Vendée Globe : l'esprit d'aventure souffle-t-il toujours ?

Vendredi 21 octobre 2016 à 14h37

Esprit d'aventure, es-tu là ? Alors que les exigences de communication ne cessent de s'accentuer pour les skippers et que les règles de sécurité se renforcent, la part de rêve et de mystère que véhiculait la course à ses débuts s'atténue, selon certains observateurs.

Esprit d'aventure, es-tu là ? Alors que les exigences de communication ne cessent de s'accentuer pour les skippers et que les règles de sécurité se renforcent, la part de rêve et de mystère que véhiculait la course à ses débuts s'atténue, selon certains observateurs.

"Idée folle" émaillée par des drames lors des premières éditions, le tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance est devenu en 27 ans une course bien plus encadrée, qui poursuit une "stratégie d'exposition maximale des images", selon ses organisateurs.

"Lors de la première édition, en 1989, on n'était pas sûr que les skippers allaient revenir, on était dans l'aventure pure", témoigne la navigatrice Isabelle Autissier. Aujourd'hui, les organisateurs connaissent la position des skippers toutes les 20 minutes et les suivent "comme si c'étaient leurs enfants", assure l'agence de communication de la course. "On est loin des transats d'Éric Tabarly, dont on avait perdu la trace et qui arrivait dans la brume", confie à l'AFP Jacques Caraës, directeur de course du Vendée Globe. Lors de la dernière édition, François Gabart et Armel Le Cléac'h se sont ainsi longtemps talonnés pour arriver avec seulement trois heures d'écart l'un de l'autre.

Si la direction de course "divulgue beaucoup plus d'informations qu'avant", notamment sur la météo, l'esprit de la course n'a pourtant "pas changé", affirme Jacques Caraës. "Tout le monde ne vient pas pour faire un podium. Ce qui fait le charme de cette course, c'est qu'il y a un mélange de très hauts régatiers et d'aventuriers qui veulent avant tout boucler leur tour du monde", souligne-t-il.

Ce n'est pas tout à fait l'avis d'Isabelle Autissier, pour qui les courses vont au contraire vers une plus grande professionnalisation. "Aujourd'hui, le but n'est pas de faire un tour du monde qu'on a déjà fait plein de fois, mais de le gagner, même si cela reste compliqué et incertain", commente-t-elle. La preuve en est, selon la navigatrice, qu'"aujourd'hui, quand un bateau a un problème, il s'arrête". "Nous, même si un bateau avait un problème, on finissait notre tour du monde".

Autre évolution de taille, l'inflation des obligations de communication des skippers. Vacations, vidéos, visioconférences et réseaux sociaux envahissent leur quotidien en mer. "L'équilibre qui avait été trouvé entre communication, sport et aventure personnelle est battu en brèche au bénéfice d'une communication live à outrance", critique un observateur qui souhaite garder l'anonymat.

D'une vacation hebdomadaire, les régatiers sont passés à une tous les deux jours, voire une par jour. "Il y a une telle pression des sponsors qu'ils doivent envoyer des images en permanence. J'ai peur qu'on croule sous une avalanche d'informations et qu'on arrive à une banalisation, un désintérêt", confie Didier Ravon, journaliste à Voiles et Voiliers.

Après deux décès de skippers lors des premières éditions (le Britannique Nigel Burgess en 1992 et le Canadien Gery Roof en 1997), tout est mis en oeuvre aujourd'hui pour minimiser les risques. Cette année, une zone d'exclusion remplacera les "portes de glace" pour empêcher les skippers de s'aventurer trop près des glaces à la dérive. "Cette zone, c'est un mur, tout le monde va longer le mur. Ce monde va vers une uniformité consternante sans comprendre que les vrais moteurs qui font les rêves sont patiemment détruits au profit d'une course en direct sur des machines", juge l'observateur, resté anonyme.

"Il faut vivre avec son temps", relativise de son côté le navigateur Alain Gautier, vainqueur de cette course en 1993. "On est dans un monde plus sécuritaire et s'il y a un mort, on sait que le Vendée Globe pourra être remis en cause". Reste que pour bon nombre de skippers interrogés, "énormément de choses" peuvent encore arriver.

"Même si le jeu est plus fermé, on peut encore se retrouver en pleine tempête et ne pas pouvoir en réchapper. Ça reste une aventure", confie pour sa part la navigatrice Isabelle Joschke.


L'équipe
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
Eric Mas
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Sophie est la dernière recrue de l'équipe de rédaction. Passionnée de loisirs nautiques et de voyages au bout du monde, Sophie est curieuse et dynamique, à l'affut des derniers évènements, bons plans, infos, bonnes adresses, mais ce n'est pas tout ! Douée pour le montage vidéo, elle est derrière la plupart de nos sujets multimédia et elle assure également l'animation des réseaux sociaux de Figaro Nautisme.
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Passionné depuis son enfance par toutes les formes de glisse et par la mer, Thomas a longtemps vécu dans le nord de la Floride aux Etats-Unis. Une expérience qui lui a permis de découvrir l'univers du bateau à moteur et du catamaran à travers plusieurs essais et croisières notamment dans les Caraïbes. Il contribue régulièrement à la rédaction de Figaro Nautisme.