Bien choisir sa climatisation à bord

Par Albert Brel
Mardi 25 juin 2019 à 6h31

Pour beaucoup, la climatisation est réservée aux grosses unités ayant un groupe électrogène puissant à bord. Il n’en est rien. Cet équipement a bénéficié des avancées techniques développées dans le domaine de l’automobile. La climatisation permet de maintenir une température constante à bord aussi bien l’été que l’hiver.

Dans les ports, en période estivale selon notre zone de navigation, il y fait souvent chaud et il est difficile de ventiler le bateau. Alors quel système de climatisation choisir ? ©Nicolas Claris
Pour beaucoup, la climatisation est réservée aux grosses unités ayant un groupe électrogène puissant à bord. Il n’en est rien. Cet équipement a bénéficié des avancées techniques développées dans le domaine de l’automobile. La climatisation permet de maintenir une température constante à bord aussi bien l’été que l’hiver.

Pourquoi une climatisation à bord ?

Sur un bateau, on passe bien souvent plus de temps dans les ports qu'en navigation ou en mouillage forain. Dans les ports, en période estivale, selon notre zone de navigation, il y fait souvent chaud et il est difficile de ventiler le bateau. C’est dans ces conditions qu’elle devient un élément de confort très appréciable. En navigation, elle l’est moins de même qu’au mouillage où ventiler le bateau est plus aisé. Reste son alimentation. Au port, cela ne se pose pas de difficulté puisque, dans la plupart des cas, on dispose d’une borne de quai 230 volts. En navigation et au mouillage, pour obtenir du 230 volts, il faut avoir un groupe électrogène ou alors s’orienter vers un modèle de climatiseur basse tension (12 volts), mais là, la puissance est réduite.

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Il existe plusieurs systèmes de climatiseurs, du portable au système à circulation d'eau. Ici, un monobloc compact S-séries de Webasto, pour les moins de 50 pieds.© Webasto

Les différents systèmes de climatiseurs

Plusieurs solutions sont possibles. Elles vont du climatiseur portable au système à circulation d’eau.

- Le modèle portable : utilisation limitée

C’est le même que celui que l’on trouve dans le caravaning. Sur un bateau, on le positionne sur un panneau de pont. Son avantage est qu’il est peu vorace en énergie (300 à 500 watts) et certains modèles peuvent être alimentés en basse tension (12 ou 24 volts). Un de ses inconvénients, il ne peut climatiser qu’une seule cabine et, s’il est bien adapté au port, voire au mouillage, il ne l’est pas en navigation car sa conception n’est pas prévue pour une utilisation en atmosphère saline. Une autre solution est de s’orienter vers un modèle conçu pour une utilisation domestique. Il en existe différentes versions qui vont du simple climatiseur au réversible (froid/chaud), déshumidificateur, ioniseur etc. Mais attention, s’ils sont efficaces, ils ne sont pas conçus à l’origine pour être installés sur un bateau. Leur utilisation doit être strictement réservée au port.

- Le climatiseur monobloc : le plus utilisé jusqu’à 50 pieds

Comme son nom le laisse présager, sur un monobloc, on trouve sur un même ensemble tous les éléments du climatiseur : compresseur, évaporateur et ventilateur. L’air (froid ou chaud) est véhiculé vers les cabines par des gaines. Suivant le volume à chauffer et la place dont on dispose, différentes versions sont proposées. La plus simple, si l’on désire climatiser qu’une ou deux cabines est le monobloc compact. Ce type de climatiseur ne dispose que d’une seule commande. Si on climatise deux cabines, la température sera identique dans les deux (une maître, une esclave). Pour climatiser indépendamment plusieurs cabines, la solution retenue il y a quelques années et qui a tendance à disparaître, était le monobloc avec l’échangeur (traitement de l’air) séparé de plusieurs mètres du compresseur. Il permettait un gain de place important dans sa version simple (split) pour une cabine et, pour plusieurs cabines, on avait la version multisplit avec distribution directe de réfrigérant aux différents évaporateurs. Le côté positif était de pouvoir régler indépendamment chaque évaporateur situé dans les cabines. L’inconvénient était la complexité de l’installation. Chaque évaporateur étant relié par des tuyaux de cuivre véhiculant le liquide frigorifique, en cas de fuite, les interventions restent délicates. La tendance actuelle, sur des bateaux jusqu’à 50 voire 60 pieds est d’installer dans chaque cabine un climatiseur compact et, au-delà de 60 pieds, de passer à un système à circulation d’eau glacée (ou chaude).

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La climatisation à eau glacée (ou chaude) est idéale pour les bateaux au-delà de 60 pieds.© Webasto

Le climatiseur à eau bien adapté à partir de 50 pieds

C’est la solution actuelle retenue sur les bateaux de plus de 50 pieds y compris pour naviguer dans les eaux froides. La centrale est semblable à celle du monobloc mais on refroidit (ou chauffe) de l’eau à la place de l’air. Cette eau est propulsée dans des canalisations, à travers des échangeurs d'air ventilé. L’installation doit être faite par un spécialiste. Le gros avantage est que chaque cabine peut être climatisée (ou chauffée) indépendamment des autres. Quant aux interventions de maintenance et de dépannage, elles sont moins délicates avec de l’eau que du gaz réfrigérant.

La bonne puissance

Pour déterminer le nombre de Watt/h nécessaire pour climatiser un volume, il faut appliquer la formule suivante : Watt/h = S x (Te - Ti) x K

"Te-Ti" correspond à la différence de température entre l’extérieur et celle que nous désirons à l’intérieur. Cette différence dépend de la zone de navigation. Pour la Méditerranée, on prend entre 8 et 10 et pour les climats plus chauds comme les Antilles, on peut prendre 15. S est la surface en m² de la cabine et K son coefficient thermique. C’est la valeur la plus difficile à évaluer car elle dépend de l’isolation, du matériau de construction du bateau, de la surface vitrée, du volume, etc. L’expérience a amené les professionnels à prédéfinir des valeurs de K, par exemple, K = 28 à 30 pour un carré standard ou K = 35 lorsqu’il y a un salon de pont. Une autre solution plus réaliste et qui tient compte de l’expérience, est de se reporter aux abaques fournis par les fabricants de climatiseur.

Prenons un exemple en Méditerranée sur un bateau avec un carré de 9 m² et deux cabines de 8 m². On a pour le carré 2700 W/h (9x10x30), pour chaque cabine 2400 W/h (8x10x30). Les W/h doivent être transformés en BTU/h (British Thermal Unit), le rapport entre ces deux unités est de 3.4 soit pour le carré 9 180 BTU et pour chaque cabine 8 180 BTU/h. La solution la plus rationnelle pour climatiser ce bateau est trois climatiseurs indépendants de 10 000 BTU. L’autre solution est un de 10 000 BTU/h pour le carré et un de 20 000 BTU/h pour les cabines. Reste l’alimentation électrique.

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Sur un bateau de voyage, bien souvent, on cherche à ne climatiser que la cabine propriétaire. Là, le modèle le mieux approprié et le plus simple à installer est le monobloc. © Webasto

La consommation électrique

Mis à part les petits climatiseurs qui fonctionnent sous basse tension (12 ou 24 volts) voire à partir d’un convertisseur 12/230 volts, la solution est un groupe électrogène à bord. Sa puissance dépendra de l’appareil à alimenter. Les constructeurs ont fait en sorte de bien optimiser cette dernière, en particulier, le pic de courant au démarrage. A titre indicatif, un modèle 9 000 BTU/h consomme 1200 watts, un de 30 000 BTU/h 2500 watts.  

Le bon choix et le coût

Si votre bateau n’est pas équipé, l’installation est toujours envisageable. Beaucoup de chantiers la propose en option. Dans ce cas, l’emplacement de la climatisation est prévu. Sur un bateau de voyage, bien souvent, on cherche à ne climatiser que la cabine propriétaire. Là, le modèle le mieux approprié et le plus simple à installer est le monobloc. Avec un tel système, vous pouvez envisager deux sorties, par exemple, le carré et la cabine prioritaire. Si vous souhaitez climatiser indépendamment plusieurs cabines, la solution d’un monobloc par cabine est bien adaptée jusqu’à 50 pieds, au-delà, l’eau réfrigérée est conseillée. Reste le coût. Pour cela, nous avons demandé à Webasto de nous chiffer les trois gammes de produits qu’il conseille sur les bateaux. La S-séries (Monobloc compact) de 6 000 à 27 000 BTU/h est proposée entre 2 400 et 4 900 €, la C-séries (eau glacée) de 16 000 à 108 000 BTU/h entre 3 880 et 19 490 € et la V-séries (eau glacée) de 50 000 à 77 000 BTU/h entre 12 220 et 17 800 €. Dans cette version, les modèles 2019 V64T (64 000 BTU/h) et V77T (77 000 BTU/h) sont équipés de deux compresseurs.

L'équipe
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Norbert Conchin
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Guillaume Fourrier est un vrai passionné de la mer. Il pratique la pêche en mer depuis l'âge de 13 ans et a aujourd'hui à son actif près de 20 records de France, d'Europe et du Monde pour la prise de gros spécimens. Originaire de Boulogne-sur-Mer, il a sillonné les eaux de la façade Atlantique mais également celles de la Méditerranée. Il a également trempé ses lignes sur des contrées exotiques comme la Nouvelle-Calédonie, où il séjourna plusieurs mois à la recherche de gros poissons du lagon. Il pêche aujourd'hui en Normandie, son nouveau port d'attache.