
En quittant Gijón jeudi midi, les 40 concurrents se demandaient comment contourner la bulle anticyclonique du golfe de Gascogne.
Les mines étaient sévères en larguant les amarres à Gijón. La pluie n’ayant pas délayé les doutes. Pour les 436 milles de cette 3e étape de la Solitaire Éric Bompard Cachemire en direction de Roscoff, les interrogations des skippers trempaient ainsi dans le flou artistique. Nicolas Lunven (Generali), comme tous ses camarades, se triturait les neurones pour savoir comment aborder un énorme rond-point sur la route vers l’île d’Yeu, marque de parcours du Grand Prix GMF : « J’ai quelques idées mais il n’y a rien de définitif. Tout dépendra de l’évolution et de mon classement parmi la flotte. Il est certain que sur le parcours on ne peut pas être partout à la fois. L’idée est de gagner dans l’Ouest au début pour s’écarter d’une bulle sans vent qui sera vendredi au large de la Charente. Ce genre de bulle anticyclonique est parfois anarchique, avec des vents erratiques. Il faut donc un peu de marge car si tu tombes dedans, il ne reste plus qu’à prier ». Et cela sera trop tard pour le faire à la chapelle Sainte-Barbe en arrivant sur Roscoff dimanche soir au mieux. Le tour de Bretagne achevé.
La bouée Radio France enroulée, Vincent Biarnes (Prati Bûches) ayant été le plus prompt sur le furtif bain de début de course, devançant Julien Villon (Seixo Habitat), Gildas Morvan (Cercle Vert) et Michel Desjoyeaux (TBS), le large vers la celtitude pouvait ouvrir ses horizons. Un soleil timide venant réchauffer les ardeurs. Fidèle dans sa façon de se démarquer du troupeau, Jean-Pierre Nicol (Bernard Controls) avait choisi son bord alors qu’il glissait déjà dans une lenteur de cire : « Pour l’instant il n’y a pas vraiment de choix de trajectoire, même si je privilégie l’Ouest pour progresser dans la montée du golfe. C’est vraiment du petit temps et il nous tarde de sortir de cette molle tentaculaire. Cela va durer de longues heures pour passer de l’autre côté de la dorsale. Surtout que le vent va tourner dans tous les sens ». La patience pour l’impétueux était donc au programme : « C’est une longue course d’endurance, il va falloir être calme. Trouver les petits instants pour se reposer. La concentration devant être au maximum ».
La nuit, bercés par une houle lancinante, les marins auront l’œil fixé sur leur ordinateur de bord. Surveillant sur l’AIS la progression de tous, en scrutant surtout où couper le fromage. Sachant que dans les petits airs, il y a toujours des trous de souris.
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