La Salton Sea, bombe à retardement écologique

Jeudi 26 mars 2015 à 10h27

L'arrivée au bord de la Salton Sea, immense lac salé dans le désert californien aux confins du Mexique, c'est d'abord une odeur fétide, quelques flaques d'eau aux reflets douteux et deux ou trois cadavres de poissons.


 

"La réputation de la mer de Salton selon laquelle elle sentirait toujours mauvais et serait entourée d'oiseaux ou de poissons morts est fausse", assure Bruce Wilcox, l'un des responsables de l'IID, l'une des agences locales de gestion d'eau et d'électricité.

Cette mer intérieure, où vivent ou transitent 400 espèces d'oiseaux, est née en 1905 d'un accident d'ingénierie civile, qui s'est traduit par le débordement du fleuve Colorado. Elle est située à 71 mètres sous le niveau des océans, au sud du parc national de Joshua Tree, à 250 km au sud-est de Los Angeles.

Dans les années 50 à 60, les rives de la Salton Sea étaient une destination de vacances huppée où l'on faisait du ski nautique, des courses de bateaux, où l'on pêchait. Elle s'étendait alors sur plus de 50 km de long et environ 20 km de large.

Cette ancienne station balnéaire ressemble aujourd'hui à une ville fantôme dont la plage, obstruée par une proéminente digue de terre, est jonchée de carcasses de voitures, de ruines ou d'objets rouillés en tous genres.

Car à partir des années 1970, la mer de Salton a commencé à se réduire comme peau de chagrin, entraînant un bond de sa salinité et une baisse de sa profondeur. Cela fait bien longtemps qu'on ne peut plus y pêcher ou faire du bateau. Le yacht club, les échoppes de pêche et les commerces ont fermé. Et ce déclin pourrait encore s'accélérer.

"La Californie fait face à une sécheresse historique", rappelle Tim Krantz, professeur d'études environnementales à l'université de Redlands.

A cela s'ajoute l'arrivée à terme en 2017 d'un complexe accord de partage des eaux du fleuve Colorado, qui devrait entraîner une forte diminution de l'eau s'écoulant dans la Salton Sea.

 

Bruce Wilcox s'attend à ce que cette mer perde un tiers de sa superficie en quelques années à peine et que son lit de sable parsemé de sédiments de cadmium, phosphates, engrais et insecticides se répande dans toute la région à cause de fréquentes tempêtes.

Pour Tim Krantz, "ce serait un désastre sans équivalent pour la qualité de l'air" dans une région où vivent "1,5 million de personnes".

Les cas d'asthme, de cancers du poumon et autres maladies respiratoires pourraient bondir dans une zone où elles sont déjà quatre fois plus fréquentes que dans le reste du pays. Sans oublier les milliards de dollars de revenus agricoles menacés, de valeurs immobilières qui risquent de s'effondrer.

"Si la mer s'assèche, toute la vallée de Coachella va devenir inhabitable", s'inquiète Randy Rynearson, au comptoir de sa quincaillerie de Salton City. Les conséquences sur l'écosystème pourraient s'avérer encore plus catastrophiques: poissons restants décimés, puis oiseaux migrateurs privés de proies, sur cette étape clé des routes migratoires.

Agences gouvernementales, militants écologistes et chercheurs tentent de convaincre le gouvernement californien d'agir et de débloquer des crédits. De nombreux projets ont vu le jour, plus ou moins réalistes, comme la construction d'une large canalisation acheminant de l'eau depuis le Pacifique ou depuis la mer de Cortez, qui borde la côte mexicaine. Celui qui tient la corde prévoit une division par deux de la surface de la mer et l'installation sur les parties asséchées d'exploitations de géothermie ou de combustibles à base d'algues ainsi qu'une réserve naturelle. Ces projets se chiffrent de 5 à 10 milliards de dollars. Mais selon les chercheurs du Pacific Institute, le coût de l'inaction sera bien plus élevé, entre 20 et 70 milliards. Sans parler du risque d'interminables poursuites en justice si des milliers de résidents tombent malades à cause d'un désastre mal anticipé.

 


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