Thomas Ruyant content d'être en compagnie de Yannick Bestaven

« Je renvoyais un peu de toile. J’ai empanné en milieu de nuit, enfin ! Il y a 25 nœuds de vent avec une mer courte, ce n’est pas facile d’avancer. Ah cet océan Indien avec ces mers croisées et courtes ! C’est dur de trouver la bonne toile. Je suis en bâbord amures donc ça va aller mieux, même si le VMG portant, ce n’est pas ce qu’il y a de mieux pour les foilers. Ce qui est sûr, c’est qu’on fait cap à l’Est, avec en majorité du bâbord amures et quelques empannages. Ce sera une route plein est pendant un bon bout de temps, au moins jusqu’à après-demain. Il y aura peut-être des transitions à négocier avec un peu moins de vent. J’ai eu quelques infos sur le problème de Charlie, c’est malheureux car on était un bon petit groupe, mais il n’est pas loin derrière, je sais qu’il a la niaque. Il saura revenir et les écarts ne sont pas dingues, la course est encore longue. Je suis content d’être en tête à mi-tour du monde. Yannick (Bestaven) est très l’aise dans ces conditions, il a l’air d’aller plus vite que moi. C’est un bon compagnon de route pour se jauger. On s’est eu à la VHF, on s’est croisé à 7 milles, c’était marrant de discuter…
Toute première fois
C’est la première fois que j’arrive dans les Cinquantièmes. Il y a quatre ans, je m’étais arrêté en Nouvelle-Zélande, je ne suis jamais allé aussi sud et ça caille dans le Sud. J’ai fermé la porte, j’ai fait une charge moteur, j’en ai profité pour faire sécher me pieds près du moteur. Cette nuit, j’ai eu froid. Je navigue porte fermée pour garder de la chaleur dans l’habitacle. On sent qu’on est dans les mers du Sud ! C’est sûr que je ne cracherais pas sur une bonne salade, des fruits frais et des légumes. Mais mon avitaillement a été bien fait, je mange beaucoup, j’ai encore quelques pommes et quelques oranges ! J’ai pris pour 80 jours de nourriture avec du gras, donc je ne serais pas en manque. Je ne vais pas me rationner !
Physique et miam-miam
Je suis pas mal en appui sur mes jambes, c’est sûr que je n’ai déjà pas des grosses cuisses, donc à l’arrivée je n’aurais pas la même physionomie ! En revanche la colonne, elle tourne ! Je pensais au système de pédalier d’Isa (Joschke), ce n’est peut-être pas con… J’arrive à faire des nuits correctes, mais il faut nuit tôt et les nuits sont courtes. Faut faire gaffe au sommeil quand même. Le décalage horaire se fait ressentir tous les jours.
Empanner en IMOCA
C’est une sacrée manœuvre. D’abord, tu t’occupes de tout le matossage à l’intérieur. Cela fait plus d’un mois qu’on est en course donc on a des sacs en moins, mais cela prend déjà un bon quart d’heure de déplacer les voiles, les sacs de sécurité et de nourriture de l’autre côté du bateau. Après, je retourne dans mon cockpit et je prépare les différentes ficelles pour basculer la voile d’avant de l’autre côté. Je ballaste et j’abats doucement. Dans la foulée, je choque la bastaque, et je mets la quille dans l’axe puis je bascule la voile d’avant et la met en ciseau. J’essaie d’accélérer sur une vague pour faire passer la grand-voile, et puis je requille, je reprends de la bastaque et c’est reparti !
Ca prend une bonne demi-heure, et quand il y a un « jibe » à mettre près de la zone des glaces faut pas se planter dans le timing ! Il faut faire attention aux lattes de grand-voile qui peuvent taper dans les haubans et la bastaque dessous.
Programme du jour
Je vais me faire à manger, j’ai les crocs ! Comme ça je pourrais réfléchir avec le ventre plein, et écouter un peu de musique. Il faut que j’éponge un peu les fonds, et que je m’occupe un peu du bateau. Il y n’y a plus d’oiseaux, dans l’Indien on a des oiseaux tout le temps, c’est dingue parfois des centaines d’oiseaux, c’est hallucinant. C’est une vraie présence. C’est sans doute parce que je suis très sud. »