Arkema flirte avec Ophélia

Par Eric Mas
Lundi 16 octobre 2017 à 13h36

Ils ne manquent pas d’expériences nos skippers, pros de la course au large, mais c’est une obligation, avant chaque course transatlantique, ils doivent passer par l’étape « qualification ». La Transat Jacques Vabre, dont le départ sera donné le dimanche 5 novembre au Havre, n’échappe à la règle. Lalou Roucayrol, skipper du trimaran ARKEMA, avait effectué cette qualification cet été mais, coup dur, sa brillante co-skipper Karine Fauconnier a dû déclarer forfait pour blessure. Qualif à refaire donc avec le nouveau binôme de Lalou, Alex Pella, un des navigateurs les plus expérimentés sur multicoques.

©Arkema
Ils ne manquent pas d’expériences nos skippers, pros de la course au large, mais c’est une obligation, avant chaque course transatlantique, ils doivent passer par l’étape « qualification ». La Transat Jacques Vabre, dont le départ sera donné le dimanche 5 novembre au Havre, n’échappe à la règle. Lalou Roucayrol, skipper du trimaran ARKEMA, avait effectué cette qualification cet été mais, coup dur, sa brillante co-skipper Karine Fauconnier a dû déclarer forfait pour blessure. Qualif à refaire donc avec le nouveau binôme de Lalou, Alex Pella, un des navigateurs les plus expérimentés sur multicoques.

Les contraintes des calendriers des deux navigateurs ont laissé un créneau de disponibilité qui tombait ces 14, 15, 16 octobre. Nous, les co-skippers à bord et le météorologue en son bureau, avons donc profité des conditions météo variées sur le Golfe de Gascogne pour tester, encore et encore, les performances du bateau dans des jeux de vagues compliqués. L’occasion était belle puisque le cyclone Ophélia passant au large du golfe de Gascogne allait envoyer une énorme houle d’W qui irait se superposer aux vagues du vent de sud.

Même si les logiciels de routage, explorant une multitude de route rejoignant un point de départ à un point d’arrivée afin de sélectionner la plus rapide, sont très efficaces en trouvant les vents les plus favorables, il faut bien admettre que l’état de la mer peut dégrader considérablement les performances normales d’un bateau aussi léger qu’un multi50. Le beau plan de route établi sur une chronologie des vents peut alors s’avérer totalement faux. On doit donc bien prévoir l’état de la mer et ses effets dévastateurs sur les polaires. La polaire d’un voilier est son potentiel de vitesse en fonction de la vitesse du vent et de l’angle que fait celui-ci avec le cap donné au bateau. Et pour que ce soit plus amusant, comme le bateau se déplace, il crée un vent relatif qui se cumule avec le vent réel. C’est ce qu’on appelle le vent apparent, qui peut être plus fort si l’on va face au vent, moins fort si l’on va dos au vent. Dans de bonnes conditions, un bateau de course peut aller plus vite que le vent réel… en créant son propre vent.

Bien joli. Mais la vague est là pour donner son grain de sel. Elle peut, plutôt rarement, être favorable comme une longue houle de l’arrière qui multiplie, vague après vague, des petites poussées supplémentaires. Elle peut, trop souvent, venant d’en face et  renouvelant sans cesse des coups de boutoir sur la coque et les flotteurs, contrarier la glisse du bateau. Les architectes ont beau inventer des formes « perce-vagues », impossible d’effacer totalement l’impact néfaste du paquet de mer offensif. Et que dire des vagues croisées, impossibles à négocier, qui chahutent le bateau en un tangage et un roulis incontrôlables.

Alors le parcours « qualification » devient « voyage d’étude ». Un de plus, pour expérimenter l’apport des foils récemment adoptés. L’aller-retour vers l’W depuis l’embouchure de la Gironde permettait de rencontrer des conditions très variées mais ce n’était pas le moment d’aller se mettre en danger à proximité de cette tempête tropicale qui infligeait des vents de plus de 60 nœuds à cette pauvre mer vite démontée. Ophélia est passée rapidement mais elle a eu le temps de créer des vagues de 7 m qui, perdant un peu de leur superbe, arrivent ce lundi soir avec une hauteur de 5 m au fond du golfe de Gascogne. Ophélia n’a pas fait que nous envoyer des vagues. La vaste remontée d’air chaud qu’elle a offert aux Français pour ce week-end se traduisait par un temps instable et orageux sur le golfe de Gascogne. Là aussi de quoi faire chuter les vitesses escomptées.

Prudence étant mère de sureté, nous avons choisi de rentrer rapidement, comme en surfant devant le front de vagues de 5 m qui suit Arkema vers la Gironde. Tant pis si la collecte n’est pas suffisante. Toute sortie est déjà riche d’instruction.

 

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Eric Mas
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Guillaume Fourrier est un vrai passionné de la mer. Il pratique la pêche en mer depuis l'âge de 13 ans et a aujourd'hui à son actif près de 20 records de France, d'Europe et du Monde pour la prise de gros spécimens. Originaire de Boulogne-sur-Mer, il a sillonné les eaux de la façade Atlantique mais également celles de la Méditerranée. Il a également trempé ses lignes sur des contrées exotiques comme la Nouvelle-Calédonie, où il séjourna plusieurs mois à la recherche de gros poissons du lagon. Il pêche aujourd'hui en Normandie, son nouveau port d'attache.