Le plus grand des privilèges : une maison face à un sémaphore

Par Eric Mas
Jeudi 11 juillet 2019 à 6h30

Une maison au bord de la mer. Juste un mur de 2m et un escalier en pierre qui vous mène à la plage. Une plage de sable, de galets et d’algues qui se couvre et se découvre au rythme des marées. Tout y est, le parfum de la mer, de la grève, la musique du flot roulant sur le sable puis des vagues qui cognent gravement dans le mur avant de battre en retraite dans un bruit de verres brisés. La vue imprenable et l’horizon à perte de vue.

Une maison au bord de la mer. Juste un mur de 2m et un escalier en pierre qui vous mène à la plage. Une plage de sable, de galets et d’algues qui se couvre et se découvre au rythme des marées. Tout y est, le parfum de la mer, de la grève, la musique du flot roulant sur le sable puis des vagues qui cognent gravement dans le mur avant de battre en retraite dans un bruit de verres brisés. La vue imprenable et l’horizon à perte de vue.

Non, Monsieur l’agent immobilier. Vous parlez là d’un privilège avec l’horizon à perte de vue, mais il y a mieux que de perdre la vue. Le plus grand des privilèges c’est justement quand l’horizon est en partie barré par une presqu’île formant une baie et donnant une perspective. Et plus loin, sur la droite, deux îles à une quinzaine de kilomètres qui disparaissent parfois dans la brume. Et encore quinze kilomètres plus loin, derrière ces îles, un trait de côte qui se dessine en pointillés et dont on aperçoit les amers, un château d’eau et même la pointe du Hoc, quand le vent de noroît nous apporte de l’air limpide parce que frais.

Mais si je vous parle de cette vue en partie fermée, c’est que cette presqu’île, armé d’un fort Vauban, patrimoine de l’UNESCO, Monsieur, cette presqu’île dont l’extrême pointe est évidemment équipée d’un phare (1 éclat toutes les 6 secondes) qu’il faut aligner avec le phare de Morsalines pour rentrer dans la baie, cette presqu’île est aussi équipée d’un sémaphore.

Face à tout cela, notre maison est un superbe poste d’observation. Et lorsque nous sortons les jumelles pour suivre le couple de tadorne du belon qui accompagne l’aigrette péchant dans les rochers, notre tour d’horizon vient immanquablement se poser sur le sémaphore. Et là … points d’exclamation et d’interrogation se superposent. Avis de coup de vent de NE ! Mais à quelle époque sommes-nous pour continuer à envoyer des signaux dans les sémaphores ?

Car en ajustant la vue sur le mat du sémaphore il n’est pas rare d’y voir, accrochée dans ses drisses, une boule noire annonçant « avis de vent frais en cours ou prévu », ou 2 triangles alignés, pointes vers le haut « avis de coup de vent en cours ou prévu de NE ». Et s’il fait nuit, c’est encore mieux. 2 feux rouges fixes et superposés, « avis de coup de vent en cours ou prévu de NW ». Si les feux sont blancs, le coup de vent vient, viendra, du SW. Rouge dessus, blanc dessous, il vient, viendra, du NE. Si c’est le rouge qui est en bas, méfions-nous du SE.

A part pour entretenir la nostalgie, quelle raison pousse l’administration à maintenir ce mode de communication ? Croit-elle que le pécheur ne s’informe pas de la météo sur son smartphone et qu’il faut attendre que son regard se pose sur les signaux du sémaphore pour être averti ? Les guetteurs sémaphoristes de la Marine Nationale me semblent avoir déjà fort à faire pour notre sécurité en surveillant le trafic et en communiquant les avis par oral. Peut-être faut-il entretenir un savoir-faire de matelot en cas de panne de radio et de téléphone, comme certains redoutant une panne de GPS s’escriment à la navigation astronomique.

Quoiqu’il en soit, cela me permet de surprendre mon voisin ignorant la chose, quand après une minutieuse mais fallacieuse étude du ciel à travers mes jumelles je peux annoncer « attendons-nous à un coup de vent de NW ».

Et si vient la question « comment tu sais ? », je ne peux m’empêcher de penser à ce vieux pécheur sollicité quotidiennement pour ses dons en matière de prévisions météorologiques pendant le délicat tournage du film « le jour le plus long » en 1962. Recevant les félicitations du metteur en scène lors du pot de fin de tournage il eut le droit à cette fameuse question « Comment faîtes-vous pour prévoir si bien ? »

Le regard toujours dirigé vers l’horizon, il répondit simplement : « J’écoute la radio tous les matins ».

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Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Norbert Conchin
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Guillaume Fourrier est un vrai passionné de la mer. Il pratique la pêche en mer depuis l'âge de 13 ans et a aujourd'hui à son actif près de 20 records de France, d'Europe et du Monde pour la prise de gros spécimens. Originaire de Boulogne-sur-Mer, il a sillonné les eaux de la façade Atlantique mais également celles de la Méditerranée. Il a également trempé ses lignes sur des contrées exotiques comme la Nouvelle-Calédonie, où il séjourna plusieurs mois à la recherche de gros poissons du lagon. Il pêche aujourd'hui en Normandie, son nouveau port d'attache.