La baie de Somme est en danger

Vendredi 2 septembre 2016 à 17h26

Une baie qui s'ensable, de moins en moins d'eau, des prés qui se multiplient: la baie de Somme, classée Grand site de France, connaît une évolution qui risque de compromettre sa vocation maritime avec des répercussions sur l'économie, le tourisme et l'écologie.

Une baie qui s'ensable, de moins en moins d'eau, des prés qui se multiplient: la baie de Somme, classée Grand site de France, connaît une évolution qui risque de compromettre sa vocation maritime avec des répercussions sur l'économie, le tourisme et l'écologie.

"Le changement existe depuis très longtemps, ça fait à peu près 1.000 ans qu'il y a un ensablement", explique Patrick Triplet, directeur de la réserve nationale de la baie de Somme. "C'est une dynamique naturelle mais qui a été accélérée par les constructions de l'homme: la poldérisation (conquête des terres sur la mer grâce aux digues, ndlr) a diminué la surface de l'estuaire et la canalisation de la Somme a fait qu'on n'a plus d'effet de chasse sur l'ensemble de l'estuaire" que rendrait possible un gros débit d'eau, explique-t-il.

Quand le visiteur se rend au belvédère de l'église de Saint-Valery-sur-Somme (qu'il faut prononcer Valry) et contemple les 70 km2 de la baie, il aperçoit, même à marée haute, peu d'eau et de nombreuses "mollières", ces prairies salées qui font le délice des moutons. Selon M. Triplet, il y avait 40 hectares de végétation au début du XXe, contre..."plus de 2.000 aujourd'hui", soupire-t-il. Aussi, il est loin le temps où l'on pouvait pratiquer le char à voile à côté du Crotoy. Les bateaux doivent eux zigzaguer entre les bancs de sable pour arriver à bon port au Hourdel, à Saint-Valery ou au Crotoy. Certains pêcheurs à pied se sont eux reconvertis dans la mytiliculture, l'élevage des moules, au nord de l'estuaire.

Cette évolution de la Baie de Somme, qui fait partie du "club des plus belles baies du monde" avec celles d'Ha-Long (Vietnam) ou de San Francisco, pourrait sonner le glas du tourisme et de l'économie liée à la mer (pêche, activités nautiques) et profiter à l'agriculture. "Les gens ne viendront plus dans la baie de Somme pour voir de l'herbe: les couchers de soleil sont magnifiques avec ces superbes reflets, quand ce sera tout vert...", s'inquiète M. Triplet. Autre sujet de préoccupation avec le passage du règne animal au règne végétal, les oiseaux migrateurs. "S'il n'y a plus rien à manger, ils ne vont plus venir et vont changer d'endroit", prévient Julia Bastide, chercheuse dans un laboratoire du CNRS.

Face à cette situation, les pouvoirs publics ne sont pas restés les bras croisés. Le conseil départemental, en charge des ports, a depuis les années 1980 multiplié les actions pour préserver leurs accès. "La principale action a été de maintenir les chenaux d'accès aux ports en mettant en oeuvre différents types de chasse", explique Roland Caron, directeur du développement des infrastructures au conseil départemental.

Des bassins pour stocker l'eau et des chasses hydrauliques ont été conçus, avec le même principe que pour les toilettes, créer ponctuellement un gros débit d'eau pour repousser les sédiments. Mais là aussi, attention au casse-tête: "il faut que la vitesse de l'eau libérée soit supérieure à 0,60 m/s pour décoller les sédiments mais il ne faut pas que ce soit supérieur à 1 m/s pour que les bateaux ne s'en aillent pas", dit M. Caron.

Autre projet sur la table, la "dépoldérisation" d'une trentaine d'hectares de la baie, à la ferme Caroline. Alors que pendant des siècles, les hommes ont tenté de gagner des terres sur l'eau, devenues très fertiles, le phénomène s'inverserait. "En raison des restrictions budgétaires, on essaye de revoir le projet en en conservant le principe, à horizon 2020", dit M. Caron. Plus que la "dépoldérisation", certains fondent leur espoir sur l'extraction du sable de la baie. "Plutôt que de creuser des trous dans l'arrière pays, exploitons les gisements de sable directement dans l'estuaire", plaide M. Triplet, réclamant une étude de faisabilité.

L'écrivaine Colette, subjuguée par les paysages de la baie à marée basse, écrivait au début du XXe, "la mer est partie si loin qu'elle ne reviendra peut-être jamais". Une phrase prémonitoire ?


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Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Sophie Savant Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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Passionné depuis son enfance par toutes les formes de glisse et par la mer, Thomas a longtemps vécu dans le nord de la Floride aux Etats-Unis. Une expérience qui lui a permis de découvrir l'univers du bateau à moteur et du catamaran à travers plusieurs essais et croisières notamment dans les Caraïbes. Il contribue régulièrement à la rédaction de Figaro Nautisme.