Vendée Globe : récit d'une nuit agitée

Avantage aux « sudistes »Rafales à plus de 40 nœuds, mer croisée… Les conditions de la nuit ont été fidèles aux prévisions. Avant le passage de ce front redouté, la flotte s’était déjà divisée en deux groupes : ceux qui ont décidé d’aller à la rencontre du vent fort et ceux, plus prudents, qui ont longé les côtes espagnoles afin de bénéficier de conditions plus clémentes. Et ce matin, ce sont eux, les « sudistes » qui mènent au classement.
« Nous n’avons pas de bateaux à foils, notre idée s’était d’aller loin du front et de prendre moins de risques », confie Benjamin Dutreux (OMIA – Water Family) dans la matinée, lui qui est actuellement 2e du classement. À ses côtés, on retrouve Maxime Sorel (1er, V and B - Mayenne) et Jean Le Cam (3e, Yes We Cam!), eux aussi à bord de bateaux à dérive droite. À noter que ce groupe compte également un foiler et pas n’importe lequel : Nicolas Troussel. Le skipper de CORUM L'Épargne, en tête en début de course, est l'un des seuls foilers à avoir suivi cette option.
À l’Ouest, une nuit de costauds
Il a fallu s’accrocher, toute la nuit, pour ceux qui ont choisi l’ouest avant de virer vers le sud. « J’ai eu le mal de mer pour la première fois de ma vie. C’était sans doute le stress de passer ce front puissant », confie Sébastien Simon. Le skipper d’ARKÉA PAPREC, réalise une belle opération, lui qui s’est rapproché à moins de 20 milles de Thomas Ruyant (LinkedOut), qui mène toujours ce groupe. Le Nordiste est d’ailleurs le premier à avoir viré de bord pour mettre le cap au sud. Derrière, Louis Burton (Bureau Vallée 2) a fait de même alors qu’Armel Tripon (L’Occitane en Provence) a été contraint de rebrousser chemin. Un peu plus loin, quatre « foilers » - Alex Thomson (HUGO BOSS), Charlie Dalin (Apivia), Kevin Escoffier (PRB) et Boris Hermann (Seaexplorer - Yacht Club de Monaco) – s’apprêtent eux aussi à faire la bascule vers le sud dans la journée.
Isabelle Joschke a joué la prudence
Elle l’avait annoncé et elle l’a fait. Hier, lors des vacations, la navigatrice de MACSF expliquait : « J’ai l’intention d’être prudente et d’aller dans des conditions que je considère comme maniables. S’il faut prendre une autre route que les autres, je le ferais. » À minuit, Isabelle Joschke a donc décidé de virer de bord vers les côtes espagnoles afin d’éviter le « gros » de la dépression.
Alexia Barrier : « c’est un peu la guerre »
« Moi aussi, j’ai hésité à prendre cette option-là parce que le front me faisait flipper », raconte Alexia Barrier. Mais à bord de 4myPlanet, elle a finalement décidé de mettre le cap à l’ouest, elle qui est à plus de 170 milles plus au nord par rapport à l’actuel leader, Maxime Sorel. Pourtant, sa matinée est loin d’être de tout repos. « C’est un peu la guerre, j’ai 30 à 35 nœuds de vent, 2 à 3 mètres de creux », explique-t-elle lors des vacations à 5 heures du matin. « Mais je suis prête à bondir sur le pilote s’il y a besoin. Moi je n’ai pas de casquette, alors il y faut être prête constamment ! »
Armel Tripon se détourne vers La Corogne
Armel Tripon a décidé de mettre le cap sur les côtes espagnoles. Le skipper de L’Occitane en Provence a subi la casse du hook de son J3 dans la nuit. « La voile est tombée à bord mais elle est récupérable, il y a des travaux à faire », explique la direction de course. Il a été décidé avec son équipe qu’Armel Tripon se rapproche de La Corogne afin de se mettre au mouillage et de réparer seul, à proximité des côtes. Armel Tripon faisait partie des premiers à avoir viré de bord vers l’ouest, hier, aux côtés de Thomas Ruyant (LinkedOut) et de Louis Burton (Bureau Vallée 2).
Fabrice Amedeo, du soutien populaire avant de reprendre la mer
C’est l’une des belles nouvelles de la nuit. À 22h10, Newrest - Art et Fenêtres a appareillé du ponton de Port-Olona avant de repartir en mode solitaire à 23h15. L’équipe technique s’était affairée pendant deux jours et demi à réparer une fissure de 6 cm sur le mât et à changer le hook. Sur le chenal, de nuit, Fabrice Amedeo a pu bénéficier de nombreux applaudissements des riverains. « Il y avait du monde des deux côtés du chenal, c’était vraiment super. J’étais très touché, ça me booste pour la suite. On a besoin de l’énergie des gens pour partir autour du monde et là ça y est, je suis prêt. » À 5 heures du matin, Fabrice Amedeo était à 570 milles du leader, Maxime Sorel.
Clarisse Crémer "au bout du rouleau"
"La nuit n’a pas été très rigolote. Il y a eu beaucoup de vent, j’ai eu 49 nœuds en rafale et 45 établis. C’était pas très drôle. Je suis un peu au bout du rouleau, je n’arrive pas à renvoyer mes voiles. J’avais un peu le mal de mer je crois, je n’ai pas réussi à manger. Le moral n’est pas au top niveau mais je m’en suis sortie sans encombre donc c’est positif mais je suis totalement cramée. Je fais profil bas. Je vais essayer de me reposer mais je n’arrive pas à dormir ni à manger. On s’en serait bien passé de cette nuit…
J’avoue que je serais bien plutôt passée au sud mais le temps que je prenne la décision c’était trop tard. Je n’ai pas eu le temps de faire un vrai check encore donc je ne sais pas exactement si tout va bien sur mon bateau. J’ai cassé un truc débile le deuxième jour dans mes drisses donc là je suis un peu bloquée au niveau des voiles. Il faut que j’aille réparer tout ça au pied de mât. Le bateau va mieux que moi en tout cas… Là il faudrait que je renvoie les ris et le grand gennak mais je n’en suis physiquement pas capable, je vais plutôt me reposer. Ça a sacrément molli mais il y a un peu de mer encore. Ça bouge pas mal, mais plus on va partir vers le sud moins il y aura de mer. Ça va mais je suis vraiment épuisée, je me fais un peu peur à être cramée comme ça."