Essai de l'Armor Kite 650 : oublier tout et accélérer

Voiliers
Mercredi 24 février 2021 à 15h07

En Bretagne Sud il n’y a pas de pétrole mais des idées de bateaux à foison. Utiliser une aile de kite pour avancer n’est certes pas nouveau, mais dessiner un bateau spécifiquement pour cette voile avec l’ambition qui plus est, à terme, de briller en régate, voilà qui est plus innovant. Oubliez beaucoup de vos repères quelques instants et bienvenue à bord de l’Armor Kite 650.

©Chloé Dubset
En Bretagne Sud il n’y a pas de pétrole mais des idées de bateaux à foison. Utiliser une aile de kite pour avancer n’est certes pas nouveau, mais dessiner un bateau spécifiquement pour cette voile avec l’ambition qui plus est, à terme, de briller en régate, voilà qui est plus innovant. Oubliez beaucoup de vos repères quelques instants et bienvenue à bord de l’Armor Kite 650.

Certains à la rédaction se souviennent du sauvetage épique d’un précurseur du kite en perdition au large de Penzance au début des années 80. Nous avons tous en mémoire la traversée de l’atlantique de la regrettée Nicole Van de Kerchove sur son Jod 24. Bien sûr nous suivons de près Yves Parlier dont le LibertyKite tente d’essemer le concept de l’Imoca potentiellement démâté au cargo à la recherche d’économies de carburants. Cette aile est d’ailleurs proposée en option sur l’Armor Kite 650, mais sa principale qualité, la stabilité, est un facteur limitant fort en termes de performance. Alors pour vraiment aller vite, une aile de kite classique convient mieux, mais sur laquelle il faut garder une veille quasi-constante. S’il ne s’agit pas d’aller à 80 nœuds comme l’équipe de SP80 l’ambitionne, cela prouve bien qu’aller vite sur l’eau peut passer par la solution kite.

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© Chloé Dubset

Au téléphone, Maxime Denoix nous avait prévenus. L’Armor Kite 650 propose une façon vraiment différente de naviguer. Une fois sur le ponton l’évidence se fait plus prégnante : pas de mât, pas de bôme, pas de chandeliers ni de manœuvre apparentes, il va falloir repenser notre cadre de référence.  Surtout qu’il n’y a pas non plus de quille, ni même de lest dans les fonds, mais une bonne stabilité de forme grâce à une carène de 2.20m de large. Un dessin qui n’est pas sans nous rappeler nos années en mini, une série dont l’architecte Etienne Bertrand est issu et pour laquelle il a signé une quinzaine de plans.

Le dépouillement apparent du pont est confirmé par le briefing d’avant-départ : seulement deux bouts de réglages et une barre franche, le bateau doit se manier à deux sans problèmes. Déborder le ponton à bout de bras et sortir du port grâce au petit hors-bord est particulièrement aisé à bord de cette coque de seulement 273 kg. Une fois en mer l’ancre flottante est déployée afin de ne pas trop dériver pendant la préparation et l’envoi du kite, signe que la manœuvre peut prendre un peu de temps, ce qui sera bien le cas compte tenu de la faible brise.

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En effet le vent atteint difficilement 7 nœuds, limite théorique minimum pour faire décoller l’aile de l’eau. Pour naviguer en dessous de ces conditions une aile gonflable est d’ailleurs désormais proposée. Nous sortons donc la plus grande voile, celle de 25 m², sachant que cinq tailles existentpour tous les types de vent de 7 à 35 nœuds. L’aile est posée sur le roof, bien pliée dans sa pochette de rangement, les cinq points à connecter (deux lignes avant, deux lignes arrière et la cinquième ligne) clairement repérés et munis de détrompeurs. Toutes les lignes sont reliées au bateau via un chariot Harken transversal. Totalement libre, il part sous le vent au près, limitant ainsi la gîte, même si l’architecte a prévu que celle-ci puisse atteindre 15 degrés.

Une fois connectée au bateau, on peut déplier l’aile et gonfler le bord d’attaque grâce au gonfleur électrique. Ceci fait, les cinq lignes sont déroulées simultanément à l’aide du treuil électrique. Entre régleur et barreur l’entente doit être parfaite, car dans ce bas de range en termes de vent, l’aile a tendance à rester collée à l’eau, et son décollage s’avère délicat voire laborieux. Finalement, le vent monte à 9 nœuds, l’aile prend son envol, l’ancre flottante est rapidement remontée à bord et le bateau accélère immédiatement, brutalement même. La vitesse est tout de suite séduisante. Nous enchainons les bords de travers en allant presque aussi vite que le vent. Extrêmement sensible à la barre franche, un peu courte à notre humble avis, l’Armor Kite l’est également au positionnement de l’équipage. Il manque un cale pied central pour assurer son équilibre à la barre, mais les sensations de glisse sont délicieuses. Bien sûr, nous ne battrons pas le record de 19 nœuds atteints pourtant avec grande prudence par l’équipe, mais filer entre 10 et 12 nœuds alors que le vent réel atteint difficilement 15 nœuds est déjà assez bluffant.

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Si au travers, tout va donc pour le mieux, qu’en est-il au près. Est-ce que l’on peut remonter au vent avec une aile de kite ? Oui ! Aidé par ses dérives asymétriques alternativement immergées, l’angle de remontée au vent est même tout à fait comparable à un quillard, soit 30 degrés d’un bord sur l’autre, avec des vitesses très similaires à un bon Mini de série, soit entre 6 et 7 nœuds dans 10-12 nœuds vent. Mais la vraie surprise on la découvre plein vent arrière, allure que peu de bateaux apprécient. A bord de l’Armor Kite 650 on est à 9 nœuds au GPS par 11 nœuds de vent à 180 degrés ! La puissance développée par l’aile est impressionnante et il faut s’accrocher dans les empannages. Si à un moment, la puissance de traction, au lieu de se transformer en vitesse, met le bateau sur la tranche, il vaut mieux avoir la main sur le bout de largage automatique de la cinquième ligne si on veut retomber du bon côté !

Quelques détails techniques restent à régler avant une diffusion vraiment grand public et l’apprentissage nécessite bien une à deux semaines, mais avec un pilote automatique l’ensemble formerait un day-boat fort agréable, simple, performant, ludique, facilement transportable… L’absence de gîte, de kilomètres de bouts dans le très grand cockpit, la vision à 360 degrés sont d’un confort indéniable. L’Armor Kite est une vraie découverte, offrant des performances très séduisantes.

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© Valentin Belleville

Les +

Simplicité

Performances

Sensations nouvelles

Les –

Apprentissage

Envol et affalage fastidieux

Gestion des dérives asymétriques

Fiche technique :

Longueur HT : 6,50m

Longueur à a flottaison : 6,05m

Largeur : 2,20m

Tirant d’eau max : 1 m

Déplacement lège : 273 kg

Surface des voiles : 8 – 13 – 21 - 23 et 25m²

Prix : 30 000 Euros HT sans aile

Aile 8 m² : 1 278,00 € TTC

LibertyKite 20m² : 1 950 Euros TTC

Aile 25 m² : 2 340,00 € TTC

Voile gonflable : 6 126 Euros TTC

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.