
La contre-performance de Yann Éliès, suite à la rupture de son étai sur l’étape Gijón et Roscoff, a changé complètement la physionomie de la Solitaire. Frédéric Duthil prenant les commandes de la meute.
Il est 00 h 03’ 55’’ en ce dimanche de mi-juin en terre de Léon. Morgan Lagravière (Vendée) coupe la ligne d’arrivée devant le nouveau port de Roscoff-Bloscon. Dès cet instant, la corne de brume vient de faire basculer implacablement la clepsydre pour Yann Éliès (Groupe Quéguiner-Leucémie Espoir). Le Briochin sait depuis les Glenan que son hégémonie, elle aussi, a fait la culbute. Son étai ayant joué les filles de l’air au plus mauvais moment. Navigant au près dans des conditions exécrables, il avait prié pour toucher au plus tôt un vent portant et pour que les vagues assassines cessent de détruire encore plus son moral. A Roscoff donc, alors que le vainqueur du jour se soumet avec plaisir au premières interviews, Yann Éliès est encore à 13 milles. Et le vent mollit. Des mines réjouies viennent tour à tour de se poser sur les pontons. Nicolas Lunven (Generali), Xavier Macaire (Skipper Hérault), Fabien Delahaye (Skipper Macif 2012), Michel Desjoyeaux (TBS) et consorts, reviennent eux-aussi à l’envi sur les 60 heures de folie qu’ils ont vécu sur les 436 milles du parcours. Tous apprenant l’infortune de mer du leader incontesté après les deux premières étapes de cette Solitaire du Figaro-Éric Bompard Cachemire.
Morgan Lagravière, le nez dans le guidon toute la course, s’était douté de quelque chose. Revenant sur sa brillante prestation, il jugeait la situation à chaud : « Cette première victoire, je ne l’oublierai jamais. Gagner avec un tel plateau, c’est super. J’espère réitérer cela un de ces quatre. Cette étape était complexe. Ayant mené du début à la fin, sans faire beaucoup d’erreurs, je pense que je la mérite. J’ai terminé trois fois deuxième, mais là, ce n’est pas la même satisfaction. Cela va me mettre encore plus en confiance pour la suite des événements. Pour Yann, je l’avais entendu parler à la VHF avec Gilles, le directeur de course. Je me suis douté d’un incident. Pensant que cela n’était pas gravissime. En fait, je viens d’apprendre qu’il a pas mal de retrait. On verra ce que ça donnera. Revenir au classement est plutôt une bonne chose ». Il fait mieux que cela. Le voilà sur la deuxième marche du podium provisoire, derrière Frédéric Duthil (Sepalumic). 7e de l’étape, le Morbihannais avait tout d’abord un mot pour la vedette du jour : « Morgan a une vitesse de folie. Quand il est devant, il est sur-motivé.
C’est l’homme qu’il faut regarder pour le classement final. Avec Yann, c’est le plus rapide. Cela va être dur de les contenir ». Quant à sa nouvelle stature, il prenait cela avec le sourire : « Avec le P5, (le canal privé de l’épreuve sur la VHF. Tous les skippers entendent les questions posées sur le P4 mais pas les réponses. Ndlr ) on n’arrive pas trop à savoir ce qu’il se passe. J’étais étonné de voir Yann si loin ce matin alors qu’il était revenu à 3 milles de moi à l’île d’Yeu. Je trouve que c’est vraiment pas de bol pour lui. Mais bon, la chance tourne. Avant d’arriver à Roscoff, je me disais que cela allait être bien d’être deuxième au classement général avant le dernier parcours. Si vous dites que je vais porter le maillot jaune, je vais faire avec. Mais tout est possible cette année. Il va falloir gérer et il peut y avoir encore des grosses surprises. Des gros écarts en arrivant sur Dieppe ».
D’ici le départ jeudi pour la dernière étape, les concurrents vont pouvoir refaire leur dernière course avant de penser à la prochaine. Frédéric Duthil sait d’ores et déjà que ses adversaires seront comme une meute de loups derrière une vitrine, prêts à bondir. Lagravière à 29 minutes, Éliès à 32, Macaire à 45, Yoann Richomme (DBLC) à une heure. Autant d’hommes qu’il ne pourra pas contenir quand les attaques débuteront. Cela sera une toute autre histoire.