Le sommeil nerf de la guerre

L'organisation du sommeil à bord
“Tout d’abord, le sommeil à bord du bateau dépend énormément du type de dormeur qui est sur le bateau, c’est-à-dire des caractéristiques du navigateur, si c’est un petit ou un gros dormeur, de son expérience de la course au large et surtout des mers du Sud. Ensuite, cela dépend de ce qu’il va se passer au niveau des conditions météo, de l’état de la mer et des problématiques que les navigateurs vont rencontrer au cours de la course. Actuellement, les skippers doivent commencer à être un peu fatigués. A bord, ils utilisent un type de sommeil dit polyphasique, c’est-à-dire en fractionné. Il y a trois types de sommeil : un ou ils vont faire un cycle entier de sommeil, c’est-à-dire en moyenne entre 1h15 et 2h, un deuxième qui correspond aux fameuses siestes du navigateur qui durent entre 10 et 40 minutes et puis, tout au long de leur parcours, ils font des siestes de quelques minutes. Chaque sieste a une capacité de récupération, soit de la mémoire, soit du physique, soit de la lucidité, ce qui est très important pour la prise de décisions. Il faut qu’ils dorment dès qu’ils le peuvent car s’ils sont en dette de sommeil, c’est un risque de mauvaise prise de décision.“
L'apprentissage du sommeil fractionné
“J’ai beaucoup travaillé avec Charlie Dalin. Il y a tout d’abord eu toute une approche à terre pour savoir quel type de dormeur il est, grâce à des enregistrements polysonographiques afin de savoir comment fonctionne son horloge biologique. Après cela, nous avons fait des enregistrements en mer en situation de course, sur la Transat Jacques Vabre et sur la Vendée Arctique notamment, puis nous avons débriefé avec lui pour savoir quand avait-il dormi, quand n'avait-il pas pu et pourquoi il a fait, éventuellement, une bêtise parce qu’il n’avait pas assez dormi. En fonction des enregistrements que l’on a récolté, le but était d’anticiper le plus possible en fonction de ce qui allait se passer. Concrètement, nous savions qu’il fallait stocker du sommeil avant la course, ensuite, en fonction des conditions météo, il y a toute une notion de récupération.“
Attention au manque de sommeil !
“Le premier risque est le risque accidentel entraînant une mauvaise décision ou une manœuvre qui l’embarque dans une situation dangereuse. C’est comme un conducteur qui s’endort au volant : s’il s’endort, il pourra avoir un accident sur l’autoroute. C’est donc non-seulement un risque qui influe sur la performance mais aussi sur la sécurité.“
La violence des bateaux impacte l'efficacité du sommeil
“Lors du retour de la Transat Jacques Vabre, nous avions posé à Charlie Dalin un bandeau connecté qui mesurait son électroencéphalogramme, c’est-à-dire la qualité de son sommeil profond. Lorsque nous avons récupéré les données, nous avons vu qu’à cause de tous les chocs et vibrations, l’appareil ne pouvait pas mesurer la qualité du sommeil du marin. Tous ces bateaux modernes sont très bruyants et violents. Le cerveau n’a pas l’habitude de ces conditions-là, donc c’est un terrain nouveau."
Des techniques pour mieux dormir à bord
“Nous avons réfléchi à des façons de protéger le navigateur dans sa bannette. Nous, avons donc travaillé sur les mousses et les positions afin que, quand le marin décide d’aller dormir, il soit le moins perturbé possible. Nous avons mené des réflexions au niveau du bruit et de l’enveloppe du marin pour éviter qu’il soit réveillé par les chocs, avec des mousses résilientes pour que le corps ne bouge pas trop. Cela dépend également de l’ergonomie du bateau, de l’âge du navigateur et de ce qu’il peut supporter.“