit bien dans le temps. Ces affirmations peuvent être vraies mais sous certaines conditions.

Tous les inox ne se valent pas

Dans un milieu agressif comme la mer, les plus répandus sont le 18-10 (norme US 304 L), 18-12 MO (316 L), 18-10 CU (305 CU) et le 17-4 PH (630). Contrairement aux idées reçues, un inox n’est pas nécessairement amagnétique et insensible à la corrosion (inoxydable). En effet, ces deux qualités sont liées à sa composition et, en particulier, à la teneur en carbone. Pour augmenter la résistance, la solution retenue est l’ajout de carbone. Ce dopage confère à l’acier une résistance de l’ordre de 75% supérieure à un acier inox 18-12 MO. En contrepartie, la présence de carbone rend le matériau plus corrosif et légèrement magnétique. Pour minimiser ces deux effets, les métallurgistes introduisent dans sa composition du cuivre, du cobalt, du nobium et du tantale. Ces pièces ainsi réalisées sont estampillées HR (haute résistance).

La fabrication


Deux techniques sont employées pour la fabrication surtout pour les manilles et mousquetons : le moulage (microfusion) et le forgeage.
Pour le moulage, le métal est chauffé pour le mettre en fusion puis il est coulé dans un moule ayant la forme de la pièce à réaliser. L’ébauche ainsi obtenue sera ensuite usinée pour avoir son aspect final.
Le forgeage, technique plus ancienne, comporte deux phases : le corroyage et l’estampage. Le corroyage consiste à compresser un lingot de métal pour en diminuer la section. Une fois cette première opération accomplie, le métal est chauffé et mis en pression entre deux matrices portant en creux la forme de la pièce à obtenir (opération d’estampage). Les matrices possèdent des gravures qui permettent d’orienter les fibres du métal en fonction des contraintes que la pièce finale devra subir.

Les deux techniques ont leurs avantages et leurs inconvénients. Une pièce moulée est plus économique à réaliser qu’une pièce forgée. A l’utilisation, son pouvoir élastique est pratiquement nul. Au-delà d’une certaine force (rupture), elle casse sans prévenir. La qualité de la pièce fabriquée est liée à la pureté du métal et à son homogénéité en fusion. S’il n’est pas parfaitement homogène des micros criques internes peuvent se former et affaiblir la résistance de la pièce.

Sur une pièce forgée, il y a peu de risque d’irrégularité dans la structure. A l’usage, avant rupture, il y a allongement et déformation. Mais, attention, une pièce forgée qui a été déformée sous un effort important (au-delà de la rupture annoncée par le constructeur), peut retrouver sa forme d’origine, fonctionner correctement mais présenter des lésions internes qui peuvent la rendre plus fragile.

Jouez la sécurité


Il existe sur le marché d’excellents produits moulés et forgés mais, attention, on en trouve de plus en plus de mauvaise qualité spécialement en acier moulé.
Pour preuve, la photo que nous vous donnons est celle d’un émerillon de 18 mm conçu pour un mouillage. Si une telle pièce est fabriquée dans les règles, elle a une charge de rupture de 18.000 kg et une de travail voisine de 7500 kg. Celle que nous présentons, a cassé simplement en dévissant son axe ! Et, comme on peut le voir la structure interne était poreuse.
La qualité a un prix, pour les équipements liés à la sécurité (mousqueton de harnais, mouillage, haubanage, etc.), n’hésitez pas, prenez des produits de qualité. Pour les reconnaître ce n’est pas évident s’ils ne possèdent pas de signes extérieurs ni de référence à un catalogue. Là, vous pouvez tomber sur des produits de mauvaise qualité qui ne devraient pas être proposés par les accastilleurs.
La solution, fiez-vous à la marque gravée sur la pièce (Wichard, Harken, Lewmar, Gibb, Tylaska, etc.), c’est un signe de sérieux qui engage le fabricant. Ce dernier donne en plus dans les catalogues la charge de rupture et de travail.


L'équipe
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.