A mille lieues sous les mers, le silence est d'or pour 4 sous-marins nucléaires français

Samedi 19 novembre 2016 à 11h34

Ils restent tapis 70 jours dans les profondeurs de l'océan, invisibles. Leur mission: délivrer l'arme nucléaire si le président français en donne l'ordre. Leur règle d'or: le silence.

Ils restent tapis 70 jours dans les profondeurs de l'océan, invisibles. Leur mission: délivrer l'arme nucléaire si le président français en donne l'ordre. Leur règle d'or: le silence.

Quatre sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) assurent la dissuasion nucléaire française - outre les bombardiers stratégiques -, se relayant selon une feuille de route secrète. Pour les 110 membres d'équipage du sous-marin Vigilant, un long huis clos commence dès que l'imposante silhouette quitte son port d'attache de l'Ile Longue à l'ouest de la France.

D'ultimes tests en surface, puis vient l'affirmation: "Bâtiment paré à plonger !", annonce un officier au commandement rassemblé dans le Central opérations, entre périscope et écrans sonar. La concentration est maximale. "Alerte 23 mètres... début de plongée!". Le barreur appuie sur son manche, l'écume de la mer claque une dernière fois sur la coque. Le submersible plonge avec ses 16 missiles stratégiques, soit 1.000 fois la bombe utilisée à Hiroshima. "Bâtiment étanche à 38 mètres". Le sous-marin a passé l'épreuve de l'eau. La patrouille commence, par plus de 300 mètres. A quelle profondeur exactement ? Secret Défense. Tout comme l'identité des membres d'équipage. "On se dilue dans l'océan. Personne ne doit savoir où on est", résume le commandant Cyril de Jaurias, 45 ans et plus de 20.000 heures de plongée derrière lui.

Celui qu'on appelle le pacha - une tradition française pour les commandants de navires - est le seul détenteur, avec son second, du code présidentiel de mise à feu. "Mon autorité, je la reçois du président de la République et de lui seul. Il peut donner un ordre à moi et à moi seulement", relève-t-il. Pour se préparer à cette mission improbable - la dissuasion vise à bannir le feu nucléaire sous la menace d'une riposte tout aussi destructrice - l'équipage simule régulièrement des tirs. Sur les écrans, chaque ouverture de tube, chaque départ de missile apparaît alors, crûment. A cet instant précis, l'apocalypse semble à portée de main. "Il faut que chacun se pose la question 'et si un jour on devait tirer ?'. Si je ne suis pas capable d'aller au bout, j'arrêterai. Quelqu'un qui répondrait 'non' n'a rien à faire ici", concède dans le poste missiles le marin William (par sécurité, les marins ne donnent que leur prénom).

Au quotidien, les hommes du Vigilant - les premières femmes ne seront admises qu'en 2017 en France à bord des sous-marins - doivent aussi apprendre à vivre en autarcie complète, sans nouvelles des leurs, ou presque. Ils ont droit à un message familial par semaine, 40 mots tout au plus, d'où toute mauvaise nouvelle est bannie. "C'est lu et relu avant de nous arriver", confirme Thomas, 35 ans, boulangier-pâtissier à bord. Les marins ne peuvent rien communiquer en retour. Silence radio complet. "Je dis à ma femme 'quand tu n'entends plus parler de moi, tu comptes 70 jours, la fin de la mission devrait être par là'", explique le commandant en second, Philippe.

Catastrophes, drames familiaux, rien ne filtre afin de ne pas déstabiliser l'équipage. En janvier 2015, le pacha n'annonça que trois semaines plus tard à ses hommes la triple attaque jihadiste ayant touché Paris.

Pour gommer toute trace acoustique, véritable signature du sous-marin dans l'eau, chaque bruit est traqué, neutralisé, amorti.

Les 700 tonnes de turbines, pompes et autres équipements dont le puissant ronronnement pourrait être repéré de loin, sont montés sur des suspensions qui permettent d'absorber les vibrations.

Le rituel des poubelles est aussi réglé. Tout ce qui est biodégradable est rejeté à la mer, via un sas spécial. "Il faut tourner tout doucement la manivelle. Souvent je leur dis de tourner moins vite", raconte Philippe.

Dans l'obscurité abyssale, le sous-marin vit à l'heure de Greenwich (GMT) avec petit-déjeuners, déjeuners et dîners calés sur les habitudes françaises. "Malgré le manque de lumière, l'horloge biologique continue de tourner. Ce qui l'entraîne, ce sont des marqueurs sociaux forts comme manger trois fois par jour", souligne le médecin du bord, Gautier. La bonne chère est de mise. Vins de Bordeaux, viandes rouges, fruits exotiques ou petits fours, rien n'est laissé au hasard, surtout le dimanche.


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Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Sophie Savant Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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