Permis côtier et météo

Blog Eric Mas
Mardi 18 octobre 2016 à 12h10

Le programme du permis côtier demande du bon sens pour ne pas noyer ses équipiers et un peu de mémoire pour reconnaître les marques, feux et signalisations. Dans les sujets abordés, il y en a un qui nous tient particulièrement à cœur, évidemment celui qui touche à la météo.

Le programme du permis côtier demande du bon sens pour ne pas noyer ses équipiers et un peu de mémoire pour reconnaître les marques, feux et signalisations. Dans les sujets abordés, il y en a un qui nous tient particulièrement à cœur, évidemment celui qui touche à la météo.

Si autrefois un chef de bord devait se préoccuper de la météo pour naviguer en bon marin, maintenant il doit le faire aussi pour être en règle. Oui, parce que, en fonction de la catégorie de son embarcation, l’Europe a décidé que si vous êtes A vous pouvez aller flirter avec les ouragans, si vous êtes B vous pouvez aller au large par force 8 et si vous êtes C il faudra vous limiter à force 6 et s’interdire les vagues de plus de 2 mètres.

Très bien, cela insiste sur la responsabilisation de chacun et incite à approfondir sa compréhension de la météo pour ne pas se laisser surprendre. Alors pourquoi en rester là et ne tester que de grossières connaissances? On commence à sourire un peu jaune (oui le jaune indique une marque spéciale) lorsque l’on découvre que ces notions de météo inculquées à grand renfort de QCM sont souvent fausses. Apprendre l’échelle Beaufort est effectivement une bonne base pour comprendre que lorsqu’un AVIS de GRAND FRAIS sera annoncé il faudra s’attendre à un vent moyen de 28 à 33 nœuds, des lames déferlantes, quelques trainées d’écume qui s’orientent dans le lit du vent et, à terre, des arbres « agités en entier » et une marche contre le vent devenant pénible. Oui, c’est bien de visualiser ce que peut être la force 7 et s’en méfier… voire si on est en catégorie C, se l’interdire.

Mais pourquoi se moquer du futur chef de bord en lui demandant si :

Le terme mouton signifie bien les vagues formées par le vent, plutôt qu’une baisse de T° ?
Le régime des vents est-il identique en Atlantique et en Méditerranée ?
Le terme GRAIN signifie-t- il un temps brumeux ou une bourrasque de vent accompagnée de pluie ?
Lorsque le vent s’oppose au courant, le vent est plus fort ou les vagues sont plus hautes ?
Lequel de ces vents ne désigne pas un vent méditerranéen, la tramontane, le mistral ou le jusant ?
Le bulletin météo nous parle de vagues et de houles, s’agit-il de la même chose ?
Une situation dépressionnaire indique des conditions en amélioration, en dégradation ?


J’arrête cette liste ridicule.

Non toutes les vagues formées par le vent ne moutonnent pas ; Oui l’Atlantique et la Méditerranée ne sont pas soumis au même régime ; Si, on peut subir un grain par mauvaise visibilité et même sans pluie ; Par quel miracle le vent accélérerait-il quand il s’oppose au courant ; Si, la houle est une vague c’est bien de la distinguer de la mer du vent ; Non, une situation dépressionnaire n’est pas forcément synonyme de dégradation pas plus que l’anticyclone serait systématiquement synonyme d’amélioration…

Combien de décrets et d’arrêtés pour en arriver à une formation aussi stupide. Est-il si difficile de communiquer quelques vraies notions de météo à travers la lecture d’une carte isobarique ? Comprendre que le lit du vent se fait entre les centres d’actions que sont les dépressions et les anticyclones et qu’un simple coup d’œil à une carte permet de voir à quelle distance se trouvent les dangers. Comprendre que la hauteur de la vague (puisque c’est elle qui fait foi sur notre autorisation d’être en mer ou non) n’est pas dépendante que de la force du vent mais aussi de sa durée d’action et de l’étendue sur laquelle il peut souffler.

Si l’on apprend en passant son permis qu’il n’est pas raisonnable de naviguer avec un carte routière, alors, apprenons aussi qu’il n’est pas raisonnable de se contenter des sentences météo édictées par le service public.

Ou alors contentons-nous des dictons. « Soleil en haubans dans le couchant, marin prépare ton caban », et advienne ce que pourra.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.