
Plus récemment, nous sommes passés du vert au bleu, avec un fameux crabe. Il est fameux, car sa chair est succulente, mais aussi parce qu’il cause beaucoup de dégât dans les filets des pêcheurs. Comme il est très vorace, il attaque et mange tout ce qu’il trouve sous sa pince. Les Tunisiens qui ont été dans les premiers à être confronté à lui l’ont surnommé « daesh » tellement il est envahissant et dangereux. Puis, un jour, ils l’ont transformé en ressource économique en l’adoptant dans leurs marmites.Encore plus récemment, l’été dernier, certains médias ont titré le danger que représenter les barracudas, espèce invasive de mer rouge, pour les baigneurs. Bien évidemment, le barracuda n’attaque aucun baigneur ou plongeur sous-marin. Cela fait bien des années qu’il est installé paisiblement sur nos côtes au grand plaisir d’ailleurs de certains pêcheurs et de tous ceux qui mettent la tête sous l’eau.
Fantasmes écologiques et réalités méditerranéennesLa mer rouge. Elle est la cause principale de ces invasions. Le poisson-lapin arrive. Il va lui aussi détruire tous nos herbiers. A ce jour, il ne l’a toujours pas. Peut-être d’ailleurs qu’il ne le fera jamais. Le poisson-lion va tout dévorer. Possible. Mais il n’est pas encore présent sur notre côte. Peut-être d’ailleurs qu’il ne s’installera jamais. Le dernier rapport de la convention de Barcelone (QSR 2025) évoque 0,6% d’espèces marines présentent en Méditerranée et en provenance de la mer Rouge. Au regard de ce pourcentage et à ce jour, il est difficile de parler de « grand remplacement ». Peut-être, plus tard, avec du recul et un peu plus de réflexion, nous serons contents de voir que certaines espèces de mer rouge se sont réfugiées en Méditerranée en fuyant leur territoire d’origine menacé par les effets du changement climatique. La Méditerranée, n’est-elle pas une terre d’accueil ? Au-delà de cette question qui relève sans doute plus de la philosophie que de l’écologie, la question de notre perception de ces espèces est posée. Souvent, parfois malheureusement, on ne peut que constater leurs présences. Si jamais elles sont nocives, c’est déjà trop tard. Il ne nous reste qu’à constater les dégâts. Parfois, elles deviennent « les nôtres ».

Vers une nouvelle lecture de la naturePersonne ne crie sur la présence de la girelle Paon qui est la cousine tropicale de notre girelle commune ou sur la présence de l’algue brune asparagopsis armata. L’étang de Thau dont la végétation est constituée à plus de 90% d’espèces étrangère et souvent japonaises est une aire marine protégée. Cela veut dire que nous trouvons un intérêt écologique à un milieu naturel qui abritent très majoritairement des espèces étrangères non endémiques de notre Méditerranée. Finalement, est-ce que cette vision figée que nous avons au travers de la notion de conservation de la nature n’est pas la vision tronquée d’une nature qui évolue et s’adapte tous les jours, avec ou sans notre influence ? Si nous avons l’obligation morale de ne pas perturber la nature ou, du moins, d’éviter le plus possible de la perturber, nous devons aussi admettre que notre connaissance sur les impacts des espèces invasives reste limiter tout comme notre capacité d’agir.
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