
Comment fonctionne la direction de course ?
« L'équipe se compose d'un directeur, accompagné par deux adjoints, et de cinq personnes dédiées à la logistique mer, qui accueillent les marins, s'occupent des bouées, des balises et de tout ce qui permet à la compétition de bien se dérouler sur l'eau. Elles assurent un travail permanent pour que ce soit bien huilé. A la direction de la course, on se répartit entre terre et mer. Le directeur adjoint à terre fait les ETA (estimated time of arrival), les alertes, et fait le relais sur les incidents qui ont lieu. Il a un rôle essentiel, dans la mesure où il dispose aussi de toutes les informations pour mener une opération de sauvetage, un remorquage ou tout autre événement de mer. Il est un relais incontournable et central. »
En quoi consiste le dispositif des bateaux accompagnateurs ?
« C'est d'abord un gage de sécurité renforcée au regard du fait qu'il y a des jeunes bizuths, des passages au ras des cailloux, des incidents, comme le filet de pêche qui s'est coincé dans la quille d'un concurrent sur la première étape. Au-delà, les bateaux accompagnateurs assurent la transmission des bulletins météo par la VHF, et des classements deux fois par jour. Le dispositif repose sur trois bateaux afin que tous les concurrents, ceux de tête comme ceux de l'arrière, disposent des mêmes informations au même moment. C'est un gage d'équité sportive. Quand la flotte est trop éclatée et que certains solitaires ne sont pas à portée de VHF, la direction de course à terre prend le relais et les contacte par téléphone iridium.
Ce dispositif s'explique aussi par le format unique de La Solitaire, la seule course humainement envisageable sans trop de sommeil. Un skipper du Vendée Globe dort dix fois plus par jour qu'un skipper de La Solitaire du Figaro. Sur certaines étapes, les marins se mettent vraiment dans le rouge. Être en mer avec eux permet de rester en veille et de sentir cette fatigue. »

Justement comment cette veille sur la flotte est-elle assurée ?
« Cette surveillance continue, H24, est d'abord auditive. En mer, le directeur a la table à carte à 30 cm de sa bannette et la VHF à 30 cm de son oreille. Sur les étapes, il ne dort pas beaucoup et vit au rythme des marins. En mer, il n'y a pas de notion de quart, dans la mesure où l'un des enjeux est de sentir l'ambiance de la flotte pour savoir quand rester en alerte. Il s'agit d'écouter la voix des marins, qui permet de déceler tout de suite s'il y a un problème, s'il y a de la tension. C'est fondamental de connaître et rester à l'écoute des marins. »
Quel premier bilan sportif tirez-vous de ces deux premières étapes ?
« Pierre Quiroga a été impressionnant en signant deux étapes vraiment fortes avec une 1ère manche de 2e et une autre de vainqueur, en faisant sa propre route, de manière très décomplexée, devant un plateau de folie. Certains sont beaucoup plus à l'aise dans la gestion des systèmes météo que dans la conduite pure du bateau. Ils ont hâte de pouvoir s'exprimer sur la troisième étape, qui va être plus tactique. Les deux premières étapes étaient plus axées vitesse et technique, avec de petits coups à jouer, notamment au niveau du passage des îles anglo-normandes mais cela s'est beaucoup joué sur la vitesse ».
Et du côté des avaries ?
« Il y a eu plusieurs collisions avec des ofnis (objet flottant non identifié) qui ont endommagé les safrans de Violette Dorange (Devenir) et Corentin Horeau (Mutuelle Bleue pour l'Institut Curie) ou les foils de Benoît Mariette (Générations Senioriales), pas mal de soucis d'électronique, notamment à cause des navigations au vent de travers très rapides mais également très humides lors de la première partie de la deuxième étape. Benoît Mariette (Générations Senioriales) et Xavier Macaire (Groupe SNEF) en ont notamment fait les frais mais il y en a eu d'autres. La partie informatique a bien souffert sur ces deux premières étapes. Il y a eu aussi des voiles abîmées, des spis explosés, des casquettes endommagées, des bouts qui ont lâché...Il faut se rappeler que ces deux étapes étaient ventées, rapides ! »
Et du côté humain ?
« Ces deux grosses étapes ont épuisé les marins qui sont arrivés parfois extrêmement fatigués. L'un de nos rôles est alors de nous assurer qu’ils parviennent bien à ramener leur bateau au ponton une fois qu'ils ont passé la ligne. Nous prenons en charge les plus fatigués que nous guidons parfois jusqu'au port, car ils ne savent plus du tout où ils en sont ».
Et côté bizuth, que peux-t-on dire ?
« Gaston Morvan (Bretagne – CMB Espoir) domine pour l'instant. Il a été bercé dans l'univers de La Solitaire du Figaro depuis sa plus tendre enfance. Il a un gros bagage technique, c’est pour cela qu’il domine les autres bizuths. Il reste à voir comment il va se comporter sur la prochaine étape qui s'annonce plus ouverte. Elle sera un bon test pour voir la polyvalence de ces nouveaux marins ».
