Les Libanais fuient leurs plages polluées et ruineuses

Vendredi 23 septembre 2016 à 14h29

Finis les fameux clichés sur les côtes de rêve baignées par une eau cristalline ! Aujourd'hui, les Libanais fuient leurs plages polluées au prix exorbitant pour des rivages étrangers propres et abordables.

Finis les fameux clichés sur les côtes de rêve baignées par une eau cristalline ! Aujourd'hui, les Libanais fuient leurs plages polluées au prix exorbitant pour des rivages étrangers propres et abordables.

Au fil des années, les plagistes ont fait main basse sur la côte libanaise et exigent des droits d'entrée si excessifs que beaucoup jugent moins cher et plus sain de s'allonger sur du sable étranger. "J'ai séjourné pendant cinq jours dans un hôtel de luxe à Chypre", qui se trouve à 20 minutes en avion, explique Hamza al-Sis, commerçant à Saïda (sud). "Au total, j'ai déboursé 1.000 dollars pour l'avion, l'hôtel, les transports, la nourriture, les boissons et les boîtes de nuit", se réjouit cet homme de 23 ans, qui s'y est rendu pour la deuxième année de suite avec des amis. "J'ai même ramené des cadeaux et des souvenirs pour ma famille".

En comparaison, la chambre dans un simple hôtel sur la plage libanaise revient à 150 dollars la nuit, sans compter les dépenses annexes. "C'est fou! Cela commence par le voiturier, puis l'entrée à la plage qui coûte au moins 30 dollars la journée. A cela s'ajoutent 40 dollars pour un repas avec jus de fruit et eau minérale", proteste Hamza al-Sis. Et s'il veut aller en boîte de nuit, il devra débourser 60 dollars supplémentaires.

Lara Aoun, 34 ans, raconte qu'une escapade de cinq jours à Chypre pour échapper à l'eau polluée de la mer du Liban lui est revenue à 500 dollars.

Nager au milieu des bouteilles

"C'est la même mer au Liban et à Chypre, mais là-bas les plages sont propres et gratuites", assure-t-elle. "Ici, soit vous vous baignez au milieu des bouteilles et des cannettes vides, soit vous payez une fortune pour avoir accès à des complexes touristiques".

Les ordures flottant dans l'eau sont chose courante au Liban, un pays qui souffre d'une crise endémique des déchets depuis l'été dernier, d'autant que les habitants n'hésitent pas à jeter dans la rue papiers, bouteilles et autres résidus. En outre, les eaux usées vont souvent directement dans la mer.

A cela s'ajoute la "présence considérable" d'entreprises industrielles le long de la côte qui polluent gravement l'eau avec des produits toxiques, selon rapport publié en 2012 par l'université de Balamand.

Les agences de voyage ont rapidement saisi l'opportunité d'attirer plus de clients en proposant des vols charter avec forfait tout-inclus.

Hassan Dahir, propriétaire de l'agence Five Stars, assure que la côte turque, avec notamment les villes côtières de Marmaris, Bodrum, Antalya et Alanya, est la plus recherchée par les Libanais. Elle est suivie de Chypre et de la station balnéaire égyptienne de Charm el-Cheikh. "Cinq jours à Marmaris dans un hôtel de catégorie moyenne coûtent 425 dollars, repas inclus", indique-t-il. Ce qui explique pourquoi il y a, entre juin et septembre, dix vols charter par semaine transportant chacun 150 à 190 passagers pour différentes plages à l'étranger.

Sauvez nos plages

Car malgré ses 220 km de côtes, le Liban manque de plages et de piscines publiques propres. C'est "l'un des rares pays qui autorisent la construction privée sur le territoire maritime", souligne Mohammad Ayoub, directeur exécutif de l'ONG Nahnoo.

La majorité des centres balnéaires, qui empêchent l'accès libre à la côte, ont été construits sur des terrains accaparés illégalement durant le chaos de la guerre civile entre 1975 et 1990.

Selon un rapport publié en 2012 par le ministère des Transports, environ 5 millions de m2 du littoral sont construits en grande partie illégalement. "Tous les politiciens sont coupables, et la seule solution est d'annuler la loi qui permet des investissements sur la côte", insiste M. Ayoub.

Des centaines de personnes ont organisé début septembre une manifestation intitulée "Sauvez nos plages" pour défendre la plage publique de Kfarabida dans le nord et réclamer qu'elle devienne une réserve naturelle.

Pour les Libanais ne pouvant s'offrir un voyage à l'étranger, il ne reste comme option que les rares plages publiques, comme celles de Tyr et de Naqoura (sud), très courues en dépit du manque d'infrastructures. Ou d'Anfé dans le nord, où les touristes ne paient que s'ils consomment dans les cafés de la plage. "Nous venons ici pour éviter la pollution et les prix excessifs", témoigne Rose Matta, assise dans un restaurant avec sa famille. "Partout ailleurs, on ne s'en sort pas à moins de 80 dollars pour l'entrée et 80 dollars pour la nourriture. Au moins ici on peut manger, boire et profiter de la mer pour seulement 80 dollars".


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Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Sophie Savant Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Norbert Conchin
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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Passionné depuis son enfance par toutes les formes de glisse et par la mer, Thomas a longtemps vécu dans le nord de la Floride aux Etats-Unis. Une expérience qui lui a permis de découvrir l'univers du bateau à moteur et du catamaran à travers plusieurs essais et croisières notamment dans les Caraïbes. Il contribue régulièrement à la rédaction de Figaro Nautisme.