Pourquoi faire expertiser un bateau

Vendredi 25 mai 2018 à 12h32

Lorsque l’on décide d’acheter un bateau d’occasion, la bonne foi du vendeur qu’il soit professionnel ou particulier ne permet pas de juger de son état. Si on est intéressé par un bateau, pourquoi ne pas faire appel à un expert maritime avant de concrétiser l’achat. Mais il faut savoir que cette profession n’est pas réglementée en France. Nous avons retenu le Cabinet d’Expertise Maritime Alexis Boisseau à Saint-Malo pour répondre à cette question.

Le bateau doit être à sec pour une expertise complète et minutieuse. ©Albert Brel
Lorsque l’on décide d’acheter un bateau d’occasion, la bonne foi du vendeur qu’il soit professionnel ou particulier ne permet pas de juger de son état. Si on est intéressé par un bateau, pourquoi ne pas faire appel à un expert maritime avant de concrétiser l’achat. Mais il faut savoir que cette profession n’est pas réglementée en France. Nous avons retenu le Cabinet d’Expertise Maritime Alexis Boisseau à Saint-Malo pour répondre à cette question.

Comment choisir un expert compétent ? Le bouche à oreille fonctionne bien. Vous pouvez prendre des avis de professionnels du nautisme voire des asurances. En ce qui nous concerne, nous avons retenu le Cabinet d’Expertise Maritime Alexis Boisseau à Saint-Malo. Ce dernier, professionnel dans le nautisme depuis plus de vingt-cinq ans, nous a été conseillé par un courtier normand qui fait régulièrement appel à ce cabinet. Et pour juger objectivement de ses compétences, nous avons suivi quatre expertises et récupéré les rapports.

Pourquoi faire appel à un expert ?

Dans la majorité des cas, lorsque l’on a àfaire à un vendeur particulier, il est amoureux de son bateau et pour lui c’est une occasion unique qui n’a aucun défaut. Côté professionnel, nous avons fait l’expérience sur plusieurs chantiers. Certains proposent des bateaux bien préparés avec un inventaire complet D’autres nous ont fait visiter des bateaux sales, sans inventaire et peu d’information. Vous pensez bien connaître le bateau parce que vous pratiquez depuis de nombreuses années, alors pourquoi prendre en plus un expert ? S’il est compétent, il fera un examen complet du bateau (à flot et à terre) en s’attardant en particulier sur des points sensibles (état structurel, motorisation, gréement, détails particuliers déjà relevés sur certaines séries de bateaux, etc.) et pour terminer, un essai en mer. Ensuite, il doit vous remettre un rapport complet d’une vingtaine de pages avec photos et la « valeur à dire d’expert ». Ce document est un élément important qui peut vous conforter dans votre choix et qui pourra servir à redéfinir le prix avec le vendeur si certains points sont à revoir. Dans certains cas, il vous évitera de faire une erreur en rejetant l’achat. De plus, c’est un document souvent demandé par les assurances.

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Contrôle de l'épaisseur de la coque.© Albert Brel

Les différentes expertises

Lors d’un achat, l’expertise est dite pré-transactionnelle (préachat). Elle est souvent demandée par l’acheteur. C’est une expertise complète. L’expert peut également être mandaté pour une expertise pré-assurance, en principe, elle est moins complète que celle du préachat. « En ce qui me concerne, précise Alexis Boisseau, ce sont sensiblement les mêmes. Pour la pré-assurance, elle mentionne en plus la valeur vénale du bateau qui servira en cas de perte totale et de base pour le montant de la prime ». Reste l’expertise en cas de sinistre, dans ce cas, c’est l’assureur qui choisit l’expert qui peut lui-même faire appel à un sapiteur pour des points particuliers (motorisation, électronique, etc.). Un assuré peut également demander une contre-expertise avec un expert de son choix.

Suivre une expertise

L’expert auquel nous avons fait appel travaille d’une façon méthodique en quatre phases :

- Etude des documents. Il étudie tous les documents fournit avec le bateau, en particulier, les factures et les interventions qui ont été effectuées.

- Examen à flot. Il vérifie le bon fonctionnement et l’état des installations (électrique, plomberie, vannes, pompes, batteries, chargeur, toilettes, etc.). L’état et la propreté des fonds, la présence d’éventuelles fuites (eau douce ou eau de mer), l’état général de la sellerie, du plancher, des vaigrages. Pour l’électronique, il vérifie le fonctionnement mais reste prudent sachant que c’est un équipement vite obsolète (au bout de 7 ans il n’a plus aucune valeur). Le moteur in-bord est un élément important en particulier sur les bateaux moteur. Pour ce dernier, il porte une attention particulière à tous les éléments et étant lui-même formateur en électro-mécanique en pôle marine, il donne beaucoup d’importance à l’analyse d’huile qui est pour lui le moyen le plus sûr pour connaitre l’état du moteur, et au carnet d’entretien. Une fois tous les éléments intérieurs du bateau vérifiés et contrôlés, il passe sur le pont. Là, suivant qu’il s’agisse d’un voilier ou d’un bateau moteur, il s’assure de l’état du gréement dormant (certaines assurances demandent à ce qu’il soit changé tous les dix ans), du gréement courant, des différents rails et chariots, des poulies, des winchs et autres accastillages, du mouillage, du guindeau, du fonctionnement du propulseur (si présent) etc. Pour les voiliers, il vérifie aussi le nombre de voiles ainsi que leur état lors des essais en mer. Pour les voiles en sac, le contrôle est plus compliqué, l’idéal est de pouvoir utiliser le plancher d’une voilerie. Les équipements de sécurité, de confort ainsi que l’annexe et son moteur (si présents) sont également examinés.

- En navigation. Le point le plus important est le moteur. Il doit démarrer correctement et monter en tours suivant les données du constructeur. Il examine l’échappement (fumée et eau), le tableau de contrôle (pression d’huile, température d’eau, tension de batterie), les vibrations, le bruit et de retour au port, il vérifie qu’il n’y ait aucune fuite (eau, huile).

- A terre. Pour que l’expertise soit complète, le bateau doit être tiré à terre. Là, il a tout loisir d’examiner la coque, de déceler d’éventuelles traces d’osmose, les chocs, les réparations, l’état du gelcoat, la liaison coque/pont, la liaison coque/quille, la quille ou la dérive, le safran, la ligne d’arbre ou l’embase, la présence d’anodes et l’hélice. Cet élément est important car elle peut être déformée ou attaquée par la corrosion (fuite électrique).

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Seul un expert peut, par expérience, déceler des détails sur une carène.© Albert Brel

Les conseils de l’expert

« Une expertise n’a de valeur que si elle est complète (à terre, à flot, en navigation). Chaque bateau est un cas particulier, mais avec l’expérience acquise les points faibles à vérifier sur les bateaux et leur motorisation sont souvent connus. Ce qui est important et qui malheureusement n’est pas toujours le cas, est que le vendeur possède un maximum d’informations sur le bateau et son entretien avec factures à l’appui. L’osmose, beaucoup de plaisanciers font une fixation sur ce point. Cependant, il faut savoir, que beaucoup de bateaux (polyester) sont osmosés, c’est un vieillissement naturel. Lors des expertises, je vois très régulièrement des petites cloques dont le contenu est synonyme de présence d’osmose (présence d’acide acétique), je le mentionne alors dans mon rapport et l’acheteur peut le faire valoir lors de la négociation. Je me méfie des bateaux ayant subi un traitement préventif, trop souvent appliqué sur des carènes déjà osmosées ou humides. Il m’arrive régulièrement de faire des examens de coque pour déceler la présence d’hydrolyse (humidité) et d’osmose. Pour être efficace, il faut que le bateau soit au sec depuis un certain temps. Par contre, en cas d’osmose importante c’est différent. Lorsque l’application d’un traitement curatif s’impose, il faut suivre régulièrement l’évolution de l’humidité (ceci gelcoat enlevé) pour que les mesures soient significatives. Pour le séchage complet de la coque, comptez au minimum 6 mois. Sur les bateaux en alliage, je mesure l’épaisseur de la coque, l’état des soudures ainsi que les éventuelles fuites électriques. L’analyse d’huile, si elle est effectuée dans de bonne conditions (huile usagée minimum 20 heures d’utilisation), est un point précis qui vous donne un diagnostic rigoureux de l’état du moteur et ce, pour un prix de l’ordre de 50 euros. On peut également effectuer l’analyse de l’huile de l’inverseur. Puisque nous parlons prix, je facture une expertise pour un bateau entre 6 et 12 mètres entre 350 et 500 euros suivant le déplacement. Comptez une demi-journée pour une expertise complète ».

Notre avis

Les quatre bateaux expertisés que nous avons suivis nous ont permis de mieux appréhender le travail de l’expert et d’en comprendre la nécessité. Les rapports qu’il nous a remis sont complets (au minimum 20 pages) avec photos couleur. Chaque point du bateau est mentionné avec description de l’état  (Bon, Passable, Mauvais) et annotés d’observations. En conclusion sont donnés l’état général du bateau et la valeur à dire d’expert. Ce document vous servira pour négocier l’achat et pour votre assurance.   

 

L'équipe
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Sophie est la dernière recrue de l'équipe de rédaction. Passionnée de loisirs nautiques et de voyages au bout du monde, Sophie est curieuse et dynamique, à l'affut des derniers évènements, bons plans, infos, bonnes adresses, mais ce n'est pas tout ! Douée pour le montage vidéo, elle est derrière la plupart de nos sujets multimédia et elle assure également l'animation des réseaux sociaux de Figaro Nautisme.
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Passionné depuis son enfance par toutes les formes de glisse et par la mer, Thomas a longtemps vécu dans le nord de la Floride aux Etats-Unis. Une expérience qui lui a permis de découvrir l'univers du bateau à moteur et du catamaran à travers plusieurs essais et croisières notamment dans les Caraïbes. Il contribue régulièrement à la rédaction de Figaro Nautisme.