Faire de la météo les yeux bandés

Mardi 6 décembre 2016 à 6h07

L’homme, plus ou moins inquiet, a toujours observé le ciel en se demandant ce qui allait lui tomber dessus. Des Chinois ont même ressenti très tôt le besoin d’enregistrer les observations puisque des descriptions du ciel et du vent sont datées de 1300 avant JC sous la dynastie Shang. Des registres divers et variés ont permis de faire évoluer au fil des siècles la connaissance des climats et du comportement de l’atmosphère mais il a fallu attendre le 18ème siècle pour utiliser l’observation à des fins de prévisions, comme en médecine où le diagnostic est indispensable au pronostique. C’est comme bien souvent un fait de guerre qui fût le déclencheur. La guerre de Crimée, qui se voulait moderne avec l’utilisation du chemin de fer, de bateaux à vapeur, du télégraphe et de la photographie, n’aurait peut-être pas durée 2 ans et demi si les alliés franco-anglo-turques n’avaient perdu la plus grande partie de leur flotte en étant surpris par une terrible tempête le 14 novembre 1854.

Après avoir recueilli plus de 250 observations sur l'état de l'atmosphère autour de cette date en différents points d’Europe, le directeur de l’observatoire de Paris, Urbain Le Verrier mit en évidence la trajectoire de la tempête et démontra qu'il existait un espoir de prévoir de tels phénomènes. Il n’eut alors pas trop de mal à convaincre Napoléon III de la nécessité de créer un réseau de stations pour communiquer le plus rapidement possible leurs observations. En une dizaine d’année ce réseau s’étendit à l’Europe et permit de tracer les premières cartes d’analyse. A la fin du siècle ce sont des mesures systématiques en altitude qui sont effectuées à l'aide de cerfs-volants et de ballons sondes.

Au fil des années l’observation est devenue une technique éprouvée pour décrire avec précision et rigueur la hauteur, la forme, l’épaisseur, l’opacité des nuages qui finissent par être classés dans un atlas de référence. Les précipitations sont cataloguées aussi et il ne faut pas confondre une pluie intermittente avec des averses. La brume n’est pas du brouillard, un grain n’est pas une rafale. La température, pour être homologuée, doit être mesurée à 2 m de hauteur dans un abri peint en blanc et bien aéré et le vent doit être mesuré à 10m de hauteur au-dessus d’un sol bien dégagé. Le tout doit être observé à heure fixe puis codé et transmis en un temps record.

En 2017, le météorologue n’observera plus.

Observer c’est, c’était, un métier. Un métier plaisant qui consiste à rentrer dans les subtilités de l’atmosphère en un moment et en un lieu précis, à comprendre pour mieux décrire l’état du ciel et la forme des précipitations. Un métier en train de disparaître sous prétexte que la télémesure et la télédétection font des merveilles. Pourtant aucun instrument ne pourra identifier précisément les espèces entremêlées des nuages qui se superposent au-dessus de la station d’observation. Le catalogue des nuages va tomber en désuétude.

En France seuls les 5 plus grands aéroports vont garder le « tour d’horizon » horaire. Pour les 34 autres la scrutation de la visibilité sur 360°, des différentes couches nuageuses, de tous les phénomènes météorologiques visibles, de l’état du sol, c’est fini. Cette décision, dixit le ministère, est due à « l’augmentation des charges de travail des météorologues ».

On aimerait bien savoir ce qu’ils vont faire maintenant les observateurs de la fonction publique. Peut-être s’inscrire sur les sites concurrents pour faire part de leurs observations.

L'équipe
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.