L'Australienne Lisa Blair a fait le tour de l'Antarctique en 92 jours

Course au large
Mercredi 25 mai 2022 à 11h30

Quand on part d’Europe, faire le tour de l’Antarctique revient à faire le tour du monde. Mais pour les Australiens, c’est un voyage en soi, dont le temps de référence était la propriété du russe Fedor Konyukhov depuis 2008 en 102 jours. Accueillie en héroïne par toute une ville et ses proches soulagés, la skipper australienne sur son monocoque de 50 pieds « Climate Action Now » boucle enfin l’histoire qui l’a mobilisée pendant tant d’années.

©Corrina Ridgeway
Quand on part d’Europe, faire le tour de l’Antarctique revient à faire le tour du monde. Mais pour les Australiens, c’est un voyage en soi, dont le temps de référence était la propriété du russe Fedor Konyukhov depuis 2008 en 102 jours. Accueillie en héroïne par toute une ville et ses proches soulagés, la skipper australienne sur son monocoque de 50 pieds « Climate Action Now » boucle enfin l’histoire qui l’a mobilisée pendant tant d’années.

Lisa Blair est revenue ce matin, mercredi 25 mai, à son port de départ, Albany dans le Sud de l’Australie, battant de 10 jours le précédent record. À l’exploit sportif, elle associe la recherche scientifique, prélevant tous les jours des échantillons d’eau de mer pour étudier la présence de microplastiques en relation avec l’Australian Institute of Marine Science. Connu sous le nom de « Tour du monde glacé », les conditions les plus extrêmes, que seul le grand Sud peut offrir, ont pourtant été le lot quotidien de la skipper tout au long des 16 515 milles nautiques parcourus. L’Australienne en avait déjà fait l’amère expérience en 2017 lors de sa première tentative. Démâtant violemment, loin au large (1000 milles) de l’Afrique du Sud, elle rejoint Cape Town sous gréement de fortune. N’écoutant que son courage, elle reprend la route une fois son voilier réparé et revient à son point de départ 183 jours plus tard.

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Une passion tardive mais dévorante

Mais la trentenaire, elle est née en 1983, venue à la voile sur le tard à l’âge de 22 ans, est du genre persévérante. Il faut dire que l’ancienne étudiante en Arts de la Southern Cross University sur la Gold Coast Australienne, à 200 km au Sud de Brisbane, a pour références : Sir Robin Knox Johnston, Jesse Martin ou encore Dee Caffari. Soit dans l’ordre, le premier, puis le plus jeune, à avoir réalisé le tour du monde en solitaire et sans escale, et la première femme à l’avoir réalisé à l’envers, d’Est en Ouest contre les vents et courants dominants. Mais l’ambitieuse jeune femme ne se contente pas de littérature et n’hésite pas à se confronter aux dures réalités de ce sport, en s’engageant dans la Clipper Round the World Race 2011/2012. Elle réalise donc un premier tour du monde en équipage sur cette course pour amateurs éclairés, créée par son mentor Robin Knox Johnston. Lisa a ensuite travaillé pour la célèbre équipe Imoca "Hugo Boss" d'Alex Thomson, passé ses brevets de skipper et écumé les eaux de Sydney Harbour sur les anciens voiliers australiens de la Coupe de l’America tel le 12MJI Kookaburra de 1987.

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Un livre pour conjurer le passé

Après sa première tentative homérique mais qui aurait pu lui être fatale, Lisa Blair enchaîne sans délai et en solitaire par un tour de l’Australie en 58 jours. Elle participe ensuite avec un équipage 100% féminin à la mythique Sydney Hobart Avec Jackie Parry, elles forment le premier duo féminin à finir la course en double entre Melbourne Hobart. Enfin, pour garder et partager une trace de son parcours peu commun, elle rédige un livre paru en novembre 2020 : Facing Fear (disponible en anglais uniquement). Mais après plus de 80 000 milles parcourus, l’Australienne n’est pas rassasiée et elle a même une histoire à finir avec l’Antarctique. Aussi, dès 2021 commence-t-elle à se préparer à une nouvelle navigation en solitaire à bord de l’indestructible « Action Climate Now ». Sur les plans de son compatriote Robert Hick, il a été construit en 2003 et finira cette même année sur le podium (3ème) de la Melbourne to Osaka Yacht Race. Solidement construit en sandwich verre-balsa-polyester, c’est le bateau « sûr et marin pouvant aller n'importe où et faire n'importe quoi » qu’il fallait à Lisa pour ses aventures.

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La route du record et la trace de Lisa Blair en 2017© Lisa Blair Sails the world

La deuxième tentative sera la bonne

Elle a donc quitté une nouvelle fois Albany le 21 février dernier, plongeant plein Sud pour rejoindre le 45ème parallèle. C’est entre cette latitude et les soixante degrés Sud qu’il lui fallait naviguer pour que son record soit homologué. Laisser l’Antarctique à tribord et les trois caps de légende, Leeuwin, Cap Horn et Cap de Bonne Espérance à bâbord, sont les seules marques de parcours à respecter avant qu’elle ne recroise sa route et puisse remonter vers son port de départ. Mais que d’épreuves elle aura dû surpasser pour en arriver là, entre températures glaciales descendant jusqu’à 5 degrés malgré l’été indien, vents violents atteignant parfois cinquante nœuds amenant le bateau jusqu’à se coucher sur l’eau. Le gréement a finalement tenu, mais Lisa est restée attentive jusqu’au bout ? Sa bôme notamment n’est pas ressortie indemne des nombreux Knock-down subis, elle présente quelques fissures. Franchir le Cap Horn le 06 avril a été une étape forcément importance de ce voyage. Mais dépasser le 25 avril la longitude à laquelle elle avait démâté en 2017 a été un encore plus grand soulagement pour la navigatrice. Ce d’autant plus que quelques jours auparavant, dans 45 nœuds de vent, elle avait dû réparer son pilote automatique principal. Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule elle possédait alors une semaine d’avance sur le temps du record. Si voir son bateau surfer à plus de 28 nœuds reste un merveilleux souvenir, l’amoureuse de la nature, dont la défense est son combat retient avant tout la majesté des oiseaux du Sud, les bancs de dauphins dans le Pacifique et les étoiles magnifiques dans le noir absolu.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
François Tregouet
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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