
Les 28 concurrents encore en course pour le Vendée Globe poursuivent leur grande descente de l'océan Atlantique. Les leaders sont déjà dans l'hémisphère sud et profitent d'un alizé de sud-est bien établi ; leur objectif est de contourner l'anticyclone de Sainte-Hélène pour conserver suffisamment de vent dans leur route en direction du Cap de bonne espérance. Les poursuivants sont encore sous l'influence du "pot au noir" avec une succession d'orages et de zones de calme qui mettent les marins à rude épreuve.
Dès le XVème siècle, les navigateurs portugais ont profité des alizés pour traverser l'Atlantique et partir à la conquète du nouveau monde. Jusqu'au XIXème siècle, ils ont joué un rôle majeur dans les échanges commerciaux de la marine d'où le terme de trade winds utilisés par les anglais. Ces alizés présentent l'avantage de souffler tout au long de l'année sur les régions intertropicales (entre le 23°N et le 23°S). Ils soufflent du nord-est vers le sud-ouest dans l'hémisphère nord et du sud-est vers le nord-ouest dans l'hémisphère sud. La zone de rencontre de ces deux alizés est appelée zone de convergence intertropicale et correspond à l'équateur météorologique. Cette dernière fluctue selon les saisons, se situant vers le 10°N en été et vers le 5°S en hiver.
Comment vont se comporter les alizés? Telle est la question que se posent tous les navigateurs, qu’ils soient professionnels ou amateurs, lorsqu’ils entreprennent une traversée de l’Atlantique nord vers l’Equateur ou les Antilles. Dans les meilleures conditions, les alizés soufflent de manière régulière à 20-25 nœuds. Mais ce n’est pas toujours le cas, ils peuvent aussi être très instables, avec des variations de 100 degrés dans leur orientation et des rafales de vent pouvant monter jusqu’à 45 nœuds. «Avec les alizés, il y a deux scénarios, explique Pascal Scaviner, responsable du service prévisions pour Météo Consult-La Chaîne Météo. Les navigateurs se trouvent soit dans une autoroute où ça roule bien, c’est-à-dire avec des alizés porteurs, soit sur une nationale avec des feux, des ralentissements et parfois des accidents, c’est le cas des alizés instables».
Car s’ils sont bien connus pour leur action favorable, les alizés peuvent également s’avérer dangereux et destructeurs. «Le danger dans des régimes d’alizés, c’est d’avoir un temps instable avec des grains, précise Pascal Scaviner. On peut alors être subitement confronté à des rafales à 45 nœuds au cours de la nuit qui sont capables de déchirer les voiles». Raison pour laquelle les amateurs qui désirent naviguer jusqu’aux Antilles préfèrent une traversée au cours de l’hiver. Ces vents sont généralement porteurs à la saison hivernale, et plus instables l’été avec de fréquents orages. Accident ou pas, ces vents instables obligent surtout le navigateur à effectuer beaucoup de manœuvres pour repositionner le bateau dans le droit chemin. Si la traversée n’est donc pas impossible l’été, le navigateur doit tout de même s’attendre à mettre deux fois plus de temps. Autre détail d’importance dans cette route qui passe par les Canaries, l'influence des reliefs : l’idéal est de passer entre des îles au relief très réduit afin de bénéficier du vent. Les îles au relief élevé créent des zones de dévente, des zones sans vent dans lesquelles la traversée est ralentie.
Un alizé de sud-est modéré sur la route des skippers du Vendée Globe
Entre l'Equateur et le 15°S, l'alizé de secteur est-sud-est souffle entre 15 et 20 noeuds ce qui permet aux navigateurs de progresser au travers à bonne allure et de passer au large des côtes brésiliennes. Il leur faudra ensuite opérer un virage vers le sud-est en naviguant en bordure ouest de l'anticyclone de Saint-Hélène. Il semble que cet anticyclone soit positionné très sud ce qui va les obliger à faire un détour sur leur route en direction du large de l'Afrique du Sud.