Par Figaronautisme Vend?e Globe

Avec de hautes pressions qui barrent la route directe vers le cap Horn, le groupe de tête implose ! Plusieurs trajectoires sont envisageables et envisagées pour aborder une dépression australe prévue pour ce week-end : est-ce un tournant dans ce neuvième Vendée Globe ? Il semble en tous cas que l’éventail s’ouvre avec plus de 300 milles de décalage latéral…

Il y a deux façons d’aborder une cité : soit on prend le périphérique, soit on traverse la ville par ses boulevards pénétrants… Or dans un cas comme dans l’autre, il vaut mieux écouter Bison Futé pour connaître la fluidité de la circulation : un mobile qui va lentement (mais sûrement) au plus près de la route directe n’arrive pas forcément avant un véhicule qui fait le grand tour rapidement. Le problème est donc de savoir s’il faut écouter la radio, compulser les statistiques, s’arrêter boire un café pour réfléchir, klaxonner dans les embouteillages ou foncer dans le tas et voir ensuite ce qu’il en ressort ?

 

Sur un plateau !

 

En fait pour comprendre la problématique actuelle à quelques centaines de milles du lieu maritime le plus inaccessible de la planète (point Némo), il faut se souvenir que la Terre tourne sur elle-même approximativement en 24 heures, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, ce qui fut énoncé dès le 5ème siècle avant JC par le pythagoricien grec Philolaos. Or notre planète est entourée d’une atmosphère (jusqu’à 650 km d’altitude) qui elle-même se « découpe » en troposphère (jusqu’à 6-20 km), stratosphère (50 km), mésosphère (85 km), thermosphère (650 km) se prolongeant par l’exosphère (10 000 km)…

 

Par sa rotation sur elle-même, la Terre entraîne une grande partie de la troposphère (qui représente 80% de la masse totale de l’atmosphère) par frottement : l’air qui nous entoure a donc un mouvement général d’Ouest en Est et logiquement, l’air est plus froid aux pôles qu’à l’équateur… Il s’en suit un mélange de masse de températures différentes : associé à un mouvement général de rotation de la Terre sur elle-même et de déviation (vers la droite dans l’hémisphère Nord, vers la gauche dans l’hémisphère Sud) des masses d’air due à la force de Coriolis, cela provoque des variations de poids de la colonne d’air au-dessus d’un point quelconque du globe.

 

En bref, la pression atmosphérique moyenne de la Terre est de 1 013 hPa : s’il y a moins, c’est un cratère, c’est-à-dire une dépression ; s’il y en a plus, c’est un plateau, c’est-à-dire un anticyclone. Or si un cratère possède un centre relativement bien défini, un plateau culmine à une hauteur, variable très rapidement dans le temps et dans l’espace. Ce qui signifie que le mouvement d’une dépression est assez aisé à prévoir tandis que le déplacement d’un centre anticyclonique est beaucoup plus complexe à modéliser. La vitesse de déplacement d’une dépression qui s’étend de 500 à 1 500 milles environ, varie de 15 à 40 nœuds (soit un déplacement de 650 km à 1 800 km par jour) alors que celle d’un centre anticyclonique qui peut concerner 500 à 3 000 milles approximativement, peut atteindre plus de 50 nœuds !

 

Retour vers le présent

 

Au milieu de l’océan Pacifique, un centre de hautes pressions (1 025 hPa) s’est installé par 54°40’ Sud et 152° Ouest pour le réveillon de Noël. Or à minuit ce vendredi, il se sera décalé de 350 milles vers l’Est à 1 024 hPa, et 24h plus tard, il serait positionné par 39° Sud et 119° Ouest pour 1 023 hPa, soit à plus de 1 500 milles de sa position actuelle (2 800 km environ)… En laissant derrière lui un « sillage », une dorsale qui va imploser au fil des heures ! Or un plateau montagneux est rarement tout plat (si ce n’est dans le Colorado), et la moindre « respiration » des isobares crée un vent plus ou moins soutenu, plus ou moins stable : c’est ce qui est en train de se passer à l’autre bout du monde…

 

Ainsi il est particulièrement délicat de se projeter dans un anticyclone et les routages sont souvent complexes car une modélisation avec 5 nœuds de vent réel ou avec 8 nœuds, n’a plus rien à voir ! Et un décalage de quelques dizaines de milles suffit à transformer une voie royale en une impasse. C’est la raison pour laquelle Yannick Bestaven (Maître CoQ IV), au centre vers le Nord-Est, Thomas Ruyant (LinkedOut) à gauche vers le Nord et Charlie Dalin (Apivia) à droite vers l’Est, ont choisi des trajectoires très différentes tandis que le groupe des poursuivants tamponne 300 milles derrière !

 

De fait, Yannick Bestaven a longtemps hésité avant de mettre le clignotant à gauche pour aller chercher une dépression en cours de formation et si le skipper de Maître CoQ IV est déjà dans cette perturbation avec du vent d’Est d’une vingtaine de nœuds (donc au près tribord amures), il devrait en ressortir d’ici 24 heures à l’issue d’un virement de bord autour du 47°30 Nord et 140 ° Ouest. Et cette dépression va pouvoir l’emmener aux abords du Chili ! Alors que pendant ce temps, Charlie Dalin risque fort de s’enferrer dans des calmes prolongés dès ce vendredi soir et ce, jusqu’à dimanche en longeant la Zone d’Exclusion Antarctique (ZEA). Tandis que plus au Nord, Thomas Ruyant va devoir multiplier les virements de bord face à une brise d’Est jusqu’à toucher une rotation au secteur Sud-Est…

 

Le peloton se pelotonne

 

Les écarts qui culminaient encore à 150 milles environ il y a quatre jours entre le leader et ses deux poursuivants directs, devraient ainsi se creuser (après un resserrement passager vis-à-vis de Charlie Dalin) pour atteindre plus de 500 milles, voire 1 000 milles ! Quant au peloton des sept chasseurs qui était revenu à 300 milles du premier il y a seulement trois jours, il va continuer à progresser vers l’Est mais à la vitesse de déplacement du phénomène, soit à une dizaine de nœuds, avant de tirer des bords dès le milieu du week-end ! La solution n’arriverait que lundi avec un flux de secteur Sud à Sud-Ouest associé au passage de cette dépression venue du Nord. Et là encore, les écarts devraient flamber…

 

C’est donc un sacré changement programmé en tête de gondole, mais derrière, cela devrait aussi brasser ces prochains jours : Armel Tripon (L’Occitane en Provence) n’est plus qu’à 250 milles du tableau arrière de Clarisse Crémer (Banque Populaire X) et Jérémie Beyou (Charal) devrait déborder Stéphane Le Diraison (Time for Oceans) dès cette fin de journée avant d’aborder une dépression secondaire fort peu sympathique entre le cap Leeuwin et la Tasmanie. Enfin, les cinq derniers qui longent le plateau AMSA ou vont l’atteindre prochainement, profitent de conditions météorologiques plutôt favorables en bordure méridionale de l’anticyclone des Mascareignes.

 

Le problème d’un chemin de traverse ne se pose pas pour eux, surtout avec la ZEA qui empêche toute tentative d’aller flirter avec les méchantes dépressions australes et les « mines blanches » que sont les glaces dérivantes… Et si tous les chemins mènent au Horn, certains sont plus véloces que d’autres, question de fluidité de la circulation !

 

La rédaction du Vendée Globe / DBo.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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