
Arrivé aux dernières heures de la nuit guadeloupéenne, le skipper de Nautipark termine en vainqueur sans partage de cette Mini Transat îles de Guadeloupe. Malgré un arrêt imprévu aux abords de Saint-François, suite à la rencontre fortuite d’une ligne de casier de pêcheur, Frédéric Denis a pu terminer en toute sérénité une étape maîtrisée de la tête et des épaules.
Après avoir été reçu par les édiles de Guadeloupe et de Pointe-à-Pitre au pied du Mémorial Acte, il a pu répondre aux questions des nombreux journalistes venus l’interroger avant de rejoindre la marina de Bas du Fort.
Interview autour du premier vrai repas du skipper depuis son départ de Lanzarote.
Qu'avez-vous ressenti lors de votre arrivée ?
Je ne réalise pas encore que j’ai gagné la Mini Transat. C’est un peu irréel, c’est quelque chose qui s’arrête comme ça tout d’un coup. Tu es là, tu es en mer en approche de la ligne d’arrivée et tout d’un coup, tu es entouré de bateaux qui te bombardent de flash, de lumières qui t’aveuglent. Toi, tu voudrais voir les gens qui sont là et tu ne vois rien. C’est un peu pour ça que j’ai fini sous foc et grand-voile alors que j’aurais pu être sous spi. Finir à vitesse lente comme ça, c’était en quelque sorte mon sas de décompression. Mine de rien, c’est une transition assez violente… Bien sûr, tu es content, tu es fier, mais j’ai l’impression que c’est maintenant que je vais pouvoir goûter ce bonheur-là.
Vous avez été sur un rythme incroyable ?
A l’inverse de la première étape, on n’a pas eu de temps d’adaptation. On est parti sous spi et d’emblée on surfait à près de 15 nœuds, avec en plus une mer "dégueulasse" à gérer. Sur la première étape, c’est monté en puissance progressivement. Là, il fallait être dans le match tout de suite. C’était quand même vraiment bourrin… on est parti un peu trop vite. J’ai fait deux départs à l’abattée dans la même journée, mais ça ne m’a pas calmé (rires). En fait, j’ai cassé pas mal de petites choses, mais rien qui ne m’a fortement pénalisé. Après, il faut aussi un peu de chance. Mon plus gros handicap, ça a été la perte de mon aérien qui m’a obligé à barrer plus que je n’aurais voulu. Mais, il ne faut pas se leurrer, tu passes régulièrement à faire une heure de bricolage par ci, par là. »
La préparation technique du bateau a joué son rôle ?
J’avais l’avantage d’une part d’avoir beaucoup travaillé sur les améliorations que l’on pouvait faire, mais aussi d’avoir bénéficié des conseils d’Antoine (Roux) et de Gwénolé (Gahinet) qui avaient été les deux précédents skippers du bateau. C’est vraiment un travail à trois qui a été très productif. Je n’avais pas cette culture du prototype, ils ont été particulièrement précieux. L’objectif, c’était de repartir sur la même base et de voir ce qu’on pouvait améliorer après accord entre l’architecte Henri-Paul Schipman, Gwéno et Antoine. Ils sont venus naviguer sur le bateau. Ils m’ont délivré un vrai monde d’emploi du Mini qui m’a permis d’être à niveau en si peu de temps.
Comment gère-t-on le doute sur une épreuve comme celle-là ?
Ce n’est pas le plus simple. Je dois encore progresser dans ce domaine. La meilleure méthode que j’ai trouvée, c’était d’aller dormir, retrouver de la lucidité. Après, il y a eu le matin du 4 novembre où j’ai eu des soucis de grand-voile (je ne pouvais plus la monter en tête), plus la perte de mon aérien. Je me suis posé la question de savoir si je ferais escale au Cap-Vert.
Quels enseignements allez-vous tirer de cette Mini ?
Beaucoup de choses… déjà, sur moi-même, je n’étais jamais allé aussi loin. J’ai vraiment trouvé mes limites. C’est étonnant : j’ai eu des moments euphoriques, des moments dépressifs. Si tu as des bases, c’est le meilleur moyen de devenir bipolaire. Tu reviens sur terre, tu es à peu près toi-même, mais sur l’eau c’est différent. On a un côté animal sur ces bateaux : à l’intérieur tu vis dans deux mètres carrés, mais qui n’arrêtent pas de te secouer dans tous les sens.
Quel est la suite du programme ?
Je vais commencer par goûter cette victoire. J’ai envie de projets au large et qu’il y ait une bonne dose de technique à gérer. C’est mon côté ingénieur qui ressort. Il faut juste que j’atterrisse. Je n’oublie pas qu’on a eu des conditions incroyables… ça va nous faire des jolis souvenirs avec les copains. J’ai hâte de les accueillir.