Jérémie Beyou transperce l'océan Indien

Cette séquence est la toute première au cours de laquelle s’exprime la pleine puissance des foilers de dernière génération, sur un temps plus long que les runs de vitesse de L’Occitane en Provence, qui a démontré son excellence dans les surfs. Sur une mer relativement plate, dans 20 nœuds de vent et à 120° de ce vent de Sud-Ouest qui pousse la flotte vers l’Est, la destination du moment, et ce jusqu’au cap Horn, Charal cavale, avale et déboule avec pour espérance d’intégrer d’ici les Sables-d’Olonne la première moitié du classement.
Rien n’a été épargné au favori. La première banderille, plantée dans le flanc de la bête de course le 11 novembre, a provoqué un retour aux Sables pour réparation. Une poulie de renvoi d’écoute, un choc avec un OFNI et la casse d’une bastaque (câble qui soutient le mât par l’arrière), vraisemblablement causée par la première avarie qui a fait des éclats de carbone devenus des armes par destination ont provoqué le retour de Charal au port, pour trois jours de réparation. Et, pas moins que la tête de la course, qui avait déjà bien avancé, Jérémie Beyou n’a profité de systèmes météo favorables pour l’aider à revenir, jusqu’au cap de Bonne-Espérance.
Huit de passés
Depuis son entrée dans l’océan Indien, le triple vainqueur de La Solitaire du Figaro a effacé huit concurrents encore en course. Et depuis cette nuit, il occupe la 19e place. S’il est encore loin de ce qu’il pouvait espérer en s’élançant le dimanche 8 novembre à 14h20, le favori de ce Vendée Globe marie désormais l’idée de la performance à la dimension aventurière du Vendée Globe, dont il n’avait jusqu’alors pas imaginé qu’il puisse y être confronté.
A la latitude de 46°S, Charal est toujours dans l’axe de l’île Stewart, la pointe méridionale de la Nouvelle-Zélande, située à 1 300 milles de là. Mais son premier objectif sera de rejoindre la longitude de la Tasmanie, 500 milles droit devant, pour entrer dans le Pacifique et écrire une nouvelle page de son épopée.
La belle séquence devrait se prolonger un petit peu. Ce vendredi 25 décembre, Jérémie Beyou avançait encore à belle allure à l’arrière d’un petit anticyclone dans son Nord-Ouest et à l’avant de l’avant-front d’une dépression qui pousse depuis le Sud-Ouest.
Attention, dépression !
Si le skipper de Charal reste encore très haut, c’est sans doute parce qu’il se refuse à aller mettre le museau dans les vents forts de la dépression qui arrive dans son Sud et qui se déplace à belle allure. Dans 48 heures, selon les fichiers météo disponibles à cette heure, cette dépression va venir se tasser contre l’anticyclone qui protège la Nouvelle-Zélande et la Coupe de l’America. Entretemps, Charal n’aura pas eu d’autre choix qu’entrer dans l’arène, et d’en sortir par l’arrière. Là, la mer sera plus perturbée, et Jérémie Beyou devra un peu patienter.
Joint à la vacation du matin, Jérémie Beyou anticipait déjà la situation : « J’espère tout de même qu’après que le front nous aura dépassé, la mer ne sera pas trop croisée. Cela devrait tout de même me faire déborder la Tasmanie et ainsi entrer dans le Pacifique, mais cette dépression que l’on voit sur les fichiers météo depuis plusieurs jours n’est pas vraiment attrayante : on va prendre 40 nœuds avec des rafales à 50 nœuds ! Et un peu vent de travers au début. Mon objectif reste toujours le même : passer le cap Horn avec un bateau en bon état. En n'étant pas trop loin du groupe qui est devant moi actuellement : Pip Hare, Arnaud Boissières et Alan Roura. Après dans la remontée de l’Atlantique, il y aura des places à se faire… »
En ce jour de Noël, le solitaire a reçu des messages qui font chaud au cœur : son partenaire de transat Christopher Pratt, Yann Eliès, ami-rival de toujours, Franck Cammas et le vainqueur du Vendée Globe 2016, Armel Le Cléac’h, lui ont apporté leur soutien. Aucun n’ignore la souplesse dont doit faire preuve leur « pote » pour tolérer le grand écart qui s’impose à lui, entre ses ambitions de toujours et ses préoccupations du moment…
Dalin d’une courte tête
Bon vent belle mer, dans le Sud, d’un côté ; mer creusée et 25 nœuds dans une dépression de l’autre. Décalés d’environ 200 milles en latitude, Charlie Dalin (Apivia) et Yannick Bestaven (Maître CoQ IV) ne vivent pas la même séquence. Nouveau leader, depuis le classement de midi, Charlie Dalin tricote au près dans le vent faible de l’anticyclone avachi sur la zone des glaces. S’il faisait route directe jusqu’à ce matin, le Normand remonte vers le Nord pour éviter le cœur de la haute pression. Plus au Nord, dans une mer hachée, l’Arcachonnais de cœur avance à petite vitesse également. Son scénario est de traverser la rude dépression dans laquelle il est immiscé et d’en ressortir par le haut pour aller chercher la bascule de vent, afin de pointer l’étrave vers le Sud-Est et de se recaler sur la trajectoire la plus naturelle vers le cap Horn.
Acceptera-t-il d’aller jusqu’au bout du plan ? Choisira-t-il de basculer plus tôt, quitte à perdre un peu de terrain, mais pour préserver le bateau ? L’idée que Maître CoQ IV adopte une route pivot qui lui permettrait de garder le contrôle (sa deuxième place n’est que théorique) doit bien trotter dans un coin de sa tête. Au jeu de celui qui fait le moins d’erreurs, Yannick Bestaven excelle depuis le début de ce Vendée Globe, et le choix qu’il effectuera sera forcément le bon.