Transat en double : une navigation délicate et stratégique vers les Canaries

Course au large
Lundi 17 mai 2021 à 17h20

Au large des côtes marocaines, les 14 duos qui composent le groupe de tête de la Transat en Double – Concarneau – Saint-Barthélemy filent sous spi vers l’archipel des Canaries. La nuit prochaine s’annonce délicate, avec du vent fort et sans lune. La plus grande vigilance s’impose pour éviter les sorties de piste et ne pas subir de casse. Comment les Figaro Bénéteau 3 vont-ils se comporter dans la durée avec des conditions si compliquées ? C’est la question que tout le monde se pose, y compris les marins…

©Jean-Baptiste D'Enquin / La Transat en double
Au large des côtes marocaines, les 14 duos qui composent le groupe de tête de la Transat en Double – Concarneau – Saint-Barthélemy filent sous spi vers l’archipel des Canaries. La nuit prochaine s’annonce délicate, avec du vent fort et sans lune. La plus grande vigilance s’impose pour éviter les sorties de piste et ne pas subir de casse. Comment les Figaro Bénéteau 3 vont-ils se comporter dans la durée avec des conditions si compliquées ? C’est la question que tout le monde se pose, y compris les marins…

« On s’attend à vivre la nuit la plus compliquée de ce début de course. » Pierre Quiroga (Skipper Macif) donne le ton. Les 18 duos de la Transat en Double ont déjà connu des nuits difficiles en début de course, à cause de l’inconfort et de l’humidité liés à une navigation au près. La nuit prochaine, la donne sera différente. Dans un vent de nord/nord-est de 25 à 30 nœuds, la difficulté concernera davantage la conduite du bateau, beaucoup plus difficile à appréhender sous spi et à haute vitesse. À ces allures, les départs au tas peuvent coûter très cher. Pour les guider dans la nuit, les marins ne peuvent pas compter sur la lune. Noir c’est noir. « On n’y voit rien du tout », résume efficacement Gildas Mahé (Breizh Cola).

Le Figaro Bénéteau 3 change la donne : « On cherche un peu nos marques »

« Nous avons fait pas mal de départs au lof, ce qui n’est jamais bon pour le spi en début de transat », raconte Pierre Quiroga. « Il faut s’adapter aux nouveaux safrans, trouver d’autres réglages. Il faut aussi s’adapter au poids du bateau, qui est très lourd. On cherche un peu nos marques. » C’est en effet la première fois que le Figaro Bénéteau 3 est le support de la Transat en Double et cette 15e édition est donc marquée par une grande part d’inconnue. Les marins découvrent la gestion de la machine sur la durée. Jusqu’à quel point les bateaux et les skippers peuvent-ils encaisser les efforts ? À partir de quand faut-il opter pour des choix plus conservateurs ? Les réponses à ces questions dépendront de l’état d’esprit et de la forme de chaque duo. Les Figaristes, réputés pour « bourriner », devront peut-être oublier certaines habitudes. Cette nuit, il est probable qu’ils prennent des ris dans la grand-voile, voire passent sous petit spi.

Le passage des Canaries : « Un choix cornélien »

Côté stratégie, les concurrents se creusent la tête. « C’est un lundi studieux à bord, on passe pas mal de temps à chercher la meilleure trajectoire pour aller vers les Canaries. Le contournement d’une zone anticyclonique est toujours un jeu dangereux alors on essaye d'en tirer profit sans se faire piéger », écrit Julien Villion (TeamWork). « Le choix de route est bien cornélien et pas facile à prendre mais on suit l'évolution depuis quelques jours pour ne rien rater », indique pour sa part Gildas Mahé (Breizh Cola). Ce qui préoccupe les duos actuellement, c’est de trouver la manière la plus efficiente de composer avec ce waypoint de La Palma, marque de parcours obligatoire à laisser à tribord. Chaque duo a plusieurs scénarios en tête, qui seront prochainement affinés en fonction des dernières actualisations de la météo, notamment dans l’archipel des Canaries où les effets de site peuvent être très marqués. D’autres paramètres entrent en compte pour établir la stratégie. Une dimension sécuritaire, tout d’abord, en évitant autant que faire se peut de subir des conditions trop extrêmes. L’observation des trajectoires des autres concurrents est également primordiale et peut avoir une influence. Demain matin, on devrait en savoir davantage sur les intentions précises des uns et des autres. Ce soir, les classements sont à nuancer car les bateaux plus à l’ouest, plus proches de l’orthodromie (route directe) sont nécessairement favorisés.

Une flotte étalée sur plus de 160 milles, coup de chapeau aux amateurs

La flotte s’étire chaque jour un peu plus et l’écart entre les leaders et les derniers se porte ce soir à plus de 160 milles. Les duos qui ferment la marche méritent d’être salués car ils sont composés d’amateurs qui ne font pas de la course au large leur métier. « On n’est pas trop déçus de ce qu’on fait pour l’instant », expliquent Nicolas Bertho et Romuald Poirat (Kriss-Laure). « C’était difficile de prendre le rythme au départ par rapport aux professionnels. Le cap Finisterre a été compliqué pour nous mais nous sommes depuis bien repartis. » Pour Jérôme Samuel et Nicolas Salet (Erisma – Groupe SODES – Fondation Tara Océan), le bilan est très positif : « L'objectif de cette transat est en priorité de finir, ce qui serait une première pour nous en course, avec si possible quelques pros derrière nous. La magie de cette épreuve est justement de permettre à des amateurs éclairés de se confronter aux meilleurs marins. »

Le pointage de 17h00

1. Région Normandie (Alexis Loison / Guillaume Pirouelle)

2. Breizh Cola (Gildas Mahé / Tom Dolan) à 0,3 nm

3. (L’égoiste) - Cantina St Barth (Eric Péron / Miguel Danet) à 1 nm

4. DEVENIR (Violette dorange / Alan Roberts) à 3,9 nm

5. Teamwork (Nils Palmieri / Julien Villion) à 4 nm

6. CYBELE VACANCES TEAM PLAY TO B (Pep Costa / Will Harris) à 4,4 nm

7. Quéguiner - Innovéo (Tanguy Le Turquais / Corentin Douguet) à 5,2 nm

8. Bretagne – CMB Océane (Elodie Bonafous / Corentin Horeau) à 5,4 nm

9. Skipper Macif (Pierre Quiroga / Erwan Le Draoulec) à 6,2 nm

10. Gardons la vue (Martin Le Pape / Yann Eliès) à 7 nm

11. Groupe Gilbert (Fabien Delahaye / Anthony Marchand) à 8,2 nm

12. GUYOT Environnement – Ruban Rose (Pierre Leboucher / Thomas Rouxel) à 9,5 nm

13. Bretagne – CMB Performance (Tom Laperche / Loïs Berrehar) à 10 nm

14. MonAtoutEnergie.fr (Arthur HUBERT / Clément Commagnac) à 23,5 nm

15. RLC Sailing (Estelle Greck / Laurent Givry) à 50,7 nm

16. ERISMA GROUPE SODES – Fondation TARA OCEAN (Jérôme Samuel / Nicolas Salet) à 106 nm

17. INTERACTION (Yannig Livory / Erwan Livory) à 149,3 nm

18. KRISS-LAURE (Nicolas Bertho / Romuald Poirat) à 163,2 nm

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
François Tregouet
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.