Vainqueur de la Transat Bretagne-Martinique, le Breton a mis le temps pour s'imposer sur le circuit Figaro.
Toujours placé, jamais premier. Erwan Tabarly a mis fin à dix années d'accessits au large dans la cour des grands mais sans victoire, en remportant dimanche la Transat Bretagne-Martinique, en Figaro Bénéteau. Le marin était jusque-là un exemple de régularité avec 11 participations à la Solitaire du Figaro, dont 9 arrivées dans le top 10, et 5 participations à la Transat en solitaire, avec une 2e place en 2009 et une 3e en 2011. Ce premier sacre, après près de 21 jours de course dont 10 en position de leader, concrétise donc de longues années de travail et d'acharnement. «Cette victoire, elle n'est pas seulement jolie, elle est aussi méritée», commentait son épouse à Fort-de-France.
L'avantage de l'expérience
«La voile, c'est comme le bon vin, les skippers s'améliorent en vieillissant!», s'est réjoui Erwan Tabarly. À moins que cette Transat, marquée par des vents forts au départ puis par une route inédite proche des côtes subsahariennes, n'ait été taillée sur mesure pour les marins les plus expérimentés dont faisait partie Tabarly. «Je n'apprécie pas les conditions rudes, nous a-t-il confié. Mais, s'il y en a, je me dis qu'au moins je sais que je vais bien gérer et que cela sera plus dur pour les autres que pour moi.» Justement la course s'est jouée lors du passage d'une dépression au large du Portugal. «Le lendemain matin, le vent a basculé et j'ai pu envoyer le spi lourd, qui m'a permis d'avancer à 13-14 noeuds, a précisé Erwan Tabarly. Ce n'est pas évident de revenir en mode course après être passé en mode sécurité dans la tempête. Mes concurrents semblent être restés prudents plus longtemps que moi. Je pense qu'ils sont restés sous solent pendant une douzaine d'heures supplémentaires, donc aux alentours de 11 noeuds. Forcément, cela a fait des dégâts et je me suis fait la malle.» Aux Canaries, le skipper comptait 60 milles d'avance sur ses rivaux, une performance exceptionnelle sur une course en monotypie. Sa tante, Jacqueline Tabarly, qui se souvient l'avoir houspillé pour qu'il soit plus mordant sur l'eau, avait le sourire aux lèvres dimanche à l'arrivée.
À deux pas de l'élégante dame, sur les pontons, les représentants de ses sponsors principaux, Armor Lux et Comptoir de la Mer, étaient heureux de voir leur protégé se faire un prénom au palmarès du circuit Figaro-Bénéteau. Mais de son côté, Erwan Tabarly assure ne pas être gêné par le poids de ses aînés. Son père, Patrick, est actuellement occupé par un tour du monde. «Il ne m'a jamais mis la pression et je n'ai pas senti le besoin de l'appeler en arrivant, par exemple.» Son oncle, Éric, jouait selon lui dans une autre catégorie. «J'ai de la chance de ne pas pouvoir être comparé avec lui, il est hors norme. Qui pourrait dire aujourd'hui : "Je vais faire mieux qu'Éric Tabarly?"» Le navigateur poursuit donc ses propres rêves et notamment le Vendée Globe 2016-2017. «J'espère qu'après avoir montré ce que je sais faire sur cette Transat, des portes vont s'ouvrir», conclut-il simplement.